Montpellier : l’extrême droite bat le pavé pour rendre hommage à un néofasciste mort à Lyon

Le Poing Publié le 16 février 2026 à 14:49 (mis à jour le 16 février 2026 à 15:50)
Olivier Roudier, membre du groupuscule identitaire et violent "La Ligue du Midi" a animé la manifestation d'hommage à Quentin avec un mégaphone le 15 février à Montpellier. (Photo de Ricardo Parreira)

Ce dimanche 15 février, plusieurs dizaines de militants d’extrême droite ont manifesté à Montpellier pour dénoncer la mort de Quentin Deranque, militant néofasciste mort en marge d’une manifestation du collectif Némésis protestant contre la tenue d’une conférence de l’Insoumise Rima Hassan, à Lyon. Un rassemblement à l’initiative de la Ligue du Midi, groupuscule identitaire raciste et violent

Ça y est, l’extrême droite a son martyr. Ce dimanche 15 février, quelques dizaines de militants d’extrême droite se sont retrouvés devant le parc du Peyrou à Montpellier pour rendre hommage à Quentin Deranque. Ce militant néofasciste de 23 ans est mort en marge d’une manifestation du collectif fémonationaliste Némésis, venu protester contre la venue de la députée européenne de la France Insoumise Rima Hassan à l’Institut d’Études Politiques de Lyon, le 12 février.

Questions en suspend et matraquage médiatique

Les circonstances de sa mort demeurent encore floues : si les médias dominants ont largement relayé la thèse d’un “guet-apens” antifasciste et d’un passage à tabac prémédité, les éléments disponibles dressent un tableau bien plus incertain. Mediapart évoque la piste d’une rixe entre deux groupes – une dizaine d’identitaires venus “surveiller” une action de Némésis et des militants antifascistes – ayant dégénéré, sans qu’aucun élément ne confirme à ce stade l’idée d’une attaque planifiée contre Quentin Deranque. Une vidéo diffusée par TF1 montre une scène de violences collectives, mais ne permet ni d’identifier formellement les protagonistes ni d’établir la chronologie complète des faits.

La personnalité de Quentin a également fait l’objet d’une propagande intense : présenté dans plusieurs médias nationaux comme un simple « étudiant » ou un « choriste catholique » sans engagement particulier, Quentin Deranque apparaît pourtant, à la lecture des éléments publiés par Mediapart, comme un véritable militant. Le site rappelle son passage par l’Action française et son appartenance au groupuscule néofasciste Allobroges Bourgoin. Par ailleurs, les groupes néonazis et néofascistes multiplient les hommages sur les réseaux sociaux, comme le groupuscule Luminis Paris, qui qualifie Quentin de “camarade”.

Récupération politique

En tout cas, l’extrême droite a vite fait d’enterrer l’un des siens : alors que le jeune homme était encore entre la vie et la mort, plusieurs membres de la mouvance annonçaient déjà son décès sur X (ex-Twitter) Twitter. Certains ont même posté un portrait de lui généré par intelligence artificielle, semant le malaise chez ses proches.

Localement, le groupe identitaire Jeunes d’Oc a revendiqué sur Instagram avoir versé du faux sang sur la permanence de la députée Insoumise montpelliéraine Nathalie Oziol dans la nuit de vendredi à samedi, accusant le parti de Jean-Luc Mélenchon d’être “complice” des antifascistes qui auraient provoqué la mort de Quentin. De leur côté, les néofascistes du Bloc Montpelliérain ont relayé un appel à manifester à Paris pour rendre hommage à celui qui, comme eux, manifestait dans la capitale à l’occasion du “Comité du 9 mai”, parade annuelle rassemblant le gratin de la tendance nationaliste-révolutionnaire.

Mais à Montpellier, c’est toujours la Ligue du Midi, groupuscule identitaire raciste et violent, qui structure l’organisation de l’extrême droite radicale locale, malgré le vieillissement de ses militants. C’est eux qui ont appelé à manifester ce dimanche 16 février dans les rues du Clapas. Au mégaphone, on retrouvait Olivier Roudier, fils de Richard Roudier, fondateur de la Ligue du Midi. Il accumule plus d’une dizaine de condamnations pour des faits de violences contre des personnes désignées comme « de gauche » ou racisées, et avait écopé d’un mois de prison ferme pour le saccage des locaux du Réseau accueil insertion Hérault (RAIH), qui vient en aide aux personnes exilées.

Ce dernier a eu un accrochage avec un militant antifasciste venu avec quelques autres chanter des slogans sur la place de la préfecture. Le jeune militant antifa s’est retrouvé à terre, plaqué par la police, puis embarqué au commissariat, avant d’être relâché peu de temps après.

LFI et la jeune garde dans le viseur

Présent à Montpellier dans le cadre d’un meeting ce dimanche 16 février, Jean-Luc Mélenchon a affirmé que son parti n’avait “rien à voir avec cette histoire”. Car depuis la mort de Quentin, La France insoumise et le collectif antifasciste la Jeune Garde sont pourtant au cœur d’une offensive politique et médiatique : plusieurs responsables de droite et d’extrême droite ont imputé les violences à « l’ultragauche ». Gérald Darmanin, ministre de la justice, parle par exemple de “complaisance de la France insoumise (…) pour la violence politique”. La Jeune Garde, cofondée par le député insoumis Raphaël Arnault et dissoute en 2025, a également été désignée par des responsables politiques comme impliquée dans les affrontements, alors même que le parquet n’a, à ce stade, établi aucune responsabilité organisationnelle. Le collectif assure de son côté avoir suspendu ses activités et conteste toute implication.

A l’heure ou le Sénat étudiait en décembre dernier une résolution visant à inscrire les groupes antifascistes sur la liste des organisations terroristes, on ne peut qu’imaginer une augmentation de la répression dans les semaines et les mois à venir sur les mouvements progressistes. Pourtant, rappelons, à toute fin utile, et sans minimiser la mort de Quentin, que c’est l’extrême droite qui tue : nos confrères et camarades de Contre-Attaque ont recensé au moins 11 morts et 19 blessures graves par balle ou arme blanche lors d’agression fascistes et racistes depuis 2022.

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