Montpellier : 3 000 personnes dansent dans la rue contre la répression des free-parties

Ce samedi 5 avril, environ 3 000 personnes ont manifesté en musique dans les rues de Montpellier pour dénoncer la répression subie par les free-parties et l’arrêté préfectoral de François-Xavier Lauch, préfet de l’Hérault, qui interdit ces fêtes sur tout le département pour toute l’année 2025
“Interdire les free-parties ne fait que déplacer le problème ailleurs”, réagissait dans nos colonnes Samuel Raymond, directeur de l’association Freeform, qui assure une médiation entre l’état et les organisateurs de ces événements festifs libres dediés à la techno, au moment où François-Lauch, prononçait leur interdiction dans tout l’Hérault pour l’année 2025. Une décision inédite de par sa durée, la où d’autres préfets ont prononcé des décisions plus circonscrites temporellement. Spécificité locale, donc, dans le département de France qui accueillait jusqu’alors le plus de free-parties à l’année.
A #Montpellier, la #manifestive démarre du parc du Peyrou pour protester contre la répression sur les free-parties et contre l'arrêté préfectoral de François-Xavier Lauch, préfet de l'Hérault, qui interdit ces fêtes sur tout le Département pour toute l'année 2025 pic.twitter.com/PemO80hQXM
— Le Poing – Montpellier (@lepoinginfo) April 5, 2025
Et voilà que quelques mois plus tard, le “problème” s’est déplacé dans les rues de Montpellier, où environ 3 000 jeunes ont défilé au son de grosses basses émanant de murs de son montés sur des camions pour demander la fin de la répression sur leur mouvement. Le tout sous l’étroite surveillance d’agents de police, venus en nombre. A noter que dans les autres grandes villes de France, ces “manifestives” auront lieu le 12 avril, mais à Montpellier, elle a été avancée au 5 avril pour cause de marathon la semaine d’après. Spécificité locale, disions-nous.

“Sortir de la tutelle du ministère de l’Interieur”
Et François-Xavier Lauch, préfet de l’Herault (et accessoirement ancien directeur de cabinet de Macron), pourrait bien être l’avant-garde éclairée de la répression que subit le mouvement des free-parties : le 18 mars dernier, des députés macronistes ont déposé une proposition de loi visant à renforcer la pénalisation de ces soirées techno avec des sanctions pouvant aller jusqu’à six mois de prison et 5 000 € d’amende pour les organisateurs. (À titre de comparaison, en Italie, le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni a fait passer une loi prévoyant jusqu’à six ans d’emprisonnement, 10 000 euros d’amende et une surveillance policière intense pour les organisateurs de free-parties).
Sen, porte-parole des six sounds-sytems présents lors de la manifestation montpelliéraine, énumère leurs revendications : “Nous voulons que la free-partie sorte de la tutelle du ministère de l’intérieur pour passer sous la tutelle du ministère de la Culture afin que l’on soit reconnu comme une vraie culture. Nous voulons aussi l’arrêt de la répression, parfois meurtrière, comme lors de la fête de la musique à Nantes en 2019 où le jeune Steve était mort après une charge de la police. On veut la fin des amendes, des saisies de matériel et de la répression à l’encontre des organisateurs. Nous demandons la dépénalisation de nos événements comme c’est le cas au Portugal, aux Pays-Bas ou de certaines régions d’Espagne. Ces revendications s’inscrivent dans le droit à la fête libre que nous exerçons depuis trente ans, dans une logique d’auto-gestion, de tolérance et de lutte contre les discriminations”
Sophie Mazas, avocate membre de la Ligue des Droits de l’Homme de l’Hérault, a aidé les teufeurs à déclarer la manifestation. Elle-même était allé contester l’arrêté du préfet Lauch au tribunal administratif. “Le texte était flou, car en dessous de 500 personnes, ces événements ne sont pas soumis à déclaration, et le texte ne mentionnait pas cette barrière des 500 participants à un rassemblement non-déclaré, le tribunal administratif a permis de clarifier ce point et de dire au préfet qu’il ne pouvait pas créer un nouveau droit en interdisant toute free-parties. Aujourd’hui, nous sommes là pour soutenir ces jeunes qui luttent pour la liberté d’expression et de réunions, qui sont des droits fondamentaux.”
La LDH de l’Hérault entend d’ailleurs créer un observatoire des free-parties avec des bénévoles chargés de signaler une éventuelle répression sur ces fêtes. Garantir la liberté d’expression et de réunion, c’est également ce qui a poussé deux organisations syndicales Héraultaises, Solidaires et la FSU, à co-déclarer cette manifestation.
Christine Saint-Joanis, co-secrétaire de la FSU 34, se réjouit de l’initiative : “Le slogan de ces jeunes est super, ils disent que leurs murs ne les séparent pas mais les unissent. C’est une manière de lutter contre l’extrême droite par la création de fêtes inclusive qui prônent la lutte contre les discriminations.”
Pour Patrick Chemin, co-secrétaire de l’union syndicale Solidaires 34, “cette manifestation répond à un contexte d’attaques généralisées sur la culture, qu’elle soit légitime ou non, avec des coupes budgétaires d’un côté et une répression accrue de l’autre. Ce climat est une porte ouverte vers le fascisme.”
Après une halte devant le commissariat central, la manifestation, festive et juvénile, s’est terminée place de l’Europe.

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