Journée pour l’avortement : à Montpellier, des manifestantes inquiètes de la dégradation des droits et de la montée du RN

Le Poing Publié le 29 septembre 2026 à 14:54

Comme tous les ans pour la journée de lutte pour le droit à l’avortement, une manifestation a eu lieu ce lundi 28 septembre au soir à Montpellier à l’appel de l’inter-organisation féministe de la ville. Parmi les 300 personnes présentes, Le Poing a discuté avec quelques participantes, entre constat d’un recul du droit à l’IVG et inquiétudes sur une possible arrivée au pouvoir du RN.

« Désolé Mamie, ça recommence, non à la régression » ; « Le droit d’avorter, c’est un choix, pas un chemin de croix » ; ou encore « On est pas là décorer, on détruira votre société ». Ce lundi 28 septembre au soir, alors qu’une foule de 300 personnes se rassemblait au Peyrou, les slogans ont très tôt commencé à fuser. L’inter-organisation féministe de la ville appelait à une manifestation entre l’arc de triomphe montpelliérain et la Comédie.

« Ne pas avoir droit à l’avortement, c’est l’enfer »

Dans la foule, Christine, ancienne prof retraitée rentrée à la FSU par le féminisme et la lutte anti nucléaire, explique sa présence : « L’avortement, comme tous les droits pour les femmes, si on ne se bat pas pour les garder ils s’envolent. C’est un droit qui peut être dans la Constitution, depuis 2024 en France, mais concrètement on peut ne pas pouvoir exercer ce droit. Si on décide par exemple que c’est plus remboursé, il n’y a que les riches qui ont le droit de disposer de leur corps. Si on met la limite de temps à quatre semaines, on l’interdit pas, sauf qu’on sait pas qu’on est enceinte. »

Dès le début du rassemblement, les prises de parole de l’inter-organisation féministe insistaient sur « des droits fragilisés par le manque de moyens » Fermetures de centres de santé sexuelle, baisses de budgets, dégradation de l’offre hospitalière : les causes matérielles sont multiples. Le Planning Familial de l’Hérault se trouve ainsi régulièrement en grandes difficultés financières.

« Tout le monde doit avoir le choix même si on ne partage pas toutes les mêmes opinions. », renchérit Shamsa, étudiante en L3 en psychologie venue manifester avec une de ses camarades de promo. « Je pense que ça se démocratise de plus en plus. Mais je pensais pas qu’il y avait autant de personnes contre, je le vois quand on fait des expositions sur le sujet, ça me choque. Quand je vois que certains médecins refusent de pratiquer les IVG, ça devient compliqué. On recule peut-être pas mais on avance pas. » Dans le viseur des mouvements féministes, la double clause de conscience, soit le fait qu’en France un-e soignant-e peut refuser de pratiquer une IVG ou un autre acte médical en cas d’opposition éthique.

Le caractère fondamental du droit à l’avortement, Céline, elle aussi retraitée, heureuse d’avoir pris part à mai 68 à 21 ans, en connaît quelque chose : « Quand je suis allé travailler en usine, il y avait une ouvrière qu’on a pu faire avorter par une interne en médecine sur une table de cuisine, par aspiration. Moi-même j’ai avorté clandestinement, donc il a fallu trouver un médecin. On vivait tout le temps dans l’angoisse, je me souviens que je ne pouvais rien m’acheter, parce qu’il fallait que je garde des sous au cas où. Ce droit c’est capital, ça a tout changé, ne pas l’avoir c’est l’enfer. »

Solidarité internationale

Pour Ambrella, « il faut se battre parce que comme aux États-Unis ça peux toujours régresser. » « La situation est désormais dramatique en Alabama, au Missouri, au Texas ou encore en Géorgie», déclarait l’ONG Oxfam à propos de l’avortement en septembre 2025. Quatre États dirigés par le parti républicain de Donald Trump. De l’avis général, la manifestation du jour avait aussi un caractère de solidarité internationale. « Dans le monde, l’avortement reste interdit en toute circonstance dans 21 pays, c’est 111 millions de femmes exposées à des sanctions. En Europe en 2026, 20 millions de femmes n’auraient pas accès à un avortement sûr et légal. Il est interdit en Andorre, restreint et criminalisé à Malte et en Pologne, et de plus en plus difficile d’accès en Italie et en Hongrie. Seuls 8 pays n’imposent aucun obstacle obligatoire à l’accès à l’IVG, comme des délais d’attente, des entretiens obligatoires ou des autorisations d’un tiers. », ont égrené les organisatrices.

Le RN est-il capable d’avorter autre chose que sa dédiabolisation ?

Dans la manifestation, l’horizon 2027, bien français celui-ci, pose question. « J’espère que le RN n’arrivera jamais au pouvoir, parce que je pense que ça va être très compliqué et pas seulement pour l’avortement, ça m’inquiète beaucoup. », nous confie Shamsa. « Il y aurait beaucoup de chances que là ça régresse franchement. » Mi-septembre 2026, la présence de Marion Maréchal Le Pen à l’inauguration d’une exposition anti-avortement au Parlement européen de Strasbourg a fait polémique, alors que la femme politique est en plein rapprochement avec le RN.

« Le faux nez de dire que le RN est féministe, pas du tout. Ils sont essentialistes, la femme est la mère, à la maison, elle doit servir au repos du guerrier. », ajoute Christine. « Le Planning Familial est ciblé par des mouvements et responsables politiques opposés à l’IVG, à l’éducation à la sexualité, et aux droits LGBTQIA+ », ont estimé les organisatrices lors des prises de parole officielles. « Des réseaux conservateurs disposent de moyens financiers importants et investissent la politique, les médias, l’éducation, la famille, et les questions de société, notamment à travers des campagnes de désinformation, des formations et la création de nouvelles structures. »

Une mobilisation générale

Pour Ambrella, en cas de victoire du RN, c’est une mobilisation générale qu’il faudrait décréter. « Pour les causes des femmes parce que sur n’importe quel sujet c’est nous les premières victimes. Mais aussi sur plein de causes parce que tous les droits sont remis en cause par le RN. Ils ne savent pas de quoi ils parlent, ils n’ont pas ouvert un livre d’histoire, ils parlent juste parce qu’on leur a dicté ce qu’il fallait dire. », s’agace-t-elle, avant de nous faire part de son envie de s’engager auprès d’associations féministes. « Le RN c’est un épouvantail, mais je trouve qu’il est déjà présent dans beaucoup d’esprits, dans certaines évolutions du Parti Socialiste. Le macronisme a été un marchepied pour le RN. », constate Céline. « Je croyais bêtement que Hitler avait été élu. Mais c’est faux, Johann Chapoutot, un historien français, l’a montré, il a été mis en place par l’extrême-centre, par la bourgeoisie qui préfère l’extrême-droite que le socialisme. Il faut combattre tout le temps pied à pied toutes les idées nauséabondes : le soutien au sionisme, au colonialisme, ne pas reconnaître ce qu’on a fait et qu’on vit sur la rente du colonialisme. »

« Pour ce qui est des violences sexistes et sexuelles c’est la même chose, on essaie d’élever nos voix en tant que femmes mais aussi en temps que citoyennes ou individus touché-es. Les pouvoirs publics ne font pas grand-chose, on l’a vu avec Gisèle Pélicot. C’est une héroïne, elle a un courage immense, mais en France elle n’a pas été très reconnue, à part des citoyennes et citoyens. Mais par les pouvoirs publics, est ce qu’elle a été accueillie, ovationnée par Brigitte Macron, femme de l’Élysée ? Non. Elle a été ovationnée par l’Espagne, par l’Angleterre. », se désole Céline.

Le RN serait-il différent sur ce sujet précis ? Pour Christine, c’est un non-sens : « Les violences sexuelles, ils s’en occupent que si c’est des gens qui n’ont pas la bonne couleur de peau qui les commettent. Alors qu’en général c’est dans les familles bien propres, bien classiques, bien normées que ça se passe. On peut pas être d’extrême-droite et féministe, c’est pas compatible. »

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