Montpellier : le secteur des énergies renouvelables demande “cohérence” et “visibilité” au gouvernement
Ce mardi 10 février, les comités sociaux et économiques (CSE) d’une vingtaine d’entreprises du secteur des énergies renouvelables ont manifesté à Montpellier, où la filière représente 4 500 emplois directs, pour dénoncer l’augmentation des licenciements. Ils accusent le gouvernement de manquer d’un “cap politique clair” dans sa stratégie de transition énergétique, tandis que le syndicat Sud Energie estime que cette crise met en lumière un modèle économique dépendant de l’État dans lequel les salarié·es servent de variable d’ajustement
Visiblement, les montpelliérains commencent s’habituer à la pluie : elle ne les empêche plus de manifester. Ce mardi 10 février, plusieurs centaines de personnes issues du secteur des énergies de renouvelables se sont réunies devant la préfecture de l’Hérault à l’appel des comités sociaux et économiques (CSE) d’entreprises de la filière, ainsi que devant l’Assemblée Nationale à Paris.
Une feuille de route qui se fait attendre
Et à Montpellier, où le secteur représente 4 500 emplois répartis dans près de 200 entreprises à l’échelle du territoire, l’enjeu est de taille : “Les entreprises licencient de plus en plus à cause de décisions politiques qui tardent à venir”, expose Eric Hoinville, salarié du secteur et syndiqué à l’UNSA. En cause, des reports de l’adoption de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), sorte de feuille de route énergétique de la France, qui aurait dû être validée en 2023, et que Sebastien Lecornu, premier ministre, s’apprête à valider par décret.
“La France a pris beaucoup de retard dans ses objectifs de décarbonation, il nous faut une vision claire. L’absence de visibilité a déjà provoqué des plans sociaux”, déplore Eric Hoinville. Instaurée dans la loi transition énergétique de 2015, la PPE pilote en effet l’évolution du mix énergétique national et donne des trajectoires en termes de production d’énergies renouvelables.“Nous en avons besoin pour investir, répondre à des appels à projets”, décrit Eric Hoinville, qui craint “une baisse des volumes de production” dans l’éolien terrestre et du solaire au profit du nucléaire. Selon lui, 40 000 emplois sont menacés, dans un secteur qui en compte 118 000 à l’échelle nationale. Les entreprises mobilisées demandent donc “une continuité dans les appels d’offres et les investissements”, sous peine de “casse sociale et industrielle”.
Un “marché autonome”… dépendant de l’État
Si l’appel à la mobilisation semble mettre d’accord salariés et directions des entreprises du secteur,Tom, syndiqué à Sud Energie, refuse ce récit d’unité et insiste sur les lignes de fracture sociales qui traversent le secteur : “La crise actuelle ne relève pas uniquement d’un défaut de pilotage politique. Elle met en lumière une contradiction plus profonde. Le secteur est présenté comme un marché autonome, tout en dépendant structurellement de la puissance publique pour survivre. Cette organisation ne profite qu’au patronat. Elle permet de capter la valeur dans les phases hautes, puis de se défausser du risque dans les phases basses, en licenciant, en restructurant ou en externalisant. Et lorsque le système craque, ce sont les mêmes acteurs qui accusent l’État d’un manque de planification et pressent les responsables politiques d’agir, après avoir combattu toute planification cohérente dès qu’elle menaçait leurs marges. Dans ce cadre, nos emplois deviennent des variables d’ajustement. Restaurer simplement les conditions d’avant sans remettre en cause cette organisation reviendrait à préparer la prochaine crise”, affirme-t-il durant sa prise de parole au micro.
Son syndicat, Sud Energie, présent dans l’Hérault depuis l’automne dernier, plaide quant à lui pour une socialisation de l’énergie : “On défend un mode de production socialisée, qui irait d’une forme étatisée (comme EDF à l’époque) à une plus grande responsabilité des territoires, inspirée des coopératives citoyennes, jusqu’à une forme de Sécurité sociale de l’électricité sans État ni patrons”, précise Tom.
Reste désormais à savoir si la filière obtiendra des éclairages politiques de la part du gouvernement. Alors que la validation par décret de la Programmation pluriannuelle de l’énergie reste attendue dans les prochaines semaines, le secteur entend garder de l’énergie pour une mobilisation potentiellement… renouvelable.
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