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Analyse 2 septembre 2020

Maffesoli, l’ami des nazis ?

Vous avez peut-être la chance de n’avoir jamais entendu parler de Michel Maffesoli. Cet « illustre inconnu » est le parfait prototype du sociologue de plateau-télé. Invité partout, auteur pléthorique, son œuvre est consacrée à la postmodernité. Problème : cette dernière est surtout connue pour sa fragilité, voire pour son absence de bases scientifiques(1). Entre copinage, autopromotion et petits services, l’homme s’est construit un solide réseau, et a compensé en influence ce qui lui manquait en valeur universitaire. Son courant est notamment bien représenté dans le département de sociologie de l’université Paul Valéry, à Montpellier.

Et politiquement ? Un temps proche des socialistes, Michel Maffesoli a ensuite dérivé comme de nombreux opportunistes vers la droite sarkozyste. Il faut dire que sa « sociologie » est bien inoffensive, car vide de sens, et donc plaisante aux puissants. On y fait l’apologie d’une société gazeuse constituée d’individus tournés vers la jouissance, où l’on se réunit en groupements, en clans, en tribus. Cette sociologie anti-bourdieusienne des relations liquides, au doigt mouillé de l’air du temps, esquive toutes les questions de dominations, d’intérêts, de classes, de conflictualités. Les questions dures, qui heurtent et qui fâchent.

Visite au cirque

Si l’on connaissait les méfaits du maffesolisme, il fut tout de même surprenant de découvrir son nom en bonne place sur le programme du dixième anniversaire du groupuscule fasciste cévenol la « Ligue du Midi », qui se tiendra en Camargue début septembre. Les autres intervenants sont tous plus ou moins liés à l’extrême droite et l’ambiance des évènements de la Ligue est à l’avenant : bûcher, t-shirts de groupes nazis et entre-soi consanguin. Que vient faire un sociologue médiatique dans ce bourbier ?

Le couplet de Michel Maffesoli sur les clans et l’identité tribale peut plaire à son nouveau public. Mais il est tout de même particulièrement ironique de voir jusqu’où peut mener l’opportunisme politique. Et d’imaginer les nazillons locaux écouter sagement des discours délirants sur la jouissance dionysiaque ou le libéralisme hype… Le programme du cirque est chargé. Son nom a certes été enlevé de la seconde mouture du programme de la Ligue du Midi, au profit d’un « invité surprise »… Contacté par Le Poing, Maffesoli n’a pas visionné nos messages.

Rébellion certifiée conforme

Finalement, il y a dans cette rencontre improbable une certaine logique. L’universitaire douteux fantasmant la société contemporaine et le fasciste en fin de course partagent des passions communes. Rappelons que Michel Maffesoli est bien intégré dans les réseaux du pouvoir : il a co-écrit un livre avec Alain Bauer, criminologue et ex-grand maître du Grand Orient de France. On retrouve des deux côtés une prétention subversive vide de sens et un vrai amour pour l’ordre dominant qu’ils servent chacun à leur manière. A l’heure où la Ligue du Midi fait l’apologie des politiques sécuritaires et de la police, la jonction se fait naturellement. Les discussions sur la franc-maçonnerie et le bilan de Nicolas Sarkozy feront sûrement des heureux. Ces faits l’illustrent une fois de plus, la vieillesse est parfois un terrible naufrage… Récemment, le « philosophe » Michel Onfray, dont les articles sont régulièrement repris par la Ligue du Midi, défrayait la chronique avec sa nouvelle revue peuplée de théoriciens de l’extrême-droite. Le rodeo camarguais de Maffesoli poursuit dans cette dérive. Les digues pètent l’une après l’autre : des intellectuels aux repères flous banalisent et légitimisent les propagandistes des thèses identitaires les plus obscures. Et c’est grave.

(1) Cette sous-sociologie de comptoir a été balayée dans divers publications, notamment dans un article revenant sur un canular jouissif, intitulé Le maffesolisme, une « sociologie » en roue libre. Démonstration par l’absurde, par Manuel Quinon et Arnaud Saint-Martin.


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