PoliceJustice
Reportage 24 décembre 2019

L’incroyable acharnement judiciaire contre Roland Veuillet, syndicaliste et gilet jaune emblématique de Nîmes

Le 27 mai 2016 à Lunel, face à Roland Veuillet, Emmanuel Macron a déclaré : "La meilleure façon de se payer un costard, c'est de travailler".
Roland Veuillet, militant nîmois anticapitaliste, est actuellement en détention provisoire à Nîmes dans l’attente de son procès le 9 janvier, notamment pour outrage. Syndicaliste infatigable, gilet jaune convaincu, il n’hésite pas à se mettre en grève de la faim et à courir des milliers de kilomètres pour faire respecter les droits des travailleurs et des travailleuses, quitte à subir les foudres de la police et des tribunaux. Retour sur son parcours répressif hors-norme.

50 jours de grève de la faim contre une mutation forcée

En 2003, Roland est CPE au lycée Dhuoda de Nîmes et les surveillants font grève pour protester contre des réformes durcissant leurs conditions de travail. Le proviseur lui demande de remplacer les grévistes, mais en l’absence d’ordre de réquisition du personnel, Roland, syndiqué à Sud Éducation, refuse. Il passe en conseil disciplinaire et est muté à Lyon mais le poste qu’on lui propose est fantôme ; il passe ses journées sans n’avoir aucune tâche à effectuer. Pour dénoncer cette répression syndicale, il entame alors des courses entre 2003 et 2012, à Nîmes, Lyon, Paris, et Strasbourg. Il revendique avoir couru 40 000 kilomètres en 51 « arbitrairathons », soit l’équivalent du tour de la Terre. Les autorités lui proposent de demander une nouvelle mutation, mais Roland refuse et exige la levée de sa sanction. Déterminé, il entame plusieurs grèves de la faim, dont une de cinquante jours. Il obtient la levée de sa sanction et est réintégré dans le Gard en 2014. Il continue à se mobiliser, notamment en 2016 contre la loi travail, et lors du passage d’Emmanuel Macron à Lunel, il invective avec un camarade le futur président, qui répond : « La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler ».

Interpellé lors de son procès, perquisitionné, incarcéré

Dès novembre 2018, Roland Veuillet s’investit aux côtés des gilets jaunes. En juin 2019, il comparait pour entrave à la circulation et participation à un attroupement après sommation de se disperser, des délits datant de décembre 2018. À la barre, le tribunal annonce le report de l’audience. Roland proteste vigoureusement, le slogan « police partout, justice nulle part » retentit dans la salle, où les soutiens de Roland sont nombreux. Il est interpellé dans le tribunal, et placé en garde à vue. Début novembre 2019, Roland porte plainte contre un sergent-chef pour des menaces lors d’un rassemblement devant la préfecture de Nîmes. Fin novembre 2019, Roland repasse en procès, pour participation à un rassemblement non autorisé remontant à juin. Lors de cette manifestation interdite, une dizaine de personnes avaient été interpellées, mais seul Roland a été placé en garde à vue. Le tribunal annonce une nouvelle fois un report, mais Roland refuse de quitter la salle, avant d’être sorti de force, sous les yeux de ses soutiens. Le procès est reporté à début avril 2020.

Toujours fin novembre 2019, Roland est perquisitionné par des policiers de la brigade anticriminalité. Roland n’étant pas chez lui, les policiers se redirigent chez une amie, qui refuse de leur ouvrir. Ses soutiens gilets jaunes se rassemblent devant la préfecture de Nîmes. Début décembre 2019, Roland se rend au commissariat de Bernis pour porter plainte pour la fracture de sa porte. À la sortie du commissariat, la BAC de Nîmes l’attend. Roland est placé en garde à vue pour outrage, mais le motif officiel de son arrestation étant « flagrant délit », il fini par être libéré pour vice de procédure. Roland porte de nouveau plainte, contre le commissariat de Nîmes, pour arrestation illégale, et contre des policiers pour menaces lors de la garde à vue. Dans sa lettre adressée au procureur de la République, Roland s’indigne de la différence de traitement entre sa plainte et celle du policier, et affirme avoir été insulté pendant sa garde à vue par un policier ivre qui l’aurait notamment menacé de la sorte : « Si c’était dans un autre commissariat, ça se serait passé autrement », en brandissant son poing et son arme de service.

Le 10 décembre, Roland est interpellé au retour d’une manifestation par une dizaine de policiers. Il est placé en garde à vue, déféré au parquet, présenté en comparution immédiate le 12 décembre pour outrage, intimidation sur une personne dépositaire de l’autorité publique, entrave à la circulation, trouble à l’ordre public, et port d’arme, en l’occurrence un tournevis. Lors du procès, Roland refuse de répondre aux questions du juge et lui tourne le dos en répétant qu’il est un prisonnier politique. La cour demande un huis clos. Dans la salle, une militante demande à Roland : – « On sort ? »« Non, couchez-vous ! » répond l’accusé, en se couchant aussitôt. La salle est évacuée, Roland est expulsé et placé en détention provisoire à la maison d’arrêt de Nîmes en attendant son procès prévu pour le 9 janvier. Le syndicaliste et gilet jaune annonce qu’il se met immédiatement en grève de la soif et de la faim.

Comité de libération

Le soir même, une cinquantaine de personnes se rassemblent devant la prison de Nîmes. Des rassemblements similaires se tiennent régulièrement, le dernier datant du 23 décembre. Son comité de libération appelle à signer cette pétition, et des témoignages sont recueillis pour étayer une plainte collective à l’encontre de l’un des policiers contre lequel Roland a porté plainte. Les avocats dénoncent aussi un vice de procédure puisqu’il n’était pas dans la salle d’audience lorsque son placement en détention provisoire a été prononcé. Une demande de remise en liberté sera examinée le 26 décembre. Roland Veuillet a arrêté sa grève de la soif, mais il continue la grève de la faim et il aurait déjà perdu une douzaine de kilos. Son hospitalisation aurait été réclamée. Le comité exige « la libération immédiate de Roland Veuillet et le dépaysement de son procès hors du Gard, afin d’éviter les pressions implicites du pouvoir policier nuisant aux exigences d’impartialité et de sérénité de la justice. […] Cet appel concerne toutes celles et tous ceux qui sont attachés à la préservation du minimum d’État de droit conquis par les luttes émancipatrices du passé, quelles que soient leurs convictions politiques ou leur positionnement quant au mouvement des Gilets Jaunes ». Le Poing soutient pleinement cet appel. Affaire à suivre.



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