Photovoltaïque : chez Urbasolar à Montpellier, les salariés font de l’ombre au plan social

Elian Barascud Publié le 9 juillet 2026 à 16:15
Ce jeudi 9 juillet, les salariés d'Urbasolar, entreprise montpelliéraine de photovoltaïque filiale du groupe suisse Axpo, étaient en grève contre un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) qui supprimerait 53 postes sur plus de 400.("Le Poing")

Ce jeudi 9 juillet, les salariés d’Urbasolar, entreprise montpelliéraine de photovoltaïque filiale du groupe suisse Axpo, étaient en grève contre un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qui supprimerait 53 postes sur plus de 400. Une mobilisation rare dans un secteur des énergies renouvelables en pleine crise, où les syndicats dénoncent des indemnités au rabais de la part d’un groupe qui aurait engrangé près d’un milliard d’euros de bénéfices en 2025

Le soleil brille sur Montpellier, mais pas sur l’emploi dans le photovoltaïque. Ce jeudi 9 juillet, les salariés d’Urbasolar, l’un des poids lourds français du solaire dont le siège est installé dans la capitale héraultaise, étaient en grève à l’appel de la CFE-CGC, syndicat représentatif du personnel. En cause : un projet de plan de sauvegarde de l’emploi annoncé le 26 mai dernier, qui prévoit la suppression de 53 postes sur un effectif d’environ 480 salariés, des suppressions « réparties dans l’ensemble de l’organisation » selon la direction. La semaine dernière, un premier débrayage avait déjà réuni une centaine de personnes.

Dialogue social : chacun sa version

« Notre direction a annoncé un PSE le 26 mai dernier et n’a pas voulu négocier », dénonce Priscilla, salariée syndiquée CFE-CGC et élue au comité social et économique (CSE). « On a donc appelé à la grève, et dès hier soir, ils nous ont fait des propositions, certes en deçà de ce qu’on attend, mais au moins il y a eu une réaction. » Comme quoi, en matière de dialogue social aussi, il faut parfois un peu d’énergie pour produire de la lumière.

Une version que conteste la direction, qui affirme auprès du Poing avoir tenu « cinq réunions avec les représentants du personnel » depuis l’annonce du 26 mai, « en plus des échanges réguliers avec les équipes », et assure respecter « l’ensemble des obligations légales et réglementaires en matière de dialogue social ». Des réunions dont l’existence ne suffit visiblement pas, aux yeux des grévistes, à faire une négociation.

Le nerf de la guerre : les conditions de départ. Urbasolar appartient depuis 2019 au groupe suisse Axpo, qui, selon les chiffres avancés par la syndicaliste, aurait engrangé 954 millions d’euros de bénéfices en 2025, pour une trésorerie de 7 milliards. « Ils ont beaucoup de moyens, mais nous proposent le minimum pour les départs, que l’inspection du travail leur a fait rehausser », affirme Priscilla. Sur la table actuellement, selon elle : douze mois de congé de reclassement à 80 % du salaire. Les grévistes en demandent dix-huit, « afin de tenir compte de la conjoncture actuelle du secteur », avec un maintien du salaire au plus proche du net, ainsi qu’une indemnité de licenciement supra-légale équivalente à deux mois de salaire brut par année d’ancienneté.

Interrogée sur ces demandes, sur les propositions formulées la veille de la grève et sur le rôle de l’inspection du travail, la direction refuse de confirmer ou d’infirmer : le projet étant « soumis à une procédure d’information-consultation du CSE », « aucun commentaire ne peut être formulé à ce stade », le contenu du projet étant « par nature évolutif ».

L’inquiétude des salariés porte aussi sur l’après : « La réorganisation provoquée par ces départs nous inquiète, on a peur d’une surcharge de travail pour ceux qui restent, il faut que ça soit fait en concertation avec nous », poursuit Priscilla. Sur ce point, la direction se veut rassurante : la réflexion sur la réorganisation aurait « intégré la question de la charge de travail afin d’éviter toute situation de surcharge », et la nouvelle organisation ferait « l’objet d’un suivi régulier ». En attendant, les salariés n’excluent pas de poursuivre la mobilisation.

Un secteur qui broie du noir

Car au-delà d’Urbasolar, c’est toute la filière des énergies renouvelables qui traverse une zone de turbulences, comme le Poing le racontait déjà en février dernier lors de la mobilisation des CSE du secteur devant la préfecture de l’Hérault. Sur le diagnostic, d’ailleurs, direction et salariés se rejoignent presque : la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), publiée en février 2026 après des années de retard, réduit les aides et les volumes alloués au photovoltaïque. La direction d’Urbasolar évoque ainsi des « objectifs solaires significativement plus bas que prévus », une « absence quasi totale d’appels d’offres dédiés aux centrales au sol depuis juin 2025 », des délais de raccordement au réseau qui s’allongent, et un « effondrement des prix de l’électricité solaire en Europe » lié à la surproduction aux heures d’ensoleillement.

« Nous avons moins de possibilités de développer du photovoltaïque. Il va y avoir des appels d’offres en juillet et en octobre, ça va être des boucheries, toutes les entreprises vont se jeter sur le peu qu’il reste », anticipe Priscilla. Même constat côté direction, qui décrit une « intensité concurrentielle » poussant les candidats « à proposer des tarifs bas pour remporter les marchés disponibles ». Reste que du diagnostic partagé aux conclusions, les chemins divergent : pour l’une, il justifie les suppressions de postes ; pour les autres, il justifie précisément de mieux indemniser ceux qui vont devoir retrouver un emploi dans un marché exsangue.

Olivier, salarié également syndiqué CFE-CGC, résume la précarité d’un secteur suspendu aux arbitrages de l’État : « Les appels d’offres se raréfient, et les volumes se réduisent. Nos emplois dépendent beaucoup des décisions gouvernementales en la matière. Donc en 2027, on subit, en espérant que ça change après les présidentielles… »

« Les salariés deviennent la variable d’ajustement »

Venu en soutien, Tom, militant au syndicat Sud Énergie, souligne le caractère inédit du mouvement : « Le contexte est assez historique, c’est l’une des premières grèves d’une entreprise du secteur des énergies renouvelables. » Et de décrire un marché de l’emploi sinistré : « Le secteur est actuellement en crise, les gens vont galérer à retrouver du boulot. Ma boîte a récemment publié une offre d’emploi, on a rapidement reçu 80 CV. Il y a deux ans, pour le même poste, on en recevait 10. »

Pour le syndicaliste, dont l’organisation milite pour la socialisation du secteur de l’énergie, le problème est structurel : « Le secteur de l’énergie est privé : quand ça marche, on embauche, mais quand ça ne marche plus, les salariés deviennent la variable d’ajustement. Cette vision court-termiste empêche de se projeter à long terme pour une vraie politique de transition énergétique. » Une analyse que son syndicat portait déjà, presque mot pour mot, en février dernier. Cinq mois plus tard, force est de constater que le scénario qu’il décrivait se déroule sans accroc.

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