Pompiers, profs, bibliothécaires : à Montpellier, la fonction publique craint de nouvelles coupes en 2027

Elian Barascud Publié le 29 septembre 2026 à 18:06
Ce mardi 29 septembre, 7 000 agents publics ont manifesté à Montpellier selon l'intersyndicale. ("Le Poing")

Ce mardi 29 septembre, 7 000 agents publics ont manifesté à Montpellier selon l’intersyndicale, pour leurs salaires et contre les économies annoncées sur leur dos

Le cortège s’élance depuis la place Albert-Ier. Parmi les secteurs représentés, une présence qu’on remarque rarement en manifestation : celle des pompiers du Sdis, venus en nombre. Les étudiants sont eux aussi bien représentés, après un rassemblement devant l’université Paul-Valéry contre la hausse des frais d’inscription. Selon le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (SCUM), un décret du ministre Philippe Baptiste daté du 19 mai 2026 a généralisé les frais différenciés pour les nouveaux inscrits en licence et en master, et les étudiants extra-européens qui arrivent à Paul-Valéry doivent désormais payer 2 895 euros par an en licence et 3 941 euros en master. Le syndicat étudiant affirme aussi que le gouvernement évoque une hausse de 800 à 1 500 euros pour l’ensemble des étudiants.

Un point d’indice figé depuis 2023

La journée est nationale. L’appel émane de la CGT, FO, la CFDT, l’Unsa, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la Fédération autonome, qui recensent au moins 155 manifestations et rassemblements au 24 septembre.

Déclencheur principal : le point d’indice, qui sert de base au calcul des salaires des fonctionnaires. Comme le rappelle La Gazette des communes, le ministre de l’Action et des Comptes publics David Amiel a annoncé dès le 8 juillet qu’aucune hausse n’était prévue, lors d’une réunion que les huit organisations représentatives ont quittée avant la fin. Le 17 septembre, dans Le Figaro, le Premier ministre Sébastien Lecornu confirmait le gel pour 2027, dont le gouvernement espère tirer 2 milliards d’euros d’économies. Le point n’a pas bougé depuis le 1er juillet 2023, et 2027 serait la quatrième année sans revalorisation générale si le Parlement adopte le budget. L’union syndicale Solidaires rappelle que plus de 860 000 agents ont dû toucher une indemnité compensatoire début juin pour ne pas être payés sous le Smic.

Les revendications communes de l’intersyndicale tiennent en quelques lignes : une hausse significative du point d’indice indexée sur l’inflation, une refonte des grilles pour sortir les débuts de carrière du niveau du Smic et revaloriser les filières très féminisées, le retour de la garantie individuelle du pouvoir d’achat (Gipa), la suppression du jour de carence avec un salaire maintenu à 100 % en congé maladie ordinaire, l’égalité salariale entre femmes et hommes et des moyens budgétaires à la hauteur des missions.

Pompiers : « Deux concours pour rester en catégorie C »

La reconnaissance, c’est justement ce que réclame Benjamin, sapeur-pompier au Sdis de l’Hérault. « On manque d’avions bombardiers d’eau, de personnel. Pour aller en renfort dans un autre département, on doit poser un congé pour ne pas apparaître dans les effectifs mobilisables chez nous. » Il pointe aussi la santé : « Sur les incendies, nos cagoules sont trop fines, on inhale des fumées pendant des heures et on n’a pas de visite médicale au retour des renforts. Beaucoup de collègues développent des cancers qui ne sont pas reconnus comme liés au travail. » Et de conclure : « On passe deux concours pour rester en catégorie C. Sans parler du personnel administratif qui vérifie les pompes des camions ou lave nos tenues après les feux : ils sont encore moins reconnus que nous. »

À l’Abes, une fusion « menée en dépit du bon sens »

Dans le cortège, on croise aussi des agents de l’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes), établissement montpelliérain d’environ 90 personnes qui mutualise données, outils et services pour les bibliothèques universitaires. En septembre 2025, l’État a annoncé sa fusion avec deux autres structures locales : l’Amue (environ 190 agents, qui fournit des logiciels de scolarité, de finances et de RH aux universités) et le Cines (calcul intensif, hébergement et archivage de données). « Sans aucune concertation ni étude d’impact », dénonce l’un d’eux. « C’est tellement mené en dépit du bon sens qu’en février, le Cines est finalement sorti du projet. »

Selon lui, l’objectif affiché d’un « État efficace » revient à rapatrier les fonctions stratégiques vers les administrations centrales et à réduire le nombre d’opérateurs, « pour, on l’imagine, en faciliter le démantèlement ». L’Amue étant composée majoritairement de contractuels, le futur établissement devrait en être profondément modifié. Le calendrier, lui, tombe en même temps que la refonte complète du système informatique de l’agence. Un mouvement réclamant un moratoire s’est constitué ; il revendique le soutien de plus de 1 000 bibliothécaires universitaires.

Notre interlocuteur évoque des alertes pour risques psychosociaux qui se multiplient. Une délégation, accompagnée d’élus syndicaux nationaux, a été reçue la semaine dernière par le cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur. « Ils doivent commencer à sentir que ça s’agite, » commente-t-il. Avant de rejoindre la manifestation, les agents ont tenu un pique-nique revendicatif sur le rond-point du 18-Juin, entre Malbosc et Euromédecine. Des membres de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), eux aussi visés par un projet de fusion éclair avec le CNRS, étaient de la partie.

Dans les lycées, « le mode dégradé est devenu la norme »

Diane, de Sud Collectivités territoriales, décrit la situation dans les lycées gérés par la Région Occitanie : « Il y a de moins en moins d’agents pour faire le ménage. Ils sont remplacés par des prestataires privés ou des robots. » Elle cite aussi des contractuels affectés loin de chez eux alors que des postes existent plus près : « Ils passent leur salaire en pleins d’essence. » Avec les arrêts maladie et les départs non remplacés, « les gens arrivent le matin sans savoir à quelle tâche ils vont être affectés pour combler les trous ».

« Notre institution est prête à basculer »

Du côté de l’éducation nationale, Jordan Homps, du SNES-FSU Montpellier, revient sur une rentrée caniculaire : « On a eu des salles à 35 degrés, avec des élèves qui tombent dans les pommes. » Il réclame un plan d’urgence pour adapter les établissements au changement climatique, tout en notant que « l’État se décharge sur les collectivités qu’il ne finance plus ». Le budget à venir l’inquiète : « L’école et l’hôpital risquent de payer pour l’armée et la police. » Des institutions qu’il voit d’ailleurs « s’inviter de plus en plus à l’école », via les « classes défense ». « À l’heure où l’extrême droite peut prendre le pouvoir dans quelques mois, on se dit que notre institution est prête à basculer », s’alarme le professeur de physique-chimie.

Alliance dans le cortège

Autre présence remarquée : celle d’Alliance Police nationale 34. Ce très droitier syndicat policier entretient de longue date des rapports orageux avec les manifestations montpelliéraines. Le Poing rappelait en 2019 qu’un de ses drapeaux avait été dérobé par un manifestant à Montpellier le 10 octobre 2017, et que la plainte du syndicat, directement relayée par le ministère de l’Intérieur, avait conduit à trois perquisitions trois mois plus tard. En août 2019, la section héraultaise d’Alliance s’était distinguée en qualifiant de « sous-êtres humains » les personnes mobilisées après la mort de Steve Maia Caniço, lors de la Fête de la musique à Nantes.

Sept ans plus tard, le même syndicat défile pour le point d’indice, à quelques rangs des profs qui s’inquiètent de voir l’uniforme entrer à l’école, et qui ont assisté à la répression de leurs élèves alors qu’ils bloquaient leurs établissements le matin-même par des collègues des-dits syndicalistes policiers. Le gel des salaires a au moins un mérite : il rassemble large…

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