Extrême droite : un influenceur fitness montpelliérain est-il en train de créer des milices  contre les « abrutis » ?

Le Poing Publié le 23 octobre 2026 à 17:01 (mis à jour le 23 octobre 2026 à 17:32)
L’influenceur fitness et acteur porno Charlie D., alias Alpharise (« soulèvement alpha »), est sorti de l’invisibilité en appelant, sur Instagram, à la création de « groupes d’entraide » chargés de défendre des commerces à Montpellier. (Montage réalisé par le Poing)

Musclé, tatoué et passionné de voitures, l’influenceur fitness et acteur porno Charlie D., alias Alpharise (« soulèvement alpha »), est sorti de l’invisibilité en appelant, sur Instagram, à la création de « groupes d’entraide » chargés de défendre des commerces à Montpellier, mais aussi partout en France

Depuis le samedi 17 octobre, Charlie D., connu sur les réseaux sociaux comme coach fitness et sur les plateformes de divertissement pour adultes comme acteur pornographique, s’est lancé dans une action militante d’envergure au nom de la défense des commerçants. Ces derniers jours, il multiplie les Reels sur Instagram pour dénoncer le fait que « l’État ne fait plus son travail » et accuser les forces de police de « laisser faire ». 

Dans ces vidéos, Charlie D. appelle ouvertement à créer des « groupes d’entraide » pour défendre les commerces à Montpellier. Mais ses ambitions dépassent largement sa ville de résidence. Invité sur CNews mercredi 22 octobre, puis mis en avant par le média Legend, il a bénéficié d’une visibilité médiatique considérable. Depuis plusieurs jours, Charlie D. incite ses abonnés à partager ses Reels. Il n’hésite pas à qualifier d’« hypocrites » ceux qui se contentent, selon lui, de lui témoigner leur soutien sans relayer ses publications. À ses yeux, il ne suffit donc plus d’approuver le mouvement : il faudrait en devenir un acteur à part entière. Certains de ses abonnés lui expliquent qu’ils ne peuvent pas partager ses vidéos en raison de leur entourage. Ont-ils raison de s’en abstenir ?

Les accointances d’extrême droite de Charlie D.

Fleur de lys, symbole royaliste, accompagnée du drapeau français en profil. Tatouages utilisés par l’extrême droite radicale et les suprémacistes blancs comme des runes et le Vegvísir ou encore un Spartiate, il faudra se demander pourquoi certain·es se retiennent de partager les Reels de Charlie D.

Parmi ces 46 abonné·es sur Instagram, se trouvait un certain Juliovillaback que, mystérieusement, Charlie D. ne suit plus depuis quelques jours. Influenceur d’extrême droite, Juliovillaback, de son vrai nom Jules Villarubias, rassemble plus de 300 000 abonné·es sur Instagram. Il y a quelques jours, ce dernier publiait un Reel faisant la promotion de la marque KALOS. Cette marque est référencée depuis plusieurs années par le site Indextrême, qui répertorie les symboles utilisés par les mouvances fascistes et néonazis.

Charlie D., lui, se revendique apolitique. « Non. Alpha Rise ne soutient aucun parti et ne vise aucun groupe de personnes. Nous soutenons les commerçants, quels qu’ils soient, et ceux qui les font vivre », écrit-il sur son site Internet. Alors pourquoi choisir de se rendre sur CNews, chaîne classée à l’extrême droite et condamnée pour incitation à la haine raciale ?

En visio sur la chaîne du milliardaire Vincent Bolloré, le présentateur démarre l’interview en parlant de « dissuasion ». Le discours de Charlie D. reste alors prudent : pas question de parler de « milices », dont la création et, évidemment, les activités sont pénalement répréhensibles. Il privilégie alors, dans son intervention, l’idée d’une mobilisation citoyenne organisée, tout en revendiquant indirectement une forme de substitution aux forces de police, qui « ne font rien », cependant avec un modus operandi basé sur la « dissuasion ».

Des groupes « Alpharise » seront-ils des agents de sécurité volontaires ? Non, car le travail des agents de sécurité privée est lui aussi très encadré. Ce que Charlie D. veut faire, c’est plutôt créer des groupes de vigilants, qui affirment agir sans recours à la violence. Il s’agirait simplement de « s’interposer » — une notion qui reste à définir — dans des situations où les commerçants seraient, selon lui, abandonnés par les pouvoirs publics : « L’État devrait les aider, mais ce n’est plus le cas. »

Sa deuxième participation médiatique de la semaine se déroule chez Legend, le média animé par Guillaume Pley. « Il est hors de question de laisser les gens se faire lyncher parce qu’ils sont en train de défendre leur business », déclare Charlie D. pendant sa séance de fitness matinale. Il enchaîne en jouant sur les affects : « Ma grand-mère s’est fait agresser il y a quatre semaines dans les Ardennes, par trois personnes en situation irrégulière sur le territoire… » Tout cela s’inscrit parfaitement dans la ligne éditoriale du média de Guillaume Pley. Dans un portrait consacré à ce dernier, Le Monde rapporte l’analyse d’Alexis Lévrier, pour qui Guillaume Pley participe activement à la normalisation de l’extrême droite. En 2022, il avait reçu en tout tranquillité Éric Zemmour, président de Reconquête !, dans son émission « QG de campagne ». La même année, entre les deux tours de l’élection présidentielle, continue Lévrier « il avait partagé, tout sourire, une partie du jeu de société Qui est-ce ? avec Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national (RN). La vidéo a depuis été supprimée. »

Capture d’écran Instagram de l’interview de Charlie D. chez Legend.

Dans la boucle « Entraide Citoyenne Montpellier »

Le 22 octobre, Charlie D. annonce la mise en ligne d’un site destiné à organiser ce qu’il appelle des « groupes d’entraide ». Au total, on dénombre 66 groupes dans 66 villes de l’Hexagone. Le groupe de Montpellier compte un peu plus de 700 membres sur la messagerie cryptée Telegram. Le cofondateur du groupe et l’un de ses trois administrateurs est un certain Jean-Marie A., membre des Frères dissidents, groupuscule complotiste et souverainiste, qui a très rapidement apporté son soutien à Charlie D. sur Instagram.

Capture d’écran du groupe Telegram “entraide citoyenne Montpellier”.

Le deuxième groupe d’extrême droite violent connu dans la région à avoir apporté son soutien à Alpharise sur Instagram est celui des « Jeunes d’Oc ». Le groupuscule identitaire a été poursuivi à plusieurs reprises en justice. En 2023, il est poursuivi pour incitation à la haine raciale. En 2024, certains de ses membres étaient présents lors de violences lors des manifestations d’agriculteurs. Le 10 septembre 2025, pendant « Bloquons tout », l’un des militants du groupe est aperçu place des Beaux arts lors d’une violente agression dans le quartier des Beaux-Arts. En novembre de la même année, le groupuscule fait de nouveau parler de lui pour des faits de vandalisme et d’homophobie.

Capture d’écran du groupe Telegram “entraide citoyenne Montpellier”.


Florilège de propos racistes

Malgré les consignes répétées de ne faire “aucune discrimination” sur les boucles Telegram liées à Alpharise, les appels à la haine raciale, des insultes racistes et islamophobes, ainsi que des appels à la violence y pullulent, et ce, quelques heures seulement après leur création. 

Captures d’écran du groupe Telegram “entraide citoyenne Montpellier”.

Ni Charlie D. ni les administrateurs ne modifient les messages haineux et violents. Les exemples sont nombreux, mais nous nous retenons de les publier. Parmi les abonnés de ce groupe, on retrouve également une militante de Némésis, totalement investie. Rapidement, le message parvient à la patronne du mouvement fémonationaliste islamophobe : Alice Cordier réalise elle-même un Reel pour faire la promotion de l’initiative d’Alpharise.

Défendre les petits commerces… ou le grand capital ? 

Selon nos sources, plusieurs militants d’extrême droite compteraient se présenter samedi, armés, pour défendre les commerçants contre ceux qu’ils désignent comme des « rats » ou des « singes ». Ce qui interroge, chez ces citoyens qui se présentent comme les défenseurs des commerçants, c’est d’abord la nature des commerces qu’ils prétendent protéger. Monoprix, The North Face et d’autres grandes enseignes et franchising, dont les bénéfices profitent notamment à des actionnaires, sont bien loin de l’image du petit commerce de proximité que ces groupes prétendent défendre.

Cette mobilisation prend de l’ampleur lorsque, sous l’effet d’une médiatisation polarisée à l’extrême droite, l’attention se focalise sur quelques magasins pillés, attribués à des « gens des quartiers ». Pourtant, alors que des dizaines de milliers de commerces ferment chaque année, cette situation ne semble guère mobiliser ces prétendus défenseurs de la démocratie et des commerces. Mais dès qu’il s’agit de désigner des boucs émissaires, de stigmatiser les habitants des quartiers populaires et de s’en prendre aux personnes racisées, ces mêmes patriotes s’activent. Ils se sont donné rendez-vous au niveau du Corum, ce samedi 24 octobre à midi, soit dans une zone interdite au rassemblement par la Préfecture de l’Hérault. 

Captures d’écran du groupe Telegram “entraide citoyenne Montpellier”.

Derrière le discours de défense des commerçants, l’idéologie identitaire semble ainsi gagner du terrain. La désignation d’un ennemi intérieur, la haine raciste et le rejet de l’altérité apparaissent comme des ressorts majeurs de ces mouvements qui se revendiquent patriotes. Sous couvert de protéger les commerces, c’est une autre ambition qui se dessine : s’attaquer aux mouvements progressistes et légitimer la violence contre les minorités. Si Charlie D. semble ne pas participer directement à ces conversations racistes et violentes, il laisse pourtant faire. Or, laisser prospérer de tels discours sans intervenir, c’est, dans les faits, les cautionner.

Contacté, Charlie D. n’a pas répondu à nos sollicitations.

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