À Laroque, le centre de soins Goupil Connexion visé par une alerte syndicale et des témoignages accablants

Elian Barascud Publié le 23 février 2026 à 13:31 (mis à jour le 23 février 2026 à 13:33)
Le centre de soins pour animaux sauvage Goupil Connexion est situé à Laroque, dans l'Hérault. ("Le Poing")

« Agressions, humiliations, pressions » : le syndicat Solidaires Asso 34 alerte sur les conditions de travail et de traitement des animaux dans un centre de soins pour la faune sauvage dans l’Hérault. Une quinzaine d’anciens salariés et bénévoles décrivent un climat de tensions et des pratiques contestées

L’alerte émane d’abord du syndicat Solidaires Asso 34. Le 10 février 2026, l’organisation a diffusé un communiqué évoquant des « pressions psychologiques, humiliations, agressions physiques et verbales, transgressions au droit du travail » au sein du centre de soins pour la faune sauvage Goupil Connexion, basé à Laroque. « Quatorze soigneurs se sont succédé entre 2021 et 2025, il y a une omerta totale, ils avaient peur de dénoncer leur conditions de travail de peur que les animaux en pâtissent », indique-t-on au Poing du côté du syndicat.

Une « omerta » aujourd’hui levé : quinze salariés, bénévoles ou services civiques, ayant fréquenté la structure entre 2018 et 2025, ont accepté de témoigner publiquement ou anonymement.

Du bénévolat à l’exploitation

Le Poing a pu consulter un « protocole d’accord » entre la direction et des salariés indiquant que les heures effectuées hors du contrat de travail étaient considérées comme du bénévolat. « Les heures supplémentaires n’étaient ni payées, ni récupérées », affirme Adrien, ancien salarié de l’association. « On m’a enjoint à “l’engagement” : en faire toujours plus, accepter de nouvelles missions, prendre sur son temps libre pour aller aux lâchés d’oiseaux, aux évènements de l’asso, être disponible sur demande… », précise-t-il. Deux autres anciens salariés confirmeront au Poing avoir signé le même document.

D’autres témoignages décrivent des « heures supplémentaires quotidiennes » et des amplitudes horaires dépassant les 12 heures par jour, avec parfois plus de 10 heures d’affilée sans pause, alors que la loi impose 20 minutes de pause après 6 heures de travail. Guilhem, ancien salarié de la structure, raconte : « Durant l’été 2025, on a recueilli énormément de martinets noirs, on en avait plus de 350 à gérer, il fallait les nourrir quasiment continuellement. On s’est donc déjà retrouvé à travailler de 8 heures à 23 heures quasiment sans pause. »

Ambiance délétère

Tous les témoignages recueillis font part de comportement déplacés de la direction : pressions, remarques racistes et sexistes, humiliations, insultes… « On nous fait régulièrement porter la menace de la fermeture du centre ou de l’euthanasie des animaux », raconte Adrien, qui affirme avoir été traité « d’incompétent » ou de « merde ». « On nous infantilisait continuellement par des formules directes du style “on va vous faire grandir”, ou par le dénigrement de la moindre de nos initiatives, allant jusqu’à nous refuser le choix de l’emplacement des porte-torchons », précise-t-il. Un témoignage confirmé par d’autres bénévoles. « On marchait sur des œufs », confie l’une d’elle, qui aurait subi « deux heures de monologue très agressif et dévalorisant » de la part de la direction du centre.

Thomas* ancien salarié de la structure, lui, affirme pour sa part avoir « déjà reçu des claques derrière la tête » et avoir été «attrapé par la blouse” par la direction « pour montrer qu’on avait mal fait notre travail ». « Il est arrivé que deux stagiaires soient venues jusqu’à mon domicile pour y trouver sécurité et réconfort, toutes deux en pleurs », raconte un autre ancien salarié, préférant rester anonyme. Lequel affirme avoir été témoin de « mimes de coups de pied aux fesses, ou encore des tapes sur la tête, comme si nous étions des canidés félicités pour une bonne action lors d’animations face au public ».


Des pratiques de soins mises en cause

Les accusations les plus graves concernent les actes vétérinaires. Un ancien écovolontaire, souhaitant rester anonyme, affirme avoir été témoin de pratiques qu’il juge contraires aux standards vétérinaires actuels : absence supposée d’antalgiques post-opératoires, matériel qui n’aurait pas toujours été stérilisé selon les protocoles hospitaliers, ou euthanasies pratiquées selon des méthodes qu’il estime brutales. Des éléments que rapportent aussi des anciens salariés interrogés : Guilhem affirme avoir vu « une fouine se faire amputer à vif ». Même chose pour Adrien, qui déclare avoir été témoin d’une amputation d’un faucon « sans anesthésiant » et de l’ablation d’un prolapsus pénien sur un hérisson « sans antidouleur”. « On accueille trop d’animaux, on ne peut donc pas tous les prendre en charge correctement », souffle de son côté Thomas.


“Nul n’y est forcé”

Sollicitée par la rédaction du Poing, la directrice du centre, Marie-Pierre Puech, appelle à la prudence et invite à « prendre avec mesure » les témoignages recueillis. Elle indique que d’anciens bénévoles et salariés reviendraient régulièrement au centre et que de nouveaux membres rejoindraient l’équipe « avec le sourire », ajoutant que « nul n’y est forcé ». Elle affirme vouloir réduire le nombre d’animaux accueillis afin d’éviter l’épuisement des équipes et améliorer la qualité des relations internes.

De son côté, le syndicat Solidaires Asso demande une « réaction des pouvoirs publics, notamment les inspections du travail et médecine du travail, qui, alertés à de nombreuses reprises, n’ont pas pris la
mesure des dérives
» rapportées par les salariés et bénévoles de ce centre.

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