Archives - International 31 janvier 2014

Projets de lois liberticides et relents de franquisme en Espagne

Soldat espagnol

C’est jusqu’à présent en Suède, en Grèce, en Hongrie et dans nombre d’autres pays européens que la montée des néofascismes était visible et inquiétante. Mais a-t-on pensé, en bons adhérents à la doctrine du « loin des yeux, loin de l’indignation », que « ce n’est pas si grave », « ça ne va pas durer », « c’est aussi peut-être un peu exagéré », et que « l’on n’a pas toutes les données ». Cependant, lorsque l’Espagne, pays limitrophe en vient à être touché directement par un conservatisme puritain, il devient difficile de nier ou de relativiser cette montée en puissance des partis réactionnaires.

Est actuellement au pouvoir en Espagne le Parti populaire (PP), parti se voulant de centre-droit et s’illustrant par ses politiques de rigueur. Or, ce parti, comme nombre des partis de droite dans toute l’Europe, est aspiré par sa frange la plus extrémiste. Le glissement est d’autant plus aisé que le PP est directement issu de l’Alliance populaire. Parti dans lequel se sont retrouvés d’anciens acteurs de la dictature franquiste dont son fondateur Manuel Fraga (ancien ministre de Franco) qui est aussi le mentor de l’actuel président du gouvernement, Mariano Rajoy. Plus qu’un glissement, il est donc adéquat de parler d’un simple abatage des cartes : le parti assume ses liens avec le franquisme.

Ces connivences politiques éclaircies, il n’est guère compliqué de comprendre pourquoi le gouvernement de Mariano Rajoy ne va pas s’arrêter à l’interdiction de l’avortement récemment adoptée en Espagne pour complaire aux catholiques intégristes et aux néo-franquistes. Pour mieux casser les mouvements sociaux qui s’opposent à la politique de rigueur, le gouvernement prévoit de refondre le Code pénal afin de mettre au pas les Espagnol-e-s. Il faut, en effet, selon le ministre de l’intérieur Jorge Fernández Díaz  que « les gens craignent davantage l’État ». Voici, pour ce faire, quelques exemples parmi les « 55 lois » liberticides qu’il propose :

  • Participer à une manifestation non déclarée : 30 000 euros d’amende par participant.
  • Créer un groupe politique ou un groupe sur les réseaux sociaux autour de symboles ou de drapeaux : 30 000 euros d’amende.
  • Refuser de décliner son identité devant un policier ou photographier un policier : 30 000 euros d’amende.
  • Interdiction de réaliser un dessin satirique sur un politique.

Il est urgent de se rendre compte que le climat politique de l’Europe est similaire à toutes les périodes de crise économique et sociale et qu’à chaque périple nous reproduisons les mêmes schèmes : relativisation des catégories politiques et remise en cause de la dangerosité de l’extrême-droite : « et s’ils n’étaient pas si méchants ? », « un peu de fermeté, est-ce si grave ? ». Qui dit crise dit montée des nationalismes et repli sur soi. Sommes-nous vraiment incapables de tirer des leçons du passé ? Nous sommes déjà la génération qui sera retenue pour ses dégâts écologiques et humains dus à notre culte du Dieu de la production effrénée. Voulons-nous effacer notre tâche en salissant encore plus l’image de notre passage par l’adhésion au conservatisme rétrograde ? Voulons-nous vraiment être ceux qui auront remplacé la folie du capitalisme par la folie du nationalisme ? Donnons tort à ceux qui disent que l’Histoire se répète et, si le capitalisme venait à tomber, ne le remplaçons pas par quelque chose de tout aussi exécrable. Car on n’arrête pas d’être un mouton en changeant de berger.

R.

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