Montpellier : le mouvement lycéen s’étend, Paul-Valéry rejoint les blocages
Ce jeudi 1er octobre, plusieurs lycées montpelliérains étaient bloqués par leurs élèves. L’université Paul-Valéry était elle aussi bloquée. Au moins deux personnes ont été interpellées par la police
8 heures, devant le lycée Joffre. Il tombe une pluie fine, ce qui n’empêche pas une centaine d’élèves d’empiler des grilles devant l’entrée pour la deuxième fois de la semaine, après une première journée de mobilisation ce mardi 29 septembre, fortement réprimée par la police. Chloé, lycéenne, explique pourquoi elle est là : « Nous avons besoin de plus de moyens dans nos lycées. Nous, à Joffre, on sait qu’on est privilégiés, mais on est solidaires des élèves de Saint-Denis ou d’autres quartiers plus populaires. Il faut que les mêmes moyens soient attribués à tous. On n’a pas le droit de vote, donc le blocage, c’est le seul moyen de se faire entendre. » Elle évoque également un bâtiment mal isolé, « intenable » en période de canicule, et réclame un plan de rénovation thermique.
« On a souffert de la chaleur, on va souffrir du froid »
Au lycée Pompidou, déjà mobilisé mardi, c’est le deuxième blocus en trente ans d’histoire de l’établissement, selon Louis, un élève. Lui aussi décrit des locaux inadaptés au changement climatique : « On a beaucoup souffert de la chaleur, et on va souffrir du froid. »
Il détaille aussi le rythme imposé aux élèves : « Il y a trop de pression avec Parcoursup, il faut trouver une alternative. Nos emplois du temps sont trop chargés, on n’a qu’une heure pour manger le midi. » Les élèves réclament aussi la revalorisation du salaire des accompagnantes d’élèves en situation de handicap (AESH), « pas assez nombreuses et sous-payées » d’après Louis. « Dans notre établissement, il y en a une pour six élèves. »
Clemenceau : la direction écrit aux parents, les poubelles s’entassent quand même
Au lycée Clemenceau, la direction avait pris les devants. Après la journée de mardi, elle a envoyé un mail aux parents évoquant des « blocages, des intrusions et des actes de violence particulièrement préoccupants et inacceptables » dans de nombreux lycées en France. Elle demande aux familles de guetter « certains signes » chez leur enfant : « un départ beaucoup plus tôt que d’habitude, un changement inhabituel dans ses horaires ou encore des rassemblements organisés sur les réseaux sociaux ».
Les parents sont donc invités à rappeler à leurs enfants les « conséquences disciplinaires et pénales » auxquelles ils s’exposent, ainsi que leurs responsables légaux lorsqu’ils sont mineurs. La direction assure que « le droit d’expression des lycéens est pleinement reconnu et respecté », à condition qu’il passe par les délégués élus et le Conseil de la vie lycéenne, et précise que la liberté d’expression « ne saurait justifier des blocus ».
Un mail qui n’a pas dissuadé les élèves. Ce jeudi matin, les poubelles s’entassent quand même devant la porte et la circulation de la ligne 5 du tramway est interrompue. Milo, lycéen, décrit l’état du bâtiment : « Un rideau sur deux n’est plus là, ils ont dû condamner un escalier faute de moyens pour tout réparer. À la rentrée, il n’y avait même pas assez de tables et de chaises, certains élèves ont dû faire cours par terre ou dans les couloirs. » Il ajoute : « On dénonce aussi les violences policières qu’il y a eu à l’encontre de lycéens ces derniers jours. Le message est fort : on demande des moyens, ils nous envoient la police. »
A quelques centaines de mètres de là, devant le lycée Mermoz, un départ de feu a été signalé devant l’établissement. La police a fait usage de gaz lacrymogène. Scène similaire devant le lycée Mendez-France, où, selon l’observatoire des libertés de Montpellier (OLM), la police a interpellé au moins deux personnes. Un incendie a également été signalé au lycée Jules-Guesde.

Paul-Valéry bloquée
À l’université Paul-Valéry, les étudiants mobilisés ont eux aussi bloqué le campus. Ils demandent la fin de la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers et des moyens pour l’université et le Crous. Comme les lycéens, ils expriment leur solidarité avec les élèves victimes de violences policières.

Ce rapprochement répond à un appel national. Mercredi, l’Union syndicale lycéenne (USL) et l’Union étudiante, deuxième syndicat étudiant, ont tenu une conférence de presse commune à Paris pour appeler à un « acte deux » ce jeudi et à une journée « décisive » le mardi 6 octobre, avec assemblées générales, blocages d’universités et manifestations. Ils réclament un « financement massif des lycées et des universités ».
440 interpellations en France
Le mouvement, parti d’Île-de-France, touche désormais de nombreuses villes. Mardi, environ 10 % des lycées du pays étaient concernés par des blocages ou des mobilisations. Le ministre de l’Intérieur a fait état de 440 interpellations lors des blocages, en majorité des mineurs. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a jugé certaines revendications « légitimes » tout en condamnant les violences, et a recensé 76 blessés parmi les élèves et les personnels depuis le début du mouvement. Le président de l’USL, Ryad Rani, dénonce de son côté la « répression du gouvernement » et des lycéens plaqués au sol, « un genou sur la tête ».
Nos articles sont gratuits car nous pensons que la presse indépendante doit être accessible à toutes et tous. Pourtant, produire une information engagée et de qualité nécessite du temps et de l’argent, surtout quand on refuse d’être aux ordres de Bolloré et de ses amis… Pourvu que ça dure ! Ça tombe bien, ça ne tient qu’à vous :
ARTICLE SUIVANT :

