Béziers : “Elles n’ont qu’à aller bosser à l’usine, elles verront ce que c’est que la pénibilité !” : la politique sociale de l’extrême droite

par Le Poing 3 mars 2020

Entretien transmis au Poing par le collectif Vigilance et Initiative Syndicale Antifasciste

 

Bien souvent, on entend l’extrême droite clamer haut et fort qu’elle représente le peuple, qu’elle défend les petits contre les grands… Robert Ménard lui-même parle de la France d’en haut contre le peuple d’en bas, des gens du Sud contre les bobos parisiens. Pourtant, tous les bilans des villes d’extrême droite prouvent le contraire. Et Robert Ménard, en libéral revendiqué, n’est pas en reste…

 

C’est pourquoi nous sommes allés voir un syndicaliste de la mairie… (Extrait de l’interview)

 

Et cela commence par des suppressions de service…

 

Suppression du service Animation sportive

 

Robert Ménard a supprimé le service d’Animation sportive qui intervenait à plusieurs niveaux : il intervenait le mercredi pour des gamins qui étaient dans des quartiers plus ou moins défavorisés… Parce que les parents plus favorisés préféraient choisir l’animation sportive faite par les clubs de sport, mais l’animation proposée par la mairie, c’était plutôt une animation un peu multitâche…

Donc il a supprimé ça, mais pour que le mercredi, il se passe quand même quelque chose sur la ville, il a imposé aux associations sportives et culturelles de faire des animations un à deux mercredi par mois. En gros, chaque association, doit faire une animation gratuite sur les allées entre 1 et 3 fois par an (en fonction du roulement de toutes les associations). Et s’ils ne la font pas, ils perdent leurs subventions. Et ce service Animation sportive, en dehors des mercredis, intervenait aussi pendant les vacances scolaires pour les enfants des quartiers en soutien aux instits dans les écoles publiques. Comme cela, il pouvait intervenir dans différentes écoles, au moins 1 fois par semaine. Donc, on l’a supprimé pratiquement au bout de 1an, 2 ans je dirais, du mandat de Robert Ménard.

 

Suppression du centre médico-sportif

 

Juste avant, il y avait eu le Centre Médico-sportif : ça, c’était quand même quelque chose qui était important, c’était un centre qui était reconnu pratiquement par tout le monde, y compris des joueurs professionnels qui venaient l’utiliser. Donc c’était un équipement de très haut niveau, il faisait intervenir des médecins … Il y avait même des équipes professionnelles qui venaient chaque année faire des tests sportifs, et aussi tous les Biterrois qui voulaient s’inscrire dans un club de sport. On leur demandait de faire un test médical. Là, c’était gratuit, on leur faisait un test complet, cardiaque etc. Et ils repartaient avec une attestation comme quoi ils pouvaient pratiquer le sport. Cela faisait des années que ce centre était reconnu au delà des frontières de Béziers mais Robert Ménard l’a fermé et il n’a rien trouvé de mieux que de prendre ce matériel de haute technologie et de le vendre pour une bouchée de pain à un cardiologue biterrois. Donc maintenant si on veut faire un test sportif, il faut aller voir ce cardiologue…

 

Et les emplois aidés ont disparu ?

 

Oui, il y a deux ans, il avait recruté une centaine de contrats dont 40 dans la distribution du journal de Béziers et quand ces contrats aidés ont été supprimés, il les a tous foutus à la porte. Sur la mairie de Béziers, ça a été dramatique, mais il les a réunis pour leur dire que c’était à cause du gouvernement qu’il les virait. Alors pour les remercier de leurs services, il leur a offert deux places à chacun pour la Coupe du Monde de rugby des moins de 20 ans…

 

De plus en plus de contractuels ?

 

La loi “Transformation de la Fonction publique” laisse libre court à ça, et c’est une des orientations premières de Robert Ménard. Par exemple le gars qui a été recruté comme acheteur (de Marchés publics) en 2015 est devenu rapidement Chef du service Achats. Ils ont intégré toute la logistique des Achats sous ses ordres et une directrice a été virée, mutée ailleurs et c’est lui qui est devenu directeur. D’ailleurs, cette année-là (2015), comme la DRH et son adjointe s’y étaient opposées (car il aurait pu y avoir des recrutements statutaires) et que Robert Ménard a préféré faire un recrutement contractuel, elles ont été virées…

En fait, le type recruté vient de chez Eiffage Travaux publics où il était acheteur, c’est ceux qui font les Marchés publics (ils achètent du gaz, du matériel scolaire, des faux plafonds…). Ce mec est recruté sur un poste de cadre A alors qu’il n’a que Bac + 2. Et ça passe auprès du Contrôle de légalité ! Autre exemple, un gars a été recruté comme rédacteur pour le journal de Béziers en catégorie B qui suppose un salaire brut autour de 1800 € et un net d’environ 1600 €. Or lui, il totalisait un salaire net de 4000 € grâce à des primes, des “majorations fonctionnelles”, des heures sup ! C’est l’ancien maire Raymond Couderc qui avait mis ça en place. Et c’est comme cela qu’on retrouve beaucoup de “Communication” dans les lignes budgétaires “divers”…

 

Moins de personnel…

 

Sur les listes électorales du personnel, on avait 208 inscrits en moins. Si tu rajoutes à ça les emplois aidés qui étaient plus de 140 et qui ont été supprimés, qui n’étaient pas électeurs en 2014, ça fait presque 350 agents en moins en 4 ans, ça fait que … Ménard est bel et bien un “Macron compatible”. D’ailleurs, cette loi de “Transformation de la Fonction Publique”, il l’a applaudie des deux mains et il l’avait même bien anticipée. En fait, avant, il y avait environ 2000 agents à la Ville de Béziers, et aujourd’hui, on doit être à peine à 1 700.

 

Mais plus de policiers…

 

En revanche, si des services sont “pillés”, d’autres, comme ceux de la police municipale sont très favorisés… Il y a notamment un truc qui se sait, c’est qu’il y a un pognon de dingue qui est dépensé par la police municipale en carrosserie. Ils ont bousillé les bagnoles avec une force… En faisant les cowboys …

Toutes les semaines, tu as au moins un véhicule de la police municipale qui descend à la tôlerie, c’est les copains de la tôlerie qui me l’ont confirmé. Et des fois, ce n’est pas une éraflure.

Même chose, sur le budget de formation du personnel, maintenant, c’est 70%, voire 80% qui est ponctionné par la Police municipale… C’est là qu’on s’est aperçu que c’est quand même l’enfant chéri du maire …

En fait, avant que Robert Ménard n’arrive, on avait un effectif qui était dans les 35, 36 policiers municipaux. Là, on doit être à 106 sans compter les ASVP (agents de surveillance de la voie publique) et les gardes …

 

Des organigrammes variables

 

Cela change tout le temps parce qu’on doit être à peu près en 6 ans à 60 organigrammes différents. Quand on veut mener une collectivité comme la Ville de Béziers, la 1ère des choses à faire, ce serait de faire un projet d’Administration et qu’à l’issue de ce projet, on se donne des étapes pour y arriver, avec une ligne directrice etc. Mais, aujourd’hui, on n’a pas ça, lorsqu’on voit qu’un organigramme ne marche pas bien, et ben, on va en refaire un autre, mais sans réfléchir ni évaluer … Du coup, on ne sait pas où on va. En fait, on se sert des organigrammes pour régler les problèmes de personnel. Par exemple, on avait une Direction de l’Informatique, avec à sa tête un Directeur qui était “black” et qui comme par hasard ne plaisait pas au Maire. Bon alors, ils décident de transformer cette Direction en Service Informatique. Du coup, si tu as un service informatique, on te dit : “Mais il n’y a plus besoin de Directeur, puisque ce n’est plus une Direction” . Et donc on vire le Directeur ! Et c’est l’organigramme qui avait permis de faire ça ! Une fois le directeur viré, on en a recruté un autre et comme par hasard, le service informatique a été retransformé en direction de l’informatique. Pareil, on avait une Directrice Territoriale qui avait un poste de Chef de service, mais pas de directrice. Mais elle avait au-dessus d’elle une fille qui était Attachée Territoriale c’est à dire avec 2 grades de moins, et qui était la directrice du service. Et comme ça ne se passait pas bien avec entre elle, eh bien on a modifié l’organigramme. On a décidé que ce n’était plus un service, mais qu’il devait être rattaché à un autre service…

Donc voilà, on se sert aussi des organigrammes pour régler des situations personnelles. Bref, on recrute du personnel sur des postes qui ne correspondent pas vraiment à leurs compétences.

 

L’instauration des primes au mérite

 

Quelqu’un de méritant, pour la mairie, ce n’est pas quelqu’un qui fait son travail de manière correcte et consciencieuse. C’est quelqu’un qui respecte les délais, qui va prendre l’Appli Béziers-machin, qui va signaler qu’il y a un tas d’ordures quelque part dans la ville, pendant son temps libre, et qui en plus s’ il y a un collègue qui est malade, va faire son boulot à lui … Voilà, là, c’est quelqu’un de méritant. Après, il y a aussi quand même d’autres méritants, comme ceux qui apportent le café au chef. Et bien sûr, ceux qui balancent les autres. Eux, ils sont très bien vus ! Tout ça traduit une volonté manifeste de s’attaquer à tous les acquis sociaux et à tirer jusqu’à la moelle le personnel, en leur demandant de la polyvalence, en leur demandant de faire toujours plus avec moins de moyens etc.

 

L’entretien de la ville

 

Alors, avec presque 350 agents en moins, en comptant les contrats aidés, du coup, les services ont de plus en plus de mal à fonctionner. Par exemple dans certains quartiers, on a de moins en moins d’intervention des municipaux … La balayeuse passe une fois tous les trois mois, alors qu’avant c’était une fois tous les 15 jours environ. Ils doivent venir seulement lorsqu’ils reçoivent trop de coups de fil pour se plaindre. Dans ces cas-là, ils viennent à 10 personnes du nettoiement pour que ça se voie ! Avant, aussi, on avait des équipes de deux agents qui tournaient toutes les semaines de nuit et repéraient les lampadaires qui étaient grillés et ils les notaient. Le lendemain matin, quand ils avaient fini leur tournée de la ville, ils faisaient un rapport au service électrique de la ville et les équipes d’intervention venaient réparer les ampoules grillées. Maintenant c’est fini ! Du coup, sur un boulevard, passant en plus, on est restés comme cela une première fois 3 semaines en ayant 4 ou 5 lampadaires grillés ; donc à partir de 6 h du soir, c’est la nuit noire, avec des voitures qui roulent à vive allure sur ce boulevard, avec des gamins qui peuvent traverser. Tu les vois au dernier moment à portée de phares… C’est un coup porté à la notion même de service public.

 

La députée Emmanuelle Ménard

 

Et en plus, Mme Ménard a précisé dans le journal que les services municipaux travaillaient pour sa députation ! Ce qui est interdit…

 

Le nombre de contentieux ?

 

Evidemment, ce genre de situation génère des conflits. Je sais qu’il y a 2 ans, 2 ans et demi, on en était déjà à 140 000 € de contentieux du Personnel. Aujourd’hui on a appris que les contentieux vis à vis du personnel atteindraient plus de 212 120 euros pour un total de frais de contentieux de 969 325 euros.

 

Remise en cause des acquis sociaux

 

Mais ce n’est pas tout, le maire a voulu dès le début remettre en cause tous les acquis sociaux du personnel par la suppression de certaines primes, et notamment la suppression d’avantages acquis en vigueur depuis plus de 70 ans comme celui de bénéficier de 3 mois de congés de fin d’activité, pour les catégories les plus basses, avant leur départ à la retraite. Ainsi en septembre 2018, les quatre syndicats des personnels de la mairie (CGT, CFDT, FO et FA-FTP) réunis en intersyndicale, ont dénoncé dans un communiqué commun le malaise qui montait chez le personnel. Ils ont dénoncé “les réorganisations incessantes avec dépeçage de certaines directions, la suppression de certains services, et des carrières fulgurantes pour certains comme une secrétaire qui en deux ans, est devenue directrice d’un service… Et le non-remplacement de la plupart des départs à la retraite crée une surcharge de travail”. Très rapidement le maire a cherché à faire pression et diviser les syndicats. Il y a eu des AG avec à peu près 250 agents, c’était la 1ère fois que cela se passait depuis Ménard ! Mais un représentant d’un syndicat patronal, a “négocié” avec le maire en expliquant qu’il avait obtenu “à la place des trois mois de congés de fin d’activité une prime de 1 500 € pour les agents qui partaient à la retraite”. Ce qui fait seulement 500 € par mois …Mais le plus beau de tout ça, c’est qu’en fait, ce qu’il ne nous avait pas dit, c’est que la prime de 1 500€, elle n’était que pour 1 an … Et à partir du 1e janvier 2019, peanuts, ni les 3 mois, ni les 1 500 € !… Cela a été vécu comme une arnaque.

 

Les ATSEM

 

Alors les ATSEM, il faut savoir qu’elles avaient un bon statut, c’est à dire qu’au lieu d’être à 1607 heures, elles étaient à 1410 heures. Elles avaient toutes leurs vacances scolaires, elles ne faisaient pas les cantines scolaires, mais elles étaient vraiment en appui dans les écoles et pendant les vacances scolaires, elles allaient faire les centres aérés. Alors quand Robert Ménard est arrivé, au cours d’une réunion avec son ancienne DRH, lorsqu’il a abordé le statut des ATSEM, il a demandé “pourquoi les ATSEM ne font que 1 410 heures?”

Et la DRH de dire “c’est lié à la pénibilité du métier” et Robert Ménard a répondu : “la pénibilité ? Elles n’ont qu’à aller bosser à l’usine, elles verront ce que c’est que la pénibilité !” Donc, il a décidé d’augmenter le temps de travail et il les a fait passer de 1 410 heures à 1 548 heures, c’est à dire qu’il leur file 148 heures de travail en plus par an, ce qui représente à peu près 12 ou 13 heures par mois, même plus parce que si tu comptes les vacances, ça fait 15 h/16 heures par mois de plus. Mais pour faire passer la pilule, il prend l’engagement de mettre une ATSEM par classe ! Bon, elles n’ont jamais vu une ATSEM par classe, il n’y a pas eu de recrutement d’ATSEM. Donc du coup quand elles étaient malades, les ATSEM, elles étaient remplacées par du personnel ATSEM dans un pool de remplacement. Ce pool a quasiment disparu, donc il n’y a plus de remplacements. Aujourd’hui, la situation est encore pire car une semaine sur deux, elles font 40 heures par semaine dont 39 heures en présence d’enfants, ce qui est absolument intenable ! Intenable !

 

Robert Ménard comme un petit chef ?

 

Robert Ménard est un homme assez caractériel qui, d’après ceux qui le côtoient de près – moi je n’en fais pas partie –, a une idée toutes les 15 secondes.  Différentes quand même ! Et qui peuvent être contradictoires. Du coup, on a une gestion erratique, c’est à dire que demain, il va avoir l’idée de faire ceci ou ça, et il va foncer et mettre tout le monde dessus, même si ça ne se fait pas. Et dans les services, notamment dans les services opérationnels (Bâtiment, Voirie…) on se retrouve facilement avec des ordres et des contre-ordres. Les mecs, ils commencent à faire un boulot, mais au bout de 15 jours on leur dit : “non, non, finalement vous arrêtez, vous faites autre chose!” C’est fréquent … D’ailleurs, ça a déstabilisé pendant un moment, parce que maintenant les agents sont habitués … Pendant un moment, tu avais des agents qui étaient complètement paumés, parce qu’ils ne savaient pas… Ils se disaient : “Ben, à quoi on sert?” Y compris des cadres, qui n’étaient pas associés aux décisions. Ah oui, les cadres étaient considérés comme des agents d’exécution, ils étaient convoqués par l’adjoint délégué à leur mission qui leur disait : “Voilà, il faut faire ça ! Point barre !”

 

La vision du social pour le maire d’extrême droite

 

Mais la vision du social revue par l’extrême droite ne s’arrête au personnel. Signalons juste la suppression de la subvention municipale de 44 000 euros au centre social Arc en ciel qui prenait en charge les enfants de la Devèze. Ils ont dû mettre la clé sous la porte en laissant 7 salariés sur le carreau.

Et aussi la baisse très importante de la subvention municipale au CCAS de 365 000 euros (10%) qui a eu comme conséquence la fermeture de l’épicerie sociale de la ville de Béziers pratiquement au bout d’un an de mandature Ménard. Moi j’ai toujours dit que Ménard s’est fait élire à la ville de Béziers en disant : “Je vais m’occuper des plus faibles . Je suis la voix des “sans voix”… Et les premières mesures qu’il a prises, ont été pour favoriser les plus riches et, entre guillemets, “discriminer les plus faibles” N’oublions pas qu’il a dit qu’il voulait se débarrasser dans le centre ville des Arabes, des Gitans et des pauvres…


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