Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Soutien psychologique hebdomadaire pour les femmes dans les camps

29 mai 2026
Atelier de soutien psychologique dans le camp d'Al- Israa crédit photo ujfo Gaza

Les deux compte rendus hebdomadaires des ateliers de soutien psychologique pour les femmes 27 et 28 Mai

Lueurs de résilience

Compte rendu du soutien psychologique et accompagnement éducatif pour les mères déplacé.e.s au camp d’Al- Durra à l’ouest de Deir al- Balah

Au cœur de la région centrale de la bande de Gaza, précisément à l’intérieur du camp « Al-Durra », situé à l’ouest de Deir al-Balah, là où les bruits des avions se mêlent aux cris des enfants, et où les tentes usées sont devenues des abris temporaires privés de toute stabilité, les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier de soutien psychosocial et éducatif intitulé Lueurs de Résilience : le rôle de la mère dans le renforcement de la réussite scolaire et le développement de l’enfant dans les conditions de déplacement, avec la participation de vingt femmes parmi les mères déplacées, qui affrontent quotidiennement la bataille de la survie tout en essayant de préserver l’avenir de leurs enfants dans une réalité humanitaire dure et complexe. Dans ces environnements éprouvants, la mère devient la première ligne de défense de la famille. Elle est à la fois infirmière, enseignante et psychologue. Avec l’absence d’institutions éducatives régulières les femmes sont désormais confrontées à un nouveau défi : protéger leurs enfants contre la rupture des apprentissages et le décrochage scolaire, tout en essayant de maintenir un minimum de stabilité psychologique et comportementale chez des enfants vivant quotidiennement sous la pression de la peur, de l’anxiété et des déplacements répétés.

L’atelier a débuté par une séance de présentation et de libération émotionnelle collective. Plusieurs participantes ont évoqué le sentiment d’impuissance qui les avait accompagnées au début du déplacement, ainsi que leur peur constante de voir leurs enfants perdre leur avenir éducatif. Certaines mères ont également partagé leurs expériences avec des enfants souffrant désormais de troubles du sommeil, d’irritabilité excessive, de peur des bruits forts, de difficultés de concentration ou de réceptivité à l’apprentissage. Les équipes ont insisté sur le lien étroit entre la stabilité psychologique de l’enfant et sa capacité à apprendre, soulignant qu’un enfant vivant dans un état permanent de peur ne peut ni se concentrer ni acquérir des connaissances de manière naturelle. Les échanges avec les mères ont porté sur l’importance d’accueillir les émotions des enfants, de leur offrir des espaces de dialogue et d’utiliser des approches éducatives souples permettant à l’enfant de retrouver son sentiment de sécurité.

La séance s’est rapidement transformée en un espace de discussion dynamique. L’une des mères a parlé de sa tentative de réserver un petit coin à l’intérieur de la tente pour en faire un espace éducatif, utilisant des restes de papier et de carton afin d’enseigner à ses enfants les lettres et les chiffres. Lorsqu’un enfant sent qu’il dispose d’un lieu fixe pour apprendre, il devient davantage disposé à se concentrer et à participer aux activités éducatives. Une autre mère a parlé de ses difficultés avec ses enfants après le coucher du soleil en raison de l’absence d’électricité, expliquant que les longues heures de la nuit accentuaient la peur et la tension des enfants. Les femmes ont proposé des solutions collectives simples, telles que profiter de la lumière du jour pour enseigner tôt le matin, ou utiliser des histoires et des chansons éducatives pendant la préparation des repas ou le rangement de la tente, afin que l’apprentissage devienne une partie intégrante de la vie quotidienne plutôt qu’une activité séparée nécessitant des conditions idéales.

Les participantes ont abordé l’importance de l’éducation non conventionnelle dans le contexte de la guerre. Certaines ont expliqué que les enfants se lassent rapidement des méthodes éducatives habituelles en raison des pressions psychologiques qu’ils subissent. Des idées ont été échangées autour de l’utilisation du dessin, des récits, des jeux simples et du théâtre comme outils pédagogiques aidant les enfants à apprendre d’une manière plus confortable et plus flexible. L’une des participantes a parlé de son enfant, qui refusait totalement d’étudier après une expérience traumatisante de déplacement. Elle a déclaré qu’elle croyait initialement que son fils était devenu « obstiné », avant de comprendre, grâce à l’atelier, que son comportement était le reflet de la peur et du traumatisme qu’il vivait. Elle a expliqué qu’elle avait commencé à utiliser le dessin comme moyen de communication avec lui, lui demandant de représenter ce qu’il ressentait, avant de l’accompagner progressivement vers l’écriture des lettres et des chiffres à l’intérieur des dessins, ce qui l’a aidé à retrouver son calme et à accepter de nouveau l’apprentissage.

L’atelier a été ponctué par plusieurs activités de respiration et de relaxation aidant les femmes à faire face au stress et à l’anxiété, ainsi que des jeux collectifs légers renforçant l’esprit de coopération et de communication entre les participantes. Une séance de dessin libre a également été organisée, au cours de laquelle les femmes ont exprimé leurs émotions et leurs espoirs pour l’avenir à travers les couleurs et des représentations symboliques. Certains dessins représentaient des maisons détruites et des tentes, tandis que d’autres exprimaient le rêve d’un retour à une vie normale, aux écoles et aux quartiers sûrs. L’atelier comprenait également une activité intitulée Une lettre à mon enfant, durant laquelle les mères ont écrit des mots d’encouragement et des messages d’espoir destinés à leurs enfants. Ces messages contenaient des paroles affirmant l’amour, le soutien et la confiance dans la capacité des enfants à surmonter cette épreuve.

Au cours de la séance, les équipes de l’UJFP ont affirmé que l’objectif principal de ces ateliers ne se limite pas à fournir uniquement des informations éducatives ; il s’étend également à la reconstruction de la confiance en soi des femmes et au renforcement de leur sentiment de capacité à protéger leurs enfants sur les plans psychologique et éducatif malgré la dureté des circonstances. Les participantes ont aussi discuté de l’idée de former de petits cercles éducatifs au sein du camp, afin que les femmes coopèrent dans l’enseignement des enfants selon les compétences détenues par chacune d’entre elles. Certaines femmes ont manifesté leur volonté d’enseigner la lecture et l’écriture, tandis que d’autres ont proposé l’organisation d’activités de dessin et de jeux éducatifs collectifs.

Ces ateliers représentent l’un des outils essentiels dans la phase de rétablissement communautaire pendant la guerre et dans l’après-guerre, puisqu’ils contribuent à restaurer la santé mentale des mères et des enfants, à renforcer la capacité des familles à résister et à reconstruire les liens sociaux endommagés. Ils constituent aussi une étape importante vers la relance temporaire, du processus éducatif communautaire, dans l’attente du retour des institutions éducatives à un fonctionnement normal. Dans les camps de déplacement, les tentes peuvent sembler fragiles et vulnérables, mais à l’intérieur de chaque tente se trouve une mère qui tente de maintenir vivante l’étincelle de la vie dans les yeux de ses enfants. Avec ces ateliers, les femmes se transforment de simples survivantes en artisanes d’espoir, portant sur leurs épaules la mission de protéger toute une génération contre la fracture et l’égarement.

Lien vers les photos et vidéos

https://drive.google.com/drive/folders/1umgs8nuOvHhrr1ipqfFYQAhPr0xHvhqd

Deuxième atelier de soutien psychologique pour les femmes du camp d’Al-Israa

Voix Résilientes

Dans l’un des environnements humanitaires les plus difficiles et complexes de la bande de Gaza, au cœur du camp « Al-Israa », à l’ouest de la ville de Gaza, où les tentes s’entassent sur le sable et où les voix des enfants se mêlent au bruit des bombardements et des avions, les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier de soutien psychologique et d’autonomisation émotionnelle intitulé Voix Résilientes, réunissant 25 femmes déplacées dans des conditions de vie extrêmement éprouvantes. Dans les camps dispersés à l’ouest de Gaza, les femmes subissent un état permanent d’anxiété, de peur et de tension psychologique, dans un contexte marqué par l’absence de stabilité, la rareté des ressources et le manque des besoins fondamentaux de la vie.

Dans ce contexte, l’atelier Voix Résilientes est venu rappeler que la santé mentale n’est pas un luxe en temps de guerre, mais une nécessité essentielle pour protéger l’être humain contre l’effondrement intérieur. La rencontre s’est ouverte par des activités de présentation et de premiers exercices de décharge émotionnelle. Les participantes se sont assises en cercle dans un espace aménagé par les équipes de terrain au sein du camp. Les échanges ont commencé par des questions ouvertes portant sur les émotions quotidiennes. L’une des participantes a parlé de sa peur constante de perdre ses enfants, expliquant qu’elle se réveillait plusieurs fois par nuit pour vérifier qu’ils étaient encore en sécurité. Elle a confié que le bruit des bombardements et des avions l’avait plongée dans un état d’alerte permanent, même dans les rares moments de silence. Une autre femme a évoqué l’épuisement psychologique qu’elle endure depuis la perte de sa maison et ses déplacements successifs. Elle a expliqué avoir l’impression d’avoir perdu sa capacité à ressentir de la joie, voire même à pleurer. Ce qui la faisait le plus souffrir, c’ était l’obligation de cacher sa fragilité devant ses enfants afin qu’ils ne s’effondrent pas à leur tour.

Les psychologues encadrant l’atelier ont souligné que la répression prolongée des émotions conduit à un épuisement psychique grave, et que l’expression de la douleur ainsi que les larmes ne constituent pas un signe de faiblesse, mais une étape saine et fondamentale vers le processus de guérison. Les équipes ont encouragé les femmes à parler librement de leurs peurs et de leurs souffrances, tout en insistant sur l’importance de l’écoute mutuelle et de l’absence de jugement face aux émotions des autres participantes. La séance s’est progressivement transformée en une discussion autour des répercussions psychologiques et sociales de la guerre sur les femmes. Certaines participantes ont évoqué leur sentiment d’avoir perdu le contrôle de leur vie, d’autres ont expliqué comment les pressions psychologiques avaient affecté leurs relations familiales et leur capacité à accompagner leurs enfants au quotidien. L’une des femmes a déclaré :« Je pensais que je devais paraître forte en permanence, mais j’ai découvert aujourd’hui que la véritable force consiste à reconnaître son épuisement et à demander du soutien. » Une autre a ajouté : « Depuis notre déplacement vers le camp, j’ai eu le sentiment d’être devenue étrangère à moi-même. C’est la première fois que je sens qu’il existe quelqu’un qui m’écout me comprend. »

L’atelier comprenait plusieurs activités de soutien psychologique et récréatif destinées à réduire le stress et à raviver la dimension positive chez les participantes. Une activité collective intitulée Je respire pour moi-même a également été organisée. Les participantes, assises en cercle fermé, ont été initiées à des techniques de respiration profonde et de méditation simple visant à atténuer la pression psychologique et à restaurer un sentiment de calme intérieur.

La séance a également donné lieu à une activité de dessin expressif. Des feuilles et des couleurs ont été distribuées aux participantes afin qu’elles puissent exprimer leurs émotions et leurs messages intérieurs à travers le dessin. Certaines œuvres reflétaient la peur, la perte et la destruction, tandis que d’autres représentaient le soleil, la mer, les enfants et les écoles, témoignant clairement d’un attachement persistant à l’espoir

Parmi les moments de l’atelier figurait l’exercice intitulé Une lettre à moi-même, au cours duquel chaque participante devait écrire une phrase d’encouragement adressée à elle-même, comme si elle parlait à une autre femme traversant les mêmes épreuves. Les feuilles se sont remplies de mots de patience, de force, d’espoir et de prières, transformant cet instant en un espace profondément émouvant.

Les participantes ont également discuté du concept de lien d’espoir, une initiative fondée sur la création d’un réseau de soutien psychologique et social entre les femmes du camp, afin qu’aucune d’entre elles ne soit laissée seule face à l’effondrement psychique ou aux pressions quotidiennes. Certaines participantes ont proposé l’organisation de rencontres périodiques au sein du camp afin d’assurer un suivi des femmes souffrant d’isolement ou de symptômes psychologiques sévères. Les femmes ont insisté sur le fait que les femmes vivant dans les camps assument désormais des responsabilités immenses dépassant largement leurs capacités : elles sont à la fois mères, éducatrices, garantes de la protection des enfants et piliers du soutien émotionnel familial, malgré leurs propres souffrances personnelles.

À la fin de l’atelier, les femmes se sont levées en cercle et ont partagé quelques mots sur leur ressenti après la séance. Certaines ont parlé d’un sentiment de légèreté après avoir pleuré, tandis que d’autres ont affirmé que le simple fait d’écouter les histoires des autres femmes leur avait redonné un sentiment de force et d’appartenance. L’une des participantes a déclaré : « Aujourd’hui, j’ai senti que je n’étais pas seule dans cette bataille, et que ma douleur était comprise et entendue. » Une autre a ajouté : « Cette séance m’a rendu quelque chose que j’avais perdu depuis longtemps… elle m’a rendu ma voix. »

Dans la phase d’après-guerre, de tels ateliers constitueront un pilier fondamental des processus de reconstruction sociale, car ils contribuent à reconstruire l’être humain de l’intérieur, à réparer les liens sociaux, à renforcer les capacités d’adaptation et à favoriser un retour progressif vers une vie normale. Les femmes du camp d’Al-Israa ont démontré que, malgré le déplacement, la peur et les pertes, la femme palestinienne n’est pas seulement une réceptrice de douleur, mais également une créatrice. Depuis l’intérieur de leurs tentes exiguës, elles ont réussi à transformer la souffrance en énergie de survie, à faire de leurs voix fatiguées un nouvel espace de vie, rappelant que l’être humain demeure toujours capable de se relever, même au milieu des ruines.

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