À Montpellier, une mobilisation pro-Rojava confrontée à un acte hostile dans un contexte de tensions européennes

Julien Servent Publié le 29 janvier 2026 à 19:01 (mis à jour le 29 janvier 2026 à 19:11)

Ce mercredi 28 janvier à Montpellier, une manifestation de soutien au Rojava a été brièvement interrompue par l’intervention des forces de l’ordre à la suite d’une altercation impliquant un individu hostile au cortège. Si l’incident n’a pas fait de blessé, il intervient dans un contexte européen marqué par une multiplication d’attaques visant des mobilisations et des personnes kurdes, alors que l’offensive du régime syrien contre le nord-est du pays continue.

La communauté kurde de Montpellier et ses soutiens poursuivent la mobilisation pour le Rojava * Une nouvelle manifestation, la sixième en dix jours, s’est tenue ce mercredi 28 janvier. Elle a rassemblé environ 150 personnes pour un parcours allant du Peyrou à la place de la Comédie. L’évènement était déclaré en préfecture par le Centre Démocratique Kurde de Montpellier, une organisation de gauche de la diaspora en France (Pour plus d’information sur l’offensive en cours contre le Rojava, lire ce papier du Poing, ou lire celui-ci pour plus de détails sur les enjeux féministes de l’expérience menée sur place, aujourd’hui menacée : )

Dans la manifestation plusieurs banderoles, marquées de phrases comme « Liberté pour le Rojava, liberté pour le Kurdistan », « Le courage des femmes éclaire l’ombre. Leur résistance change le monde », ou encore « Les Kurdes sont massacrés, le monde regarde. Le silence est une complicité »

Un incident en fin de cortège

C’est à l’arrivée au niveau de la fin de la rue de la Loge, côté Comédie, qu’un incident est survenu. Un individu visiblement hostile à la manifestation s’est jeté sur la tête de cortège, sans armes. Une altercation s’en est suivie. La police municipale, présente en tête de cortège avec de rares CRS, a alors fait usage de gaz lacrymogènes, via des gazeuses à main. Selon plusieurs témoins participants à la manifestation, l’individu agresseur aurait crié des choses en persan, la langue parlée en Iran, en se jetant sur la foule.

Des policiers nationaux sont rapidement arrivés. Ils ont bloqué la progression de la manifestation pendant environ un quart d’heure, le temps que des renforts arrivent. Le service d’ordre du Centre Démocratique Kurde a incité les participant-es à garder leur calme. Un sitting a eu lieu devant le cordon de police.

C’est ensuite sur une place de la Comédie entourée de plus d’une dizaine de camions de CRS que la manifestation s’est conclue.

D’autres agressions plus graves en Europe

Si cet incident montpelliérain est plutôt mineur, d’autres attaques ont eu lieu ces derniers jours contre les mobilisations kurdes en Europe. Six personnes étaient ainsi blessées au couteau, dont deux grièvement, par un groupe de personnes pendant une mobilisation dans la ville belge d’Anvers, le 22 janvier. Selon le parquet d’Anvers, deux personnes ont été inculpées de tentative de meurtre. Les motivations de l’attaque font toujours l’objet d’une enquête. La communauté kurde d’Anvers soupçonne un acte terroriste, et des témoins ont rapporté que les auteurs brandissaient le nouveau drapeau syrien et scandaient des slogans islamistes.

En Allemagne, lundi 26, deux hommes ont insulté et menacé un Kurde dans un tramway à Leipzig. Ils l’ont ensuite suivi à sa descente du tramway et l’ont poignardé. La victime hospitalisée dans un état grave aurait été agressée pour avoir parlé en kurde avec un ami des attaques ciblant le Rojava, dans le nord de la Syrie.

Un contexte international de fortes tensions

En fin de manifestation, le Centre Démocratique Kurde de Montpellier a continué de dénoncer les attaques du régime syrien. L’organisation perçoit le gouvernement de transition syrien comme « une dictature djihadiste du HTS** aujourd’hui tolérée, voire légitimée, par une partie de la communauté internationale. » dont la France. Le CDK a prôné « une solution démocratique dans une Syrie décentralisée garantissant l’égalité des droits, la coexistence des peuples et la diversité religieuse. » Avant d’égrainer toute une série de revendications.: « une solution politique pour le Rojava, incluant la reconnaissance et les droits du peuple kurde en Syrie ; un débat extraordinaire à l’Assemblée Nationale, et la mobilisation urgente des députés et des sénateurs » Le collectif de soutien au peuple kurde de Montpellier, composé d’organisations syndicales, associatives et politiques de gauche et d’individus solidaires, a également fait une intervention.

Dans une interview donnée à France 24 publiée le 23 janvier, le chercheur Adel Bakawan revenait sur la nature du nouveau pouvoir syrien : « Ahmed al-Charaa a fait sa déconversion [NDLR : rupture avec sa radicalisation passée]. Il est pragmatique et connaît le fonctionnement international. Un cabinet de communication qatari l’aide jusque dans le choix de ses cravates, la taille de sa barbe. Moi, ce qui m’intéresse, c’est la base militante. Celle qui doit faire la guerre contre Daech, les Kurdes, les Alaouites, les Druzes. Lorsque j’analyse les vidéos, les récits, les discours sur le terrain, je ne vois pas vraiment une grande différence avec Daech entre 2014 et 2019. […] Toute sa base militante, elle, n’a absolument pas changé. Toute leur vie est formée dans l’idéologie radicale. Par exemple, le Kurde est identifié au porc, à l’apostat qui doit absolument être tué. »

L’Union Européenne confirmait des financements du nouveau régime syrien à hauteur de 620 millions d’euros lors d’une visite d’Ursula von der Leyen le 9 janvier. Une pétition est d’ailleurs en ligne pour demander l’arrêt de ces financements.

D’autre part, et malgré une rhétorique en surface soucieuse de la situation des kurdes en Syrie, certains éléments indiquent une forme de carte blanche laissée par certaines puissances occidentales, dont la France, à l’invasion du Nord-Est syrien. « La reprise rapide par Damas de territoires longtemps tenus par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie a été élaborée lors de réunions à huis clos au début du mois à Damas, Paris et en Irak », déclarait le 22 janvier l’agence de presse Reuters sur la base de neuf sources informées de ces discussions.

Plus de 134.000 personnes ont été déplacées dans le nord-est de la Syrie, estimait le 22 janvier l’agence de l’ONU pour les migrations, suite aux affrontements entre l’armée syrienne et les Forces Démocratiques Syriennes (FDS, forces armées de l’Administration Autonome du Nord-Est syrien), forcées à abandonner certains de leurs territoires. Selon plusieurs sources concordantes, dont Le Monde, de nombreuses unités de combat arabes, devenues majoritaires dans les FDS, ont fait défection dans les premiers jours de l’offensive.

*région du Nord-est syrien à majorité kurde, qui développe depuis 14 ans une administration autonome et un projet de société autour de la coexistence pacifique entre ethnies et religions, d’une émancipation poussée des femmes, d’une économie coopérative et de préoccupations écologique

**le parti du président syrien Ahmed Al Charaa, qui a formé un gouvernement de transition sans élections préalables après la chute de Bachar Al Assad

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