« La Syrie s’enfonce dans les violences » : pour le second jour d’affilé, kurdes et soutiens mobilisé-es à Montpellier
Pour la seconde journée d’affilé, des kurdes et leurs soutiens se sont mobilisé-es dans le centre de Montpellier ce mardi 20 janvier. La manifestation a duré plusieurs heures, alors que la situation au Rojava est critique depuis que le régime de Damas a lancé une offensive militaire sur le Nord-Est de la Syrie. Un nouveau rendez-vous est donné samedi à 17h30 au Peyrou.
Iels étaient déjà quelques dizaines présent-es dès 16h devant la préfecture. Pour la seconde journée d’affilé, le Centre Démocratique Kurde de Montpellier appelait à manifester. Objectif : exiger une réaction à l’agression militaire sur le Nord-Est de la Syrie par le gouvernement central de Damas, alors que cette offensive menace l’expérience autogestionnaire, féministe, écologiste et collectiviste mise en œuvre dans la région depuis maintenant 14 ans.
« Depuis l’installation à Damas d’un pouvoir dirigé par Ahmed Al Shara, ancien cadre d’Al-Quaïda et chef de Hayat Tahrir al Sham (HTS), la Syrie s’enfonce dans une spirale de violences, de massacres et d’exclusion visant successivement les populations alaouites, druzes puis kurdes. », est intervenu un membre du CDK. « Ces derniers jours, des attaques menées par des forces affiliées à Damas et des milices djihadistes ont conduit à la libération de milliers de prisonniers de Daesh. Cette situation représente une menace directe pour la sécurité de la région, de la France et de l’Europe. Daesh n’ a pas disparu ; il est en train de se reconstituer sous les yeux d’une communauté internationale silencieuse. »
D’après le média Kurdistan au féminin, le ministère des Affaires religieuses syrien a diffusé le 19 janvier une circulaire appelant les mosquées à soutenir les efforts de l’armée syrienne contre les forces kurdes en se référant à la sourate Al-Anfal. Une référence plutôt inquiétante, puisqu’elle était aussi celle de Saddam Hussein quand l’État irakien a lancé sa campagne génocidaire contre les kurdes irakien-nes, d’ailleurs appelée Anfal. En 1987 et 1988, plus de 180 000 kurdes avaient été assassiné-es par le régime, avec un usage intensif d’armes chimiques contre les populations civiles.
Un nouveau cessez-le-feu était censé entrer en vigueur ce mardi 20 au soir. Les précédents n’ont pas été respectés, malgré que les FDS aient dans l’espoir d’éviter une guerre civile accepté de se retirer des régions de Raqa et de Deir Ezzor, et l’intégration des forces armées et des institutions du Rojava à l’armée syrienne et à l’État central. Quelques minutes à peine après l’entrée en vigueur de ce cinquième cessez-le-feu, la petite ville de Zirkan au sud d’Hasakah essuyait des tirs d’artillerie pendant plus d’une heure. Dans le même temps, les attaques sur des villages se multiplient dans la région de Kobane, ville-symbole de la résistance kurde à l’État islamique.
Dans un communiqué de presse publié mardi à Kobanê, Nadiya Hiso, membre de Kongra Star, une fédération de toutes les organisations de femmes du Rojava, déclare : « Nous, les femmes, résisterons à toute forme d’attaque. En tant que mouvement féministe, nous lançons une mobilisation et prenons part à celle-ci. Nous réitérons notre engagement envers les combattant-es. Cette résistance est l’honneur de l’humanité ; l’oppression contre l’humanité a été vaincue ici, et cette défaite a été remportée sous la direction du peuple kurde. Ils veulent briser cette volonté à Kobanê également. Nous avons promis d’exister et nous ne renoncerons pas à cette résistance. Nous avons fait une promesse et nous résisterons jusqu’au bout. »
Dans la soirée du 19 janvier, un militant de la Commune internationaliste du Rojava témoignait : « Je suis passé dans de nombreuses familles kurdes qui ont encore une kalachnikov accrochée aux murs. Et qui se souviennent que quand Daesh semblait avoir pris Kobane, il ne restait que deux rues libres, et que c’est de là que la résistance a repris l’avantage. »
« Ce que veut Al Shara, c’est une capitulation totale, la négation de toute autonomie politique et la soumission du peuple kurde à un pouvoir djihadiste. », a dénoncé le CDK dans la manifestation montpelliéraine. L’organisation « dénonce avec force le silence et l’inaction de l’Occident », alors que des financements du régime d’Al-Shara à hauteur de 620 millions d’euros ont été confirmés par la visite d’Ursula von der Leyen le 9 janvier. Une pétition est d’ailleurs en ligne
Le CDK appelle la France a lancer des frappes aériennes sur les positions de l’armée syrienne, et à reconnaître politiquement le Rojava et l’Administration Autonome du Nord-Est de la Syrie (AANES), et l’Union Européenne à cesser de financer Damas.
La manifestation s’est ensuite dirigée vers la place de la Comédie, pour un nouvel arrêt d’une heure et demi environ. De nouvelles prises de parole du CDK et du collectif de solidarité avec le peuple kurde de Montpellier ont eu lieu. Autour de 18h30, le rassemblement, fort à ce moment de plus d’une centaine de participant-es, a pris la direction de la gare Saint-Roch. À la croisée des trams, la dispersion a été sonnée après quelques danses.
Une nouvelle manifestation aura lieu ce samedi 24 janvier, à 17h30 au Peyrou à Montpellier. Marseille aussi verra le même jour kurdes et soutiens défiler, à partir de 13h aux Réformés, sur la Canebière.
Pour plus d’infos sur la situation dans le nord -est syrien, lire ce papier :
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