Énergies renouvelables à Montpellier : les salariés du solaire manifestent (encore) sous la grisaille
Ce mardi 29 septembre, des salariés de la filière des énergies renouvelables se sont rassemblés à Montpellier, le jour où le Syndicat des énergies renouvelables, l’organisation patronale du secteur, tenait son colloque à Paris. Ils ont dénoncé la vague de licenciements et de restructurations qui frappe la filière depuis la publication de la feuille de route énergétique du gouvernement en février
Les travailleurs du solaire et des énergies renouvelables n’ont pas de chance avec la météo. En février, c’est déjà sous la pluie qu’ils manifestaient devant la préfecture de l’Hérault. Ce mardi 29 septembre, rebelote : c’est sous un ciel gris que quelques dizaines de personnes se retrouvent devant la préfecture. Pour une profession qui vit entre autre de l’ensoleillement, l’ironie ne manque pas. La date, elle, n’a rien d’un hasard. Au même moment, à Paris, le Syndicat des énergies renouvelables (SER), qui regroupe les employeurs de la filière, tient son colloque.
Licenciements en série
« On est là pour dénoncer les plans de licenciements ou les restructurations dans le secteur à la suite de la PPE de février dernier », explique Tom, militant à Sud Énergie 34. La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est la feuille de route qui fixe, par décret, les objectifs de production de chaque filière pour les dix années à venir. Sa troisième version, attendue depuis 2023, a été publiée en février avec près de trois ans de retard. Elle revoit à la baisse la trajectoire du solaire, désormais fixée entre 55 et 80 gigawatts installés en 2035.
Pour le syndicaliste, la crise tient aussi à la façon dont le secteur est organisé. « Nous sommes dans une situation de surproduction à certaines heures sur le solaire. Il y a trop d’offre et pas assez de demande, ça entraîne des prix négatifs. Cela traduit un manque de planification, parce qu’on a laissé le marché faire. » Et de viser directement le SER, qui selon lui « pense que le marché doit s’occuper de tout ». Il rappelle l’ouverture du marché de l’électricité aux particuliers, en 2007 : « On nous promettait que la concurrence allait faire baisser les prix, mais depuis, les factures d’électricité ne font qu’augmenter. »
Sud Énergie défend donc l’inverse. « La concurrence entre les entreprises nous coûte cher : communication, directions… Cet argent, on pourrait l’investir dans un véritable service public de l’énergie. C’est notre revendication, nous voulons socialiser le secteur. »
« Les salariés ne doivent pas être la variable d’ajustement »
Julia Mignacca connaît la situation de l’intérieur. Conseillère municipale d’opposition et cofondatrice du mouvement politique Les Verts Populaires, elle a été licenciée en août par Voltalia, où elle travaillait. « Il n’y a quasiment plus d’appels d’offres et quasiment plus d’acheteurs, donc le secteur connaît une vague de licenciements. On parle de 4 500 emplois à Montpellier. Les salariés ne doivent pas être la variable d’ajustement. »
Son entreprise a annoncé une réduction de 20 % de ses effectifs. Ce qui l’a le plus heurtée, c’est la manière. « J’ai trouvé la novlangue avec laquelle on nous a annoncé ça ultra-violente. On nous a parlé de “plan de sauvegarde de l’emploi” au lieu de plan de licenciements. Et au lieu de me dire que j’allais être au chômage, on m’a parlé de “congé de reclassement”, où c’est à moi de retrouver du travail dans un secteur en crise. »
Voltalia n’est pas une PME fragile. Son actionnaire majoritaire est Creadev, la société d’investissement de la famille Mulliez, également propriétaire d’Auchan, Decathlon ou Leroy Merlin. Gérard Mulliez et sa famille occupent la huitième place du classement 2026 des fortunes françaises du magazine Challenges, avec 27 milliards d’euros. Chez Voltalia, « on est passés de 400 à 200 salariés en quelques années », résume Rémi Sanson, élu au CSE.
Moins de collègues, plus de travail
Même tableau chez Urbasolar, autre poids lourd montpelliérain du photovoltaïque, filiale du groupe suisse Axpo. Un plan social y est en cours, qui touche 51 postes. Valentin, porte-parole de l’inter-CSE du secteur à Montpellier, s’inquiète aussi pour ceux qui restent. « Le gouvernement souhaite une transition énergétique, mais elle ne peut pas se faire sans les gens qui la rendent possible. » Il avance le chiffre de 20 000 départs en deux ans, surtout dans l’installation de panneaux solaires sur les habitations et au sol. « Cela produit, pour ceux qui restent, une surcharge de travail et de la souffrance. »
Sud Énergie 34 compte poursuivre la réflexion en novembre, avec deux soirées au Quartier Généreux (2 quai des Tanneurs) : un débat sur le thème « Le capitalisme détruit les renouvelables » le vendredi 6 novembre à 19 h, puis un ciné-débat autour du film L’homme a mangé la Terre le jeudi 26 novembre à 19 h 30. Les deux rendez-vous ont lieu en intérieur, ce qui, vu les antécédents météo du mouvement, n’est sans doute pas plus mal.
Nos articles sont gratuits car nous pensons que la presse indépendante doit être accessible à toutes et tous. Pourtant, produire une information engagée et de qualité nécessite du temps et de l’argent, surtout quand on refuse d’être aux ordres de Bolloré et de ses amis… Pourvu que ça dure ! Ça tombe bien, ça ne tient qu’à vous :
ARTICLE SUIVANT :

