Montpellier : le 17 octobre, une soixantaine de manifestant-es blessé-es, les Street Médics pris pour cible par la police

Julien Servent Publié le 22 octobre 2026 à 00:03
Le 17 octobre 2026, Montpellier a vécu une manifestation massive et historique pour le premier acte du mouvement Gen Z x Gilets Jaunes, qui a pû être joyeuse et calme, mais aussi particulièrement violente, selon l'endroit et le moment

Suite à la manifestation montpelliéraine du 17 octobre, les Street Médics présent-es ont publié leur bilan. Une soixantaine de blessé-es, et des médics de rue visés par des tirs tendus de grenade et de LBD. Un bilan « forcément en dessous de la réalité », précisent-iels.

Samedi 17 octobre. Montpellier connait une déferlante comme elle en a rarement connu, avec au moins 40 000 manifestant-es dans ses rues. Une mobilisation qui a été à la fois joyeuse et calme, et violente, selon les moments et les endroits.

Ponctuée de gazages intempestifs très tôt dans l’après-midi sur une manifestation déclarée, la journée a ensuite viré à l’affrontement, et aux pillages de certains magasins.

Les Street Médics déployé-es dans la manifestation ont publié leur bilan de la journée. Celui-ci a été conçu après les retours de 11 équipes, actives de 14h à minuit. “Un bilan provisoire, forcément en dessous de la réalité : impossible de recenser toutes les blessures sous un tel dispositif” [policier, ndlr], précise le communiqué.

Les équipes déclarent avoir pris en charge une soixantaine de manifestant-es. Parmi elleux, 8 plaies à la tête, dont 3 soupçon de traumatisme crânien. 9 impacts de LBD, 5 plaies profondes ou impacts de grenades. 6 brûlures, parfois jusqu’au 3ème degré. 5 coups de matraque. 3 pertes de connaissance. Une perte totale d’audition. Et 10 évacuations ou prises en charge par les pompiers-ères.

Sont cités en cas graves : une personne de 19 ans avec un morceau de grenade planté dans le triceps, une plaie de 6cm avec muscle visible sur un mineur de 15 ans, provoqué par “une grenade désencerclante lancée au pied par les CRS.” Mais aussi une perte d’audition totale de l’oreille gauche chez une personne de 18 ans, là aussi provoqué par une grenade de désencerclement. Un tir tendu de grenade au plexus sur mineur de 17 ans. Un tir de LBD au visage (pratique rigoureusement interdite en maintien de l’ordre, les policiers-ères ne sont censés viser que le tronc ou les membres), ayant provoqué une plaie importante sur le front. Une personne de 17 ans qui finira avec cinq agraphes au crâne suite à un coup de matraque de CRS.

Selon les Médics montpelliérain-es, au moins 11 mineur-es entre 14 et 17 ans auraient été pris-es en charge suite à l’usage en “quantité massive” de gaz lacrymogène. “Irritation, détresse respiratoire, désorientation, crise de panique. Une personne a été retrouvée inconsciente et en hypothermie et a été gazée pendant les soins”, precisent-iels.

Le communiqué pointe aussi du doigt le fait que deux Médics “identifié-es et en plein soins” auraient été visé-es par des tirs tendus de grenade (également illégaux, les tirs de grenade doivent se faire en cloche ou roulés au sol) et des tirs de LBD.
Pratiques que la rédaction du Poing a aussi régulièrement documenté pendant les manifestations montpelliérain-es des gilets jaunes.

Le journaliste indépendant montpelliérain Ricardo Pareira, lui aussi signalé, et pris en charge par les Street Médics, déclare avoir été touché pendant la mobilisation par un tir de LBD à la cuisse.

Le collectif de Medics locaux revendique “l’arrêt des LBD, grenades de désencerclement et grenades GM2L” [NDLR : la GM2L disperse des lacrymogènes et assourdit, et contient une charge explosive de 7 grammes capable de provoquer de lourdes blessures], le “désarmement de la police”, et des “enquêtes indépendantes.”

Le collectif appelle blessé-es et témoins à les contacter en messagerie privée sur leur compte Instagram, par ici. Et préconise de garder “certificats médicaux, photos, cartouches, éclats.”

Selon la préfète de l’Hérault Chantal Mouchet, qui donnait une conférence de presse ce mardi 20 octobre, 1600 grenades ont été utilisées par les policiers-ères à Montpellier le 17 octobre. 37 membres des forces de l’ordre ont été blessé-es. Sans que ne soit précisée la nature de ces blessures. Il est vrai que certains épisodes de la manifestation du 17 octobre se sont parfois distingués par leur caractère offensif envers les forces de l’ordre. Mais quand la nature des blessures policières est (si rarement) révélée, on peut parfois avoir des surprises. À Sainte-Soline, en mars 2023, les autorités affirmaient qu’il y avait “29 gendarmes blessés dont deux placés en urgence absolue”, pour contrebalancer les deux écologistes dans le coma. On apprendra plus tard que l’un avait un “hématome à l’aine” et l’autre “souffrait d’un traumatisme respiratoire”.

La préfète de l’Hérault évoque une “demande de renforts” policiers pour l’acte 2 de la mobilisation Gen Z x Gilets Jaunes, prévu samedi 24 octobre. Benoît Desmartins, numéro 1 de la police nationale dans l’Hérault, promettait ce mercredi 21 dans une interview à Ici Hérault un dispositif “très, très mobile et très offensif dès le début”

La coordination de gilets jaunes derrière le site 17octobregiletjaune.net annonce effectivement un acte 2 le 24 octobre, de concert avec les syndicats étudiants, ou encore certaines sections de la CGT, de la FSU ou de Solidaires. Sur la carte interactive du site, trois événements sont donnés à Montpellier : une manifestation à 14h sur la Comédie, une autre à 15h au centre commercial Odysseum, et une assemblée générale à 18h sur la Comédie.

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