Montarnaud : la justice offre du répit au tiers-lieu Macondo
Menacé d’expulsion depuis trois ans par la mairie de Montarnaud, le tiers-lieu écolo Macondo a obtenu gain de cause devant le juge des référés, qui a rejeté la résiliation de son bail. Ses occupants espèrent le relancer via un nouveau projet d’accueil de jeunes en situation de handicap
C’est un retournement de situation que les occupants n’attendaient plus vraiment. Le 19 février, le juge des référés a rejeté la demande de résiliation du bail de Macondo, mettant un coup d’arrêt à une procédure engagée par la mairie de Montarnaud. Pour les fondateurs de ce tiers-lieu dédié aux low-techs, la décision sonne comme une reconnaissance tardive, après trois années de tensions politiques et juridiques.
Installé depuis 2018 sur le site du Mas Dieu, à une vingtaine de minutes de Montpellier, Macondo s’inscrit dans une histoire militante plus ancienne. Quarante ans plus tôt, une mobilisation écologiste faisait échouer un projet de décharge porté notamment par Georges Frêche. Les terres, classées en zone Natura 2000, avaient depuis été dédiées à des usages agricoles et environnementaux.
Dans ce sillage, les coopérateurs de Macondo revendiquent un héritage. Leur projet : un laboratoire du « monde d’après », mêlant permaculture, formation de jeunes en décrochage et expérimentations low-tech. À son apogée, en 2023, le site faisait vivre 27 emplois et plusieurs structures, générant près d’un million d’euros de chiffre d’affaires autour d’activités écologiques.
Mais l’arrivée à la mairie de Montarnaud de Jean-Pierre Pugens change la donne. Dès 2023, l’édile bloque une subvention de 250 000 euros et multiplie les griefs : absence de permis de construire, risques incendie, irrégularités du bail. Des accusations contestées par les occupants, qui dénoncent une volonté politique de mettre fin à leur présence.
Le conflit prend une tournure plus large lorsque Michaël Delafosse, président de la métropole, affiche son soutien au maire de Montarnaud. Lors des vœux municipaux de janvier 2024, il évoque la nécessité de « mettre fin aux occupations illicites du Mas Dieu », tout en esquissant un futur projet pour le site — resté depuis sans contours précis.
Dans la foulée, les pressions s’accentuent : amende de 25 000 euros pour défaut d’urbanisme, résiliation unilatérale du bail par le SIADE en mars 2024. Les activités déclinent, les structures déménagent, les licenciements s’enchaînent. Fin 2025, la liquidation de la coopérative devient inévitable.
Une “victoire à la Pyrrhus”
« C’est une victoire à la Pyrrhus, le tribunal n’a pas vraiment statué sur le fond, mais a surtout dit qu’il n’était pas possible de résilier notre bail », nuance aujourd’hui Benjamin Clouet, cofondateur du lieu. « Beaucoup de gens sont partis depuis la menace d’expulsion. »Le bilan humain est lourd : plusieurs anciens salariés sont aujourd’hui sans emploi, certains en situation de grande précarité. Et les financements publics mobilisés — près d’un million d’euros en sept ans — apparaissent en grande partie perdus.
Pour autant, les porteurs du projet refusent d’en rester là. Un nouveau projet est en réflexion, tourné vers l’accompagnement de jeunes en situation de handicap neurologique, mêlant activités agricoles et culturelles. « On souhaite proposer des ateliers de maraîchage comme de musique », explique Benjamin Clouet.
Reste une inconnue de taille : le contexte politique local. « Beaucoup de choses vont dépendre du résultat des élections », reconnaît-il. Derrière la victoire judiciaire, l’avenir de Macondo demeure suspendu aux équilibres politiques qui l’ont, en partie, précipité dans la tourmente. un résultat qui influencera aussi sans doute la teneur de la soirée organisée sur le lieu le 11 avril prochain.
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