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En Bref 9 juin 2019

5000 gilets jaunes manifestent à Montpellier malgré des sauvageries policières inouïes

par Le Poing

Après plus d’un mois de manifestations calmes qui semblaient dessiner une période de reflux du mouvement des gilets jaunes, ce samedi  8 juin fut marqué par une démonstration de force et de violences inouïes de la part de la police, à tel point que des fausses rumeurs de décès circulent encore aujourd’hui sur internet.

 Du gaz dès midi

Les premiers manifestants se sont rassemblés aux alentours de 10h sur la place de la Comédie dans une ambiance festive. Un « ministère des affaires étranges » était installé en bas des marches de l’opéra et distribuait des « passeports diplomatiques Benalla », papier parodique, qui, selon ses créateurs, « te fais sortir instantanément du poste si tu te fais embarquer. *rires* ».

Le nombre de manifestants n’a fait qu’augmenter pour atteindre plus de 5000 personnes au plus fort de la manifestation. Vers midi, le cortège a pris la route de la préfecture où il s’est fait gazer et séparer presque immédiatement. Une rumeur, invérifiable, selon laquelle Castaner serait à l’intérieur de la préfecture circule parmi la foule, mais cette dernière reste infondée.

La place de la Préfecture noyée sous les gaz.

Des groupes dispersés ont alors commencé à essayer de rejoindre le centre-ville et plusieurs affrontements ont éclatés avec la police, notamment derrière la gare. Deux bouts de cortèges séparés par un groupe de CRS ont fini par se réunir entre deux échanges pavés et de lacrymos, pendant qu’un autre groupe de police était prêt à intervenir derrière les vitres de la gare.

Une équipe de force de l’ordre équipée derrière les vitres de la gare.

Les barricades se construisirent à la hâte, quelques vitrines éclatèrent et l’essoufflement ressenti ces dernières semaines fut temporairement oublié tant le chaos s’est répandu dans le centre-ville. Le point d’orgue de ces tensions fut la bataille sur la place de la Comédie, où les forces de l’ordre ont plusieurs fois reculé sous les assauts et la détermination du cortège avant la dispersion finale sous un épais nuage de gaz lacrymogène un peu avant 20h30. Les plusieurs milliers de manifestants auront donc défilés près de 10h d’affilée sous un soleil de plomb et une répression policière intense.

Des violences policières toujours plus brutales

Assez tôt dans la journée, nous apprenions l’interpellation du jeune Dylan, éborgné par la police lors de l’acte XXIV des gilets jaunes. L’AG de Montpellier contre les violences d’Etat et pour les libertés –devenue la commission juridique de l’assemblée gilets jaunes 34- a immédiatement sorti un communiqué sur sa page facebook : « Nous nous inquiétons vivement de ses conditions de détention étant donné que le 11 mai, un policier l’a menacé de lui « crever l’autre œil ».
On compte aujourd’hui entre 15 et 20 interpellations. Une partie des interpellés a été relâchée, les autres passeront ce lundi 10 juin devant le juge des libertés et de la détention, qui décidera d’une éventuelle incarcération préventive. Les procès en comparution immédiate auront exceptionnellement lieu mardi en raison de la Pentecôte.
Vers 15h sur le Boulevard Louis Blanc, un jeune homme s’est fait attraper et matraquer sans raison par des CRS qui collaient l’arrière du cortège. Des gens sont intervenus et le jeune a pu s’en sortir, boitillant et choqué.
Ces cas ne sont pas isolés et les street médic parlent d’une journée particulièrement violente sur Montpellier : des gaz extrêmement forts provoquant plusieurs malaises vagaux, des coups de matraques données sans raison et une personne touchée à l’œil par un projectile policier, vraisemblablement une grenade de désencerclement. Bilan de cette journée ; entre vingt et quarante blessés selon nos sources, dont certains gravement.
 La préfecture de l’Hérault a d’ailleurs menti éhontément quand elle a déclaré dans l’Express  qu’il « n’a pas été fait usage de Lanceur de balles de défense (LBD), uniquement de gaz lacrymogène », et plusieurs tirs tendus ont pu être observés ce samedi.


Une fausse rumeur infondée et vite propagée.

Dès le début de la journée, une rumeur terrible selon laquelle deux personnes seraient mortes à cause de tirs de flash ball a commencé à se répandre sur les réseaux sociaux. Cette fausse rumeur est née du fait qu’un street médic aurait vu une personne inconsciente, le crâne ouvert, gisant dans son sang.
Une vidéo live Facebook, tournée par une gilet jaune du rond-point de Près d’Arènes, ou l’on voit un street médic annoncer deux décès a ensuite circulé abondamment sur les différents groupes facebook gilets jaunes, et a été relayé plus de 4000 fois en quelques heures.

La vidéo porte à confusion puisque à l’arrière-plan, on voit d’autres médics soigner une personne inconsciente au sol, puis on la voit se relever à la fin. Il ne s’agit pas là du cas de décès présumé dont parle le street médic interrogé, qui évoque une victime d’un tir de flash ball à la tête et une autre touchée à la ratte.
Contactée par le Poing, la personne à l’origine de cette vidéo s’explique ; « Le médic qui parle ne fait que relayer des choses qu’il aurait entendu ; mais des CRS lui auraient confirmé la mort d’une personne ».  Un autre médic a fait une vidéo pour confirmer ces décès plus tard dans l’après-midi, celui-ci affirmant s’être entretenu avec le mari d’une des défunte présumée, une toulousaine de 50 ans.

Tous ces « on dit », ne constituent absolument pas une preuve et l’information est toujours démentie par la préfecture et les médias locaux à l’heure actuelle.  La personne à l’origine de la vidéo affirme avoir été en contact avec un urgentiste de l’hopital Guy de Chauliac qui dit avoir reçu une victime inconsciente due à un tir de flash ball hier.
Sur internet, les commentaires et informations contradictoires vont de bon train. « Oui mais rappelez-vous, pour Rémi Freysse la préfecture avait mis plus de 24h à réagir ! »
Les médics de la page « memes medics subversifs pour manifestant.e.s maloxé.e.s » (division comique de la page street medic formation –collectif proposant des formations aux premiers soins en manifestation- selon ses admins), avec qui nous nous sommes entretenus sont perplexes.. « Une blessure à la tête ça peut être très impressionnant,  un trauma crânien ça va vite pour mettre quelqu’un dans le coma, mais on ne peut pas parler de décès à l’heure actuelle ».
Ce collectif s’est d’ailleurs empressé de rédiger un communiqué sur sa page pour inciter les gens à ne pas succomber aux rumeurs en attendant d’avoir de plus amples informations.
C’est l’AFP, après avoir interrogé les pompiers de Montpellier, parallèlement à d’autres sources du Poing, qui apporteront les réponses à ses interrogations, et ce soir nous réaffirmons qu’il n’y a eu aucun décès dans la manifestation Montpelliéraine ce weekend.

Pour rappel,  la répression qu’a subie le mouvement des gilets jaunes a déjà causé un décès à Marseille le 2 décembre 2018. Zineb Redouane,  80 ans, a succombé sous les effets d’une grenade lacrymogène tirée par la police alors qu’elle était sur son balcon, en dehors de la manifestation.

Banderole vue à l’acte XXX des gilets jaunes à Montpellier.



Une histoire similaire à Tolbiac l’an dernier.

Ce n’est pas la première fois qu’une rumeur de décès vient secouer un mouvement social. L’an dernier, lors du mouvement étudiant contre la loi ORE, une rumeur de décès par crâne fracturée était survenue le 20 avril lors de l’évacuation de la fac de Tolbiac, alors occupée, par les CRS. Rumeur rapidement démentie après enquête de plusieurs journaux dont Libération, qui a révélé qu’un témoin a avoué avoir menti. Cette rumeur avait soulevé beaucoup de réactions sur les réseaux sociaux et avait là aussi crée des tensions énormes entre police et personnes mobilisées le temps qu’elle se fasse infirmer par la presse.

C’est justement la défiance envers la presse et les grands médias traditionnels qui poussent les gilets jaunes à se constituer eux même comme canal d’information indépendant. Si cette volonté de s’émanciper des médias inféodés au capitalisme peut être une source de progrès, ces informations se doivent d’être traitées avec une vraie rigueur journalistique de vérification et croisement des sources, et pas seulement sur des témoignages dans le feu de l’action et des fausses rumeurs alimentées par un état de choc et sous le coup de l’émotion.


Si pendant  vingt-quatre heures, les « sources » contradictoires ont tourné sur le net, toutes se regroupaient sur le fait que l’intensité de la répression avait atteint un point éminemment critique, qui laisse penser que nous ne sommes désormais plus à l’abri d’un réel décès en manifestation.


Crédits photos : Johann.


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