Montpellier : Farid, gilet jaune condamné à trois ans ferme pour l’exemple

par Le Poing

Lundi dernier, le gilet jaune Farid – interpellé le 23 mars et placé en détention préventive dans la foulée – a été condamné à trois ans de prison ferme pour des accusations liées à de la casse. Le Poing était présent lors du « procès » et vous conte cette triste démonstration de justice politique.

« Une procédure politique viciée et abusive »

C’était la ligne de défense de l’avocat de Farid, mettant en lumière beaucoup d’irrégularités dans la procédure, à commencer par la garde à vue de Farid. Lors de son arrivé au commissariat aux alentours de 17h, il a demandé à voir un médecin pour constater des violences subies lors de son interpellation. Il n’a vu ce-dernier qu’à midi le lendemain. L’audition avec un officier de police judiciaire s’étant faite avant l’arrivée du médecin, celle-ci est irrégulière. Pour la défense de sa police, le procureur répondra ! « Oui, il y a eu un problème de médecin, mais c’est lié à des contraintes temporelles et d’organisation ».

Quant aux images qui auraient identifiées Farid – extraites des caméras urbaines et des caméras-piétons des policiers – l’avocat de la défense a fait remarquer que la personne en charge de leur exploitation ne disposait pas de l’autorisation nécessaire, et il a donc plaidé l’irrégularité de la preuve.

« M. Tellura », comme il a été appelé plusieurs fois durant le procès en raison du nom de la marque de ses gants, aurait été filé par la police durant la manifestation. C’est la présidente de séance elle-même qui va le dire en décrivant les faits : « Le 23 mars, les policiers vous voient défoncer un abri bus, on va vous laisser faire, puis vous interpeller deux heures plus tard. » Ces méthodes d’infiltrations sont utilisées depuis le début du mouvement des gilets jaunes, et inquiètent beaucoup d’observateur politiques, comme le journaliste spécialisé en maintien de l’ordre David Dufresne qui a publié les déclarations d’un policier instructeur : « Ils [les policiers] utilisent des techniques de police judiciaire, à savoir l’infiltration, mais une manifestation est une liberté publique, et elle est régie par la police administrative ».

« Il s’est travesti en gilets jaune pour faire ce qu’il a l’habitude de faire »

Face aux bourreaux de l’organisation de la vindicte appelée justice, Farid ne répondra à aucune question, ce qui nécessite bien du courage. En un mois de prison, ses traits se sont déjà durcis. Vient le moment gênant de « l’enquête de personnalité », qui n’aura pas servi à grand-chose, sinon à démontrer le méPris de classe de la juge : « Vous avez une situation précaire mais vous ne faites rien pour la stabiliser » osera-t-elle dire à Farid, pourtant muni d’une promesse d’embauche et d’une demande de RSA.

S’en suivra toute une série de remarques toutes plus délirantes les unes que les autres de la part du procureur : « Monsieur s’est travesti en gilet jaune pour faire ce qu’il a l’habitude de faire, il vient uniquement pour casser, pour le plaisir, il s’en fout des gens qui paient des impôts, c’est pas son problème ». Puis, plus humiliant encore : « On aurait aimé comprendre mais il ne nous fera pas l’honneur de nous expliquer pourquoi il casse des biens qui ne lui appartiennent pas. Il n’a même pas le courage de nous expliquer pourquoi il fait ça. […] Il pollue les revendications des gilets jaunes ».

Devant son silence, c’est l’avocat de Farid qui relayera sa parole : « Il fait partie des gilets jaunes, pour être entendus, ils n’ont pas eu d’autres choix que de recourir à la violence car les manifestations pacifiques n’aboutissaient à rien ». C’est sur ce constat réaliste que le tribunal se retire, avant que le procureur ait requis quatre ans d’emprisonnement, 1600 euros de dommages et réparations pour la TAM et une interdiction de territoire héraultais « le plus longtemps possible ».

La décision finale sera de trois ans d’emprisonnement (relaxe pour le délit d’opposition et de résistance à l’autorité publique), et une amende d’un total de 3600 euros.

« Ce n’est pas une procédure politique » a affirmé la juge au cours de l’audience. Pourtant, la centaine de gilets jaunes présents devant les grilles du tribunal pour soutenir Farid n’ont pas pu assister à l’audience, et certains ont même été pris en photos par les policiers et contrôlés.


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