Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | L’Aïd, son ambiance et ses journées, Un espace sûr pour les femmes
10 juin 2026Compte rendu hebdomadaire 8 et 9 Juin des deux ateliers de soutien psychosocial pour les femmes des camps d’Al-Durra et Al-Israa
Dans le contexte des conditions humanitaires extrêmement difficiles vécues par les personnes déplacées dans la bande de Gaza, les équipes de l’UJFP poursuivent la mise en œuvre de programmes de soutien psychosocial et social au sein des camps de déplacés. L’UJFP a organisé un atelier qui a réuni vingt femmes déplacées dans le camp d’Al -Durra sous le thème :L’Aïd, son ambiance et ses journées : comment les avons-nous vécues ? – Faire émerger la joie du défi Cet atelier s’est tenu à l’issue des célébrations de l’Aïd al-Adha afin d’offrir aux participantes un espace sûr leur permettant d’exprimer leurs émotions et leurs expériences vécues durant la fête, de revisiter les événements des jours écoulés avec leurs défis et leurs efforts d’adaptation, et de transformer ces expériences en récits de résilience sur lesquels il sera possible de s’appuyer à l’avenir.
Dans les camps, les femmes assument des responsabilités accrues et sont confrontées à des défis sociaux et psychologiques complexes, notamment un sentiment permanent d’inquiétude et d’incertitude face à l’avenir, ainsi qu’une profonde nostalgie de leur vie passée, de leurs maisons, de leurs souvenirs et des proches qu’elles ont perdus. L’atelier a débuté par des activités de présentation et d’interaction collective visant à instaurer un climat de confiance, de familiarité et de confort entre les participantes. Chaque participante devait décrire son Aïd en un seul mot. patience, perte, espoir, dignité, défi et nostalgie. La séance s’est ensuite poursuivie par une discussion ouverte sur la manière dont les participantes avaient vécu l’Aïd à l’intérieur du camp. L’une des participantes a répondu que ce qui la faisait le plus souffrir était la crainte que les enfants perdent le sentiment même de l’Aïd. Elle a ajouté qu’elle redoutait que ces journées bénies deviennent des journées ordinaires à cause des conditions de déplacement. Une autre participante a expliqué que sa plus grande peur était de voir la tristesse dans les yeux des enfants lorsqu’ils comparaient leur réalité actuelle à celle des années précédentes. Au cours des échanges, les femmes ont évoqué les efforts qu’elles avaient déployés pour créer une atmosphère festive malgré les moyens extrêmement limités. L’une d’elles a raconté que plusieurs femmes s’étaient réunies quelques jours avant l’Aïd afin d’échanger des idées sur la manière d’apporter de la joie aux enfants. Elle a expliqué qu’elles avaient nettoyé et organisé les abords des tentes autant que possible afin de créer un sentiment différent annonçant l’arrivée de la fête. Elle a également indiqué que certaines familles avaient fabriqué de simples décorations à partir de matériaux disponibles dans le camp. Une autre participante a souligné l’importance des takbirs de l’Aïd qui résonnaient entre les tentes le matin de la fête. Selon elle, ces voix avaient permis aux habitants de retrouver une partie de leur sentiment naturel lié à cette célébration. Elle a également observé que les enfants avaient réagi avec enthousiasme à cette ambiance malgré leur conscience des difficultés de la situation.
Certaines participantes ont reconnu avoir ressenti une profonde tristesse en raison de l’absence de membres de leur famille décédés pendant la guerre. D’autres ont parlé du manque ressenti envers les maisons qu’elles avaient été contraintes d’abandonner. La majorité des participantes ont confirmé que la nostalgie avait été très présente durant toute la fête. L’une d’elles a déclaré :« Nous souriions devant nos enfants pour qu’ils ne ressentent pas toute la tristesse que nous portons dans nos cœurs. » Une autre :« Nous avons décidé de vivre l’Aïd avec ce que nous avions, et non avec ce qui nous manquait. »
Une activité intitulée Un moment de fierté a également été organisée. Les conseillères ont demandé à chaque participante de raconter une situation dont elle était fière pendant les jours de l’Aïd. L’une des femmes a évoqué le repas modeste qu’elle avait préparé pour réunir sa famille. Une autre a parlé de sa visite à une famille ayant perdu l’un de ses fils afin de lui apporter du réconfort. Une troisième a expliqué qu’elle avait réussi à faire sourire ses enfants malgré les conditions extrêmement difficiles.
Une autre activité intitulée Messages de gratitude a ensuite été réalisée. Chaque participante a écrit un court message destiné à une personne qui l’avait soutenue pendant la période de l’Aïd. Les femmes ont exprimé leur gratitude envers leurs voisines, leurs proches et les bénévoles qui leur avaient apporté aide et soutien.
Lors d’une séquence récréative, les participantes ont pris part à des jeux collectifs légers destinés à rompre la routine quotidienne et à instaurer une ambiance joyeuse. Les loisirs ne constituent pas un aspect secondaire dans de telles circonstances, mais un élément essentiel du processus de rétablissement psychologique. Au fil des discussions, les participantes ont mis l’accent sur les initiatives positives apparues parmi les habitants du camp pendant l’Aïd. Elles ont souligné les manifestations de solidarité observées à travers le partage de nourriture, les visites mutuelles et le soutien moral. L’une des participantes a affirmé que le camp était devenu une grande famille partageant les joies comme les peines. Une autre a estimé que l’Aïd avait révélé la force des liens entre les familles déplacées. Elle a ajouté que la coopération était devenue un moyen essentiel de se protéger contre l’effondrement psychologique. Les participantes ont également réfléchi à la manière de préserver cet esprit de solidarité après la fin de la fête. Elles ont proposé l’organisation de rencontres régulières entre les femmes du camp. Toutes ont souligné que les défis quotidiens deviennent plus supportables lorsqu’une personne sent qu’elle n’est pas seule.
À la fin de la séance, il a été demandé aux participantes de résumer les principales leçons tirées de leur expérience de l’Aïd au sein du camp. Elles ont souligné que la joie peut naître des choses les plus simples lorsque la volonté et la coopération sont présentes. Elles ont considéré que leur capacité à traverser les jours de l’Aïd constituait une preuve de la force de leur communauté et de son aptitude à s’adapter. L’importance de ces ateliers apparaît particulièrement dans la période d’après-guerre, lorsque les individus ont besoin d’espaces sûrs pour assimiler les expériences difficiles qu’ils ont traversées. Ils offrent également une occasion précieuse d’échanger des expériences, des solutions et de renforcer une culture de solidarité et de coopération. Grâce à ces rencontres, les tentes cessent d’être de simples lieux de déplacement temporaire pour devenir des espaces humains capables d’abriter l’espoir et de faire émerger des initiatives positives. https://drive.google.com/drive/folders/1k8vnZ1JNb013AYN0dJ77UarBc3ch8TLf
Atelier soutien psychosocial pour les femmes camp Al-Israa
Malgré les pressions psychologiques et sociales constantes auxquelles elles sont confrontées, les femmes continuent d’assumer leurs responsabilités en tant que pilier essentiel de la résilience familiale et communautaire. Cependant, l’accumulation de ces responsabilités épuise une grande partie de leurs ressources émotionnelles et psychologiques, créant un besoin urgent d’espaces sûrs où elles puissent exprimer leurs sentiments et retrouver une partie de leur équilibre intérieur. C’est dans cette perspective que les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier de soutien psychosocial pour les femmes au camp Al-Israa, situé à l’ouest de la ville de Gaza, sous le thème : Un espace sûr pour les femmes, soutien et accompagnement en période de déplacement. L’atelier a réuni 25 femmes déplacées vivant dans le camp. Au début de la séance, les conseillères ont rappelé que l’objectif principal était d’offrir à chaque femme une occasion de s’exprimer, d’écouter et d’échanger avec d’autres femmes vivant des réalités similaires.
L’atelier a débuté par une activité de présentation intitulée Je suis plus qu’une personne déplacée . Chaque participante a été invitée à se présenter non pas à travers sa situation de déplacement, mais à travers une qualité positive, une compétence qu’elle possède ou un rôle dont elle est fière. L’une des participantes a déclaré être une mère forte qui avait réussi à protéger ses enfants malgré toutes les difficultés. Une autre a expliqué qu’elle était enseignante et qu’elle continuait à instruire les enfants du camp malgré la perte de son école. Une troisième s’est décrite comme une femme qui continue de croire en l’espoir malgré tout ce qu’elle a traversé.
La séance s’est poursuivie avec un thème Comment notre vie a-t-elle changé après le déplacement ? Une discussion ouverte a permis aux femmes de parler des transformations qui ont marqué leur vie depuis le début de la guerre. De nombreuses participantes ont souligné que le déplacement n’avait pas seulement changé leur lieu de résidence, mais avait transformé l’ensemble de leur mode de vie. L’une d’elles a confié que ce qui lui manquait le plus était le sentiment d’intimité et de stabilité. Elle a ajouté que la vie sous une tente oblige les femmes à rester constamment prêtes à faire face à toute situation imprévue. Une autre participante a indiqué que le plus grand défi consistait à essayer d’offrir un environnement sûr aux enfants malgré les conditions difficiles qui les entourent. Parler de ces émotions contribue à en réduire l’intensité et à éviter leur accumulation.
Dans une autre partie de l’atelier, une activité Mes sources de force Chaque participante a été invitée à citer trois éléments qui l’avaient aidée à tenir durant les derniers mois. Les réponses ont été variées : la foi en Dieu, le soutien familial, l’amour des enfants ou encore les relations sociales au sein du camp. Certaines femmes ont également évoqué le rôle essentiel des voisines dans l’entraide quotidienne en période de crise.
La séance s’est ensuite orientée vers les mécanismes d’adaptation positive. Quelles stratégies elles utilisaient pour faire face aux pressions du quotidien.
L’une des femmes a expliqué que l’organisation des tâches quotidiennes l’aidait à réduire le sentiment de chaos. Une autre a indiqué qu’elle consacrait chaque jour du temps pour parler avec ses enfants et les écouter. Une troisième a affirmé que les échanges avec les voisines et les visites mutuelles l’aidaient à surmonter de nombreux sentiments négatifs. La discussion a également porté sur l’importance de prendre soin de soi et de ne pas négliger ses propres besoins.
L’atelier comprenait également plusieurs exercices de relaxation et de respiration profonde.. Cette activité a instauré un climat de calme et de détente au sein du groupe.

Une activité interactive Mon réseau de soutien.. Les participantes ont été invitées à dessiner un cercle représentant les personnes vers lesquelles elles peuvent se tourner en cas de besoin. Cette activité les a aidées à prendre conscience de l’importance des relations sociales dans la gestion des crises. Les discussions ont montré que de nombreuses femmes s’appuient sur des réseaux informels composés de voisines et de proches pour surmonter les défis quotidiens.
Une activité artistique a également été organisée, consistant à rédiger des messages d’encouragement destinés aux autres participantes. Ces messages contenaient des paroles de soutien, d’espoir et de motivation. Lors de la discussion finale, les participantes ont évoqué l’importance de disposer de tels espaces sûrs au sein des camps. L’une d’elles a expliqué qu’elle était arrivée à la séance dans un état de forte pression psychologique, mais qu’elle en ressortait plus calme et davantage capable de penser positivement. Une autre a déclaré que le principal bénéfice qu’elle retirait de l’atelier était le sentiment de ne pas être seule face à ces difficultés. Une troisième a souligné que l’écoute des expériences des autres femmes lui avait donné davantage de force et d’espoir.
Les équipes de l’UJFP poursuivent la mise en œuvre de ces activités, convaincues que le rétablissement psychologique constitue un élément essentiel de la résilience communautaire. La guerre ne laisse pas seulement des traces sur les bâtiments et les infrastructures ; elle marque également les êtres humains, leur mémoire, leurs émotions et leurs relations sociales. Ces programmes revêtent également une importance particulière dans la période d’après-guerre, car ils contribuent à traiter les conséquences psychologiques accumulées, à reconstruire les liens sociaux et à renforcer la capacité des femmes à participer activement au processus de relèvement communautaire.
Face à la persistance des défis, ces espaces sûrs demeurent une fenêtre ouverte sur l’espoir, une source de force et un message affirmant que les femmes palestiniennes sont capables de transformer la douleur en énergie, la souffrance en moteur de persévérance, et de contribuer à bâtir un avenir plus stable pour leurs familles et leur communauté.
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