« C’est énorme ce qu’il se passe » : à Montpellier, un acte 4 plein d’enthousiasme pour la jeunesse
Pleins de lycées et campus bloqués ou perturbés ce jeudi 8 octobre à Montpellier. Revivez la matinée de cet acte 4 de la mobilisation de la jeunesse avec Le Poing
Fin de matinée Pour l’acte 4 de la mobilisation lycéenne, de nombreux établissements ont été bloqués ou perturbés ce jeudi octobre à Montpellier. Parmi eux : les lycées Jean Monnet, Mermoz, Joffre, Clémenceau, Jules Guesde, Mendès France. Niveau campus universitaires : Paul Valéry, la fac de lettres, de pharmacie, de sciences, d’économie, de droit, l’Institut Régional du Travail Social (IRTS). On compte au moins 5 interpellations
Une manifestation va bientôt démarrer, à 13h au Peyrou
12h Devant le lycée Jules Guesde, la police s’est mise en retrait, après au moins une interpellation près de l’arrêt de bus avoisinant. Un groupe de jeunes sur le trottoir en face est parti en même temps. Le calme revient, les discussions reprennent. Les lycéen-nes désignent des représentant-es.
On croise un étudiant en BTS à Jean Monnet, mobilisé et militant à l’Appel Communiste : “On a des problèmes pour bloquer parce que l’administration ferme le lycée et du coup on est peu nombreux-ses. Après chez nous les profs sont avec nous et le proviseur fait son travail de proviseur gentiment. C’est pas le cas partout. Les profs et le proviseur ont refusé ce que voulait le gouvernement et ont proposé à la place deux journées de discussions politiques. Mais comme on a appris ça trop tard, à 22h, on a pas pu en discuter et ça a sauté à cause du blocus du lendemain. À Jean Monnet ils ferment le lycée après deux heures max, donc on va ailleurs. Ce mouvement a un gros potentiel, mais le pouvoir économique est dans les mains des travailleurs-euses. Nous on bloque les lycées, on bloque rien dans l’économie. Il faut qu’on s’organise mieux dans les lycées, qu’on fasse de grosses AG. Pour le moment il y en a mais elles sont petites. Et qu’on fasse la jonction avec les salarié-es”
Quelques secondes après, dans la discussion collective redémarrée, une lycéenne s’exclame : “C’est énorme ce qu’il se passe. C’est plus juste les lycées, c’est tous les lieux de formation et d’éducation !” Les jeunes vont bientôt prendre le chemin de la grande manifestation de l’après-midi, à 13h au Peyrou.
11h15 Au lycée Jules-Guesde, moins de monde, mais le blocus réuni toujours une centaine de personnes. “On est passés de 80h par mois à moins de 20h en terme de soutien scolaire”, constate une élève au mégaphone. Une petite assemblée se forme, pour évoquer les différentes actions et moyens de tenir dans la durée. “Il faut qu’on prévoit de quoi bouffer, de quoi se poser, de quoi passer une bonne journée. Et qu’on s’organise pour se relayer aussi, parce qu’on commence à fatiguer.” Mais la détermination est là. À côté de la petite assemblée, un tableau d’école sur trépied, grimé d’un “ils ne passeront pas”. Sur l’avenue devant le lycée, de nombreuses voitures klaxonnent en signe de soutien. Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi 7 octobre en fin de journée, 55% des Français-es approuvent la mobilisation des lycéen-nes et 72% estiment leurs revendications légitimes.
Tout à coup, plusieurs voitures de police arrivent. Une grosse dizaine d’agents déboulent en toute précipitation, boucliers et matraques au poing, provoquant un mouvement de panique chez les lycéen-nes assis-es, qui se massent contre le portail. C’est un départ de feu dans une rue adjacente au lycée qui a provoqué l’intervention.
10h40 Feu de poubelle devant le lycée Mermoz. La police a fait usage de gaz lacrymogène.
10h15 À l’Institut Régional du Travail Social (IRTS), on bloque en musique. Et en chansons. Quelques dizaines d’étudiant-es barrent toutes les entrées, les plus proches des grilles s’ambiancent sur du Jul. Sur les pancartes, on peut lire : “Plus d’argent pour le social, moins dans l’évasion fiscale” ou encore “moins de flics, plus d’éducs”
“On est là en soutien à la lutte des lycéen-nes. Mais aussi parce que pour nous dans le social l’avenir est incertain.“, nous explique un-e premier-ère étudiant-e rencontré-e. “Il y a eu des millions de coupes budgétaires dans le soutien de l’État à l’Économie Sociale et Solidaire dans le budget pour 2026. Et les IRTS en dépendent partiellement. Aujourd’hui on débat pas mal pour savoir si on porte nos revendications au sein de l’école, parce que l’équipe de direction fait en sorte que ça se passe au mieux ici. Mais on ressent beaucoup les effets de ces coupes. Ça nous enchante pas de commencer à taffer dans un secteur qui a subit à la hache des coupes budgétaires. Ça se ressent dans les structures avec des stagiaires très exploité-es, et ça ça nous concerne directement et immédiatement. Et je tiens à dire que c’est le tout premier blocage de l’histoire de l’IRTS de Montpellier, c’est historique !”
Un second étudiant prend le relais : “On s’est beaucoup mobilisé-es sur la manière dont la police traite les lycéen-nes. Ça nous touche beaucoup parce que c’est un public qu’on peut se retrouver à accompagner en travail social, pour une partie.”
Une troisième : “On va avoir des échanges plus réguliers par la suite avec la direction de l’IRTS. Demain on débloque. Le matin ce sera la reprise administrative, et l’après-midi les étudiant-es qui le souhaite pourront reprendre les cours. Mais l’administration s’est engagée à ne pas compter absent-es celles et ceux qui voudraient rejoindre des blocages ou des manifestations dans les jours à venir.”
Les deux derniers-ères intervenant-es sont membres d’un syndicat qui se relance tout juste depuis une semaine sur le campus. Deux assemblées générales sont prévues la semaine prochaine, une le mardi et l’autre en fin de semaine. “On veut bien s’assurer d’avoir l’avis de tous-tes les étudiant-es”, commentent-ils de concert.
9h30 Ambiance calme au lycée Clemenceau, lui aussi bloqué. “Les profs font cours devant 4 ou 5 élèves”, raconte Milo, en terminale. Mais la fatigue s’accumule après une semaine de blocages. “On est de moins en moins nombreux, les parents forcent pour que leurs enfants retournent en cours, c’est dur mais on ne lâchera pas”, confie le lycéen.
8h30 Des tentatives de déblocage de la fac de pharmacie seraient en cours. À Sète, c’est le lycée Paul Valéry qui est bloqué ce matin.
8h Alors qu’un escadron de gendarmes mobiles stationne à quelques mètres du lycée Mermoz, de nombreux élèves rassemblé-es devant l’établissement écoutent Zélie, en terminale, qui harangue la foule au mégaphone, debout sur une poubelle : “Le gouvernement prévoit la suppression de 1590 postes de profs dans son prochain budget. On est 35 en cours de langues, 35 en cours de spécialité, et on s’étonne que la phobie scolaire augmente… Le gouvernement veut qu’on fasse des réunions de “démocratie interne” pour parler de nos revendications, c’est juste un moyen de gagner du temps, car nos revendications, ils les connaissent. Une de ces heures a lieu à 9 heures, il faut la boycotter.”
Sabine, enseignante syndiquée au SNUDI-FO, est venue en soutien des lycéens de Mermoz. “Les instits et les AESH étaient en grève mardi. Nous sommes normalement soumis-es à des déclarations d’intention de grève à soumettre 48h avant sous peine de sanctions, mais des collègues les ont envoyées hors délai pour pouvoir se mettre en grève aujourd’hui. Nous soutenons les revendications lycéennes car nous avons les mêmes dans le premier degré : plus de profs et plus d’AESH.” Elle dénonce également la “répression brutale” qui touche le mouvement. Le ministère de l’intérieur annonçait le 7 octobre 6 629 interpellations, 761 policiers-ères et gendarmes blessé-es, ainsi que 215 élèves et 89 personnel-les et enseignant-es. Main arrachée à Lens, jeune homme éborgné à Tours : la répression de ce mouvement de jeunesse est d’une triste intensité.

Devant le lycée Mermoz ce jeudi 8 octobre
7h45. Le lycée Jules Guesde, après plusieurs jours de fermeture administrative, réouvre… pour être immédiatement bloqué. Poubelles, grilles et chaînes humaines empêchent quelques centaines de lycéen-nes, mobilisé-es ou non, de rentrer. Le barrage est filtrant pour laisser entrer les collégien-nes. L’ambiance est détendue. Un jeune avec un costume de dinosaure se balade dans la foule.

Devant le lycée Jules Guesde pour la mobilisation de la jeunesse du 8 octobre 2026
7h30. Sébastien Lecornu a donné une allocution depuis Matignon ce mercredi 7 octobre, consacrée aux prix des carburants, à la crise agricole et aux finances publiques, mais aussi à la crise lycéenne. Il y annonçait que la plateforme de consultation ouverte aux lycéen-nes aurait recueillie 40 000 contributions, et que les premières décisions du gouvernement sur les lycées seront annoncées fin octobre. De son côté, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray, auditionné face aux député-es, a rejeté l’idée d’une abolition de la plateforme Parcoursup, revendication importante du mouvement en cours. Ces annonces calmeront-elles la colère de la jeunesse ?
À Montpellier, Guylain Camour, doyen de la faculté de Droit et de Science politique de Montpellier a adressé, ce mercredi, un communiqué à ses étudiant-es annonçant que tous les cours passeraient en distanciel jusqu’à la fin de la semaine. Le 6 octobre, cette fac avait été bloquée tôt la matin avant d’être fermée par l’administration.
Ce jeudi 8 octobre, dès 7h, le Syndicat de Combat Universitaire de Montpellier (SCUM) annonçait déjà le blocage effectif de la fac de lettre Paul Valéry, de la fac de pharmacie, de la fac de sciences et de la fac d’économie.
Des lycéen-nes organisent un barrage filtrant devant le lycée Joffre pour laisser passer les élèves en classe préparatoire. “La police est passée enlever les poubelles, on les a replacées”, explique Enki, un élève du lycée. L’allocution du premier ministre Sébastien Lecornu de hier soir, censée apporter des réponses à la colère lycéenne, n’a visiblement pas eu l’effet escompté : “Il n’a pas été à la hauteur, c’est une pirouette de plus” selon Élie, un autre élève. “On nous a promis une plate-forme en ligne pour nos revendications, mais on l’a vu avec les cahiers de doléances des gilets jaunes, ça ne sert à rien. On nous a aussi promis des demi-journées de démocratie interne dans les établissements, mais là encore, on n’en a pas besoin, nos revendications sont nationales.”
Ce jeudi matin, des élèves du lycée Clemenceau doivent être reçus par Michaël Delafosse, maire de Montpellier. Une démarche qui rend Enki du lycée Joffre sceptique : “Il faut que nos camarades fassent attention à ne pas se faire récupérer politiquement. On l’a vu la semaine dernière quand on est allé discuter avec la rectrice, la première chose qu’elle a fait c’est de nous donner des autorisations de droit à l’image à remplir pour pouvoir dire qu’elle discute avec la jeunesse… De toute façon, nous n’avons à faire qu’à des instances différentes qui se renvoient la balle en disant que ce n’est pas de leur responsabilité….”

Joffre à nouveau bloqué le 8 octobre 2026
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