Halloween à Montpellier : manifestants assis de force, traqués dans un hall, fascistes corrigés mais protégés, LDH harcelée

Jules Panetier Publié le 1 novembre 2026 à 19:18 (mis à jour le 1 novembre 2026 à 20:53)
Des jeunes manifestants contraints par la police de s'asseoir dans une ruelle, le 31 octobre à Montpellier (image extraite d'une vidéo de Valentin Levetti, de Stup Media)

Montpellier est visiblement une cible prioritaire de l’État. Canon à eau, hélicoptère, blindés du Raid : tout était fait pour étouffer la manifestation interdite du 31 octobre, qui a rassemblé jusqu’à 20 000 personnes. Les forces de l’ordre se sont lâchés pour empêcher la contestation de se prolonger dans la nuit d’Halloween : une trentaine de manifestants ont été coincés et gazés dans une ruelle, puis contraints de s’asseoir. La police a aussi traqué les manifestants dans un hall d’immeuble, et le matériel de quatre observateurs de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) a été saisi. Des militants d’extrême droite ont également pris des coups.

Les autorités ne se font pas respecter : la manifestation du 31 octobre était frappée d’une interdiction préfectorale, confirmée par le tribunal administratif, et il y avait pourtant entre 15 000 à 20 000 personnes dans les rues ce 31 octobre à Montpellier. Deux blindés de l’unité antiterroriste du RAID était déployés autour de la préfecture, épaulés par un canon à eau place de la Comédie, tandis qu’un hélicoptère survolait la zone.

Blindés du RAID déployés le 31 octobre à Montpellier (DR)

Ce déploiement n’a pas empêché plusieurs milliers de contestataires de se confronter aux forces de l’ordre, qui ont noyé la place de la Comédie de gaz lacrymogène. La police est restée mobilisée une bonne partie de la soirée, pour contrer l’appel à prolonger la mobilisation à l’occasion de la nuit d’Halloween. Les policiers se sont lâchés. Treize personnes ont été interpellées.


Coincés et gazés dans une ruelle

Vers 22h30, la brigade anticriminalité (BAC) a traqué des manifestants sur le Jeu de Paume, puis les a poursuivis rue André Michel. Pour échapper aux grenades lacrymogènes et de désencerclement, une trentaine d’entre eux, pour la plupart très jeunes, se sont réfugiés rue du général Campredon. Trois personnes ont été blessées lors de cette séquence, l’une au thorax, les deux autres aux membres inférieurs. La ruelle en forme de coude s’est transformée en piège : à l’autre bout, les forces de l’ordre étaient déjà en position. Pris en tenaille, le groupe a été nassé. Seuls les blessés et les street medics, mains en l’air, ont pu sortir. Les manifestants, pourtant acculés, ont alors subi une double charge et de nouveaux tirs de lacrymogènes. Plaqués contre les grilles, ils ont été forcés de s’asseoir par terre, puis soumis à un contrôle d’identité s’étant soldé par deux placements en gardes à vue. Vidéo du journaliste Valentin Levetti, de Stup Media :


Traqués dans un hall

Plus tôt dans la journée, en fin d’après-midi, les policiers ont été jusqu’à traquer des manifestants dans le hall d’un immeuble de la rue Fabre. Milo, étudiant, nous raconte la scène : « On s’est retrouvé dans les petites rues parce qu’on poursuivait un groupe de fachos [qui était en réalité la BAC, ndlr], qui a fini par se réfugier derrière les CRS. Des résidents d’un immeuble nous ont ouvert leur hall au cas où les policiers chargeraient, et ils ont ensuite forcé l’entrée en matraquant. » Lui et son frère s’en sont sortis avec une fouille et une confiscation de masque. L’auteur d’une vidéo qui a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux, le journaliste Mehdi Bednarek, confirme qu’au début de la scène, les manifestants chantaient « Montpellier antifa », que l’entrée du hall a bien été forcée à coups de matraques et que les forces de l’ordre n’avaient manifestement « aucune cible ». C’est peut-être ce qui explique ce témoignage accablant de cet homme plaqué dans le hall d’immeuble, relevé par l’auteur de la vidéo ci-dessous, le journaliste Valentin Levetti de Stup Media : « Je sortais de chez moi pour aller au taff, les policiers sont rentrés d’un coup, ils m’insultent de “fils de pute”, et me plaquent au sol, la tête bloquée »


Fascistes corrigés mais protégés

Dans la soirée, trois militants d’extrême droite qui rodaient sur la place de la Comédie se font fait rosser par des militants antifascistes, avant que la police ne vienne à leurs secours. À ce sujet, l’Observatoire des Libertés de Montpellier (OLM) dénonce « l’action de petits groupes hostiles et violents avec les manifestants, soutenus pas les CRS habituellement stationnés à Montpellier. La réitération de ce comportement de milice en lien avec les forces de l’ordre est particulièrement inquiétant. » Pour rappel, Le Poing a identifié la milice fasciste protégée par la police lors de la manifestation du 24 octobre (des informations reprises par Libération, Franceinfo, l’Humanité, HuffPost, Blast…)

Matériel de la LDH saisi

Quatre observateurs de la LDH et de l’OLM, qui filment les forces de l’ordre en manifestation, ont subi un contrôle d’identité vers 22h20 devant l’église Saint-Roch, avec saisie de leur matériel de protection de type masque à gaz. Deux plaintes de la LDH pourraient suivre : l’une pour dénoncer l’usage de téléphones personnels de policiers à l’occasion du contrôle d’identité, l’autre en cas de non restitution du matériel.

Contrôle des observateurs de la LDH le 31 octobre à Montpellier (crédits : Valentin Levetti de Stup Media)

Hyper ultime ultra total gauche

La préfète de l’Hérault, Chantal Mouchet, compte 8 000 manifestants dont « 2 000 casseurs ». Un décompte qui interroge nos confrères de Plurielle Info : « Comment vos services ont-ils procédé ? Un comptage individuel ? Une reconnaissance des auteurs de dégradations ? Ou une simple estimation des personnes considérées comme potentiellement violentes ? Votre communiqué ne fournit aucun élément permettant de comprendre ce chiffre. Est-ce un simple oubli ? »

Pour la préfète, les coupables sont tout trouvés : « des profils Blacs Blocs et de l’ultra-gauche ». Interrogé sur ce qualificatif, Arthur Pouliquen, politiste spécialiste des radicalités, livre ce commentaire : « Que la préfecture de l’Hérault évoque des milliers de black blocs et d’ultragauche tient du marronnier ; à chaque mouvement social, des catégories fourre-tout telles que “membres de l’ultragauche” ou “black blocs” sont utilisées par les pouvoirs publics pour identifier un adversaire : les manifestants sortant du cadre légal des manifestants. Les plus imaginatifs parleront d’anarcho-autonomes ou, depuis 2019, d’ultrajaunes, autant de termes interchangeables, sans cohérence idéologique. Si l’on s’en tient à une définition stricte de l’ultragauche, on voit mal comment les manifestants d’octobre 2026 revendiquent l’héritage du communisme de conseil, des théories d’Amedeo Bordiga ou même des situationnistes… De toute évidence, il faut donc lire ce retour du spectre de l’ultragauche comme un symptôme du désarroi des pouvoirs publiques, ne comprenant manifestement pas ce à quoi ils ont désormais affaire. »

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