Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Ateliers de soutien pour les femmes: camp d’Al-Durra et Al-Najaa
22 avril 2026Compte rendu de deux ateliers de soutien psychosocial pour les femmes le 22/04
Entre deux rives celle de la mémoire de la maison et celle de la routine de la tente camp d’Al-Durra
Le rôle de la femme ne se limite plus à la gestion du foyer ; elle est désormais la colonne vertébrale d’une société épuisée par la guerre, après la disparition de nombreux hommes en raison de l’emprisonnement, des blessures ou de la mort. Cette absence n’a pas seulement laissé un vide affectif, elle a créé un vide pratique et social que les femmes ont dû combler malgré le manque de moyens et des ressources. Dans les tentes, où l’espace se rétrécit et les responsabilités s’alourdissent, les femmes se retrouvent confrontées quotidiennement à des charges croissantes, allant de la satisfaction des besoins essentiels à la préservation de l’équilibre psychologique de la famille. Le plus grand défi ne réside pas seulement dans la dureté des conditions matérielles, mais dans l’impact psychologique profond laissé par cette expérience. Le sentiment de perte de contrôle, l’érosion du quotidien, l’absence d’intimité — autant de facteurs qui placent les femmes dans un état d’épuisement permanent. Pourtant, elles cherchent continuellement des moyens créatifs de préserver leur équilibre psychologique et de reconstruire une forme de vie au sein d’une réalité fragile.
L’équipe de UJFP a organisé une séance de soutien psychosocial pour les femmes déplacées dans le camp d’Al-Durra, à l’ouest de Deir al-Balah, dans le but de fournir un espace sûr d’expression et d’alléger les pressions quotidiennes. Vingt femmes vivant dans les tentes du camp ont participé à cette rencontre. Ce rassemblement a permis de raviver l’esprit communautaire fragilisé par le déplacement, tout en renforçant les sentiments de soutien mutuel entre les participantes. Cette séance est intervenue en réponse à une monotonie pesante vécue par les femmes dans le camp, où la journée devient un cycle fermé de tâches épuisantes, dépourvu de toute dimension humaine ou récréative.
La séance, Entre deux rives celle de la mémoire de la maison et celle de la routine de la tente , visait à ouvrir une fenêtre de réflexion reliant les détails de la vie passée à la réalité actuelle, aider les femmes à redéfinir leur quotidien de manière plus humaine. Elle s’est articulée autour de la libération de la mémoire, en évoquant les habitudes quotidiennes d’avant le déplacement, non pas comme une source de tristesse, mais comme un repère permettant de restaurer le sentiment d’identité. Elle a également porté sur la réorganisation du quotidien dans la tente, en équilibrant les exigences de survie et les besoins de repos psychologique, ainsi que sur le renforcement de l’adaptation créative à travers l’utilisation des ressources simples pour créer des espaces de vie partagée.
La séance a débuté par une activité où chaque participante était invitée à évoquer une habitude matinale qu’elle pratiquait avant le déplacement. Cela a instauré une atmosphère chaleureuse et contribué à briser les barrières psychologiques. Un exercice d’expression émotionnelle par l’écriture ou le dessin a suivi, permettant aux femmes d’exprimer leurs sentiments de manière indirecte et de réduire leur stress.
Lors des discussions de groupe, les profondes transformations du concept de « journée normale » sont apparues clairement : d’un espace organisé et apaisant, elle est devenue une succession de tâches difficiles et épuisantes. L’une des participantes a exprimé sa nostalgie pour son rituel matinal, autrefois marqué par l’odeur du café et le son de la radio, en contraste avec sa réalité actuelle qui commence par la recherche de bois de chauffage. Elle a toutefois évoqué une idée née lors de la séance : consacrer une heure quotidienne à rencontrer ses voisines et partager du thé, comme une manière simple de retrouver un sentiment de vie. Une autre participante a parlé du désordre causé par l’exiguïté de la tente et de son impact sur son état psychologique, en le comparant à la vie qu’elle menait auparavant dans une maison offrant un espace plus large et confortable.
La séance comprenait également des activités légères telles que des exercices de respiration collective favorisant la relaxation, ainsi qu’une activité ludique basée sur l’échange d’histoires et de situations légères. Des idées pratiques, applicables dans les tentes, ont été proposées, comme la mise en place de moments fixes de repos, la création de petits espaces de rassemblement, ou encore l’implication des enfants dans des activités quotidiennes renforçant le sentiment de continuité et de vie.
Les discussions ont souligné que la routine ne doit pas être un fardeau, mais peut être transformée en un outil de soutien psychologique, en intégrant de courts moments de repos et des activités collectives dans la journée, même avec des moyens limités. L’importance de la coopération entre les femmes a également été mise en avant, que ce soit à travers le partage d’outils ou d’idées, contribuant à réduire le sentiment d’isolement et à renforcer la solidarité.

À la fin de la séance, les participantes ont souligné que cet échange collectif leur avait permis de percevoir leur réalité avec plus de calme et d’acceptation. Cette séance confirme que la création de petits espaces humains au sein du déplacement peut avoir un impact significatif sur le bien-être psychologique, que la force d’une communauté commence par la résistance de ses femmes et leur capacité à reconstruire la vie.
Lien vers les photos et vidéos
https://drive.google.com/drive/folders/1H2cMn9tLahILB_eYdAJcoYUnU5VwTVoX
De la douleur à l’espoir, réécrire une nouvelle histoirecamp d’Al-Najaa
Dans le camp Al-Najaa, à l’ouest de la ville de Gaza, où les tentes s’étendent sur une terre épuisée par l’attente, et où les ruelles étroites s’entrelacent avec les détails d’un quotidien lourd, différent de tout ce qui l’a précédé, les femmes vivent une réalité complexe marquée par la rareté, l’exiguïté de l’espace et le poids des responsabilités. La journée ne commence pas dans le calme, mais par une série de tâches impossibles à reporter, l’eau doit être trouvée, la nourriture difficilement organisée, et les enfants ont besoin d’une attention constante dans un environnement qui offre peu de répit.
Mais le défi ne s’arrête pas là. Derrière cette agitation quotidienne se cache un monde intérieur silencieux, rempli d’émotions qui n’ont pas trouvé de voie pour s’exprimer. L’anxiété, la fatigue, la peur et l’épuisement accumulé habitent l’intérieur sans être dits. Avec le temps, le besoin d’un moment de calme, ou d’un espace sûr pour parler, devient urgent, les femmes cherchent une simple opportunité de déposer ce qu’elles portent en elles, ne serait-ce que temporairement, et de sentir qu’elles sont entendues.
Cette session a été organisée par l’équipe UJFP, comme un espace différent du quotidien, un espace qui ne repose pas sur des solutions toutes faites, mais sur la présence, l’écoute et le partage. Dans un coin du camp, 25 femmes vivant sous les tentes se sont réunies pour une rencontre qui ressemblait à une tentative collective de reprendre leur souffle.
Les femmes se sont assises en cercle. La distance entre elles était réduite, mais ce que chacune portait était immense. La session a commencé par une activité simple : chaque femme devait dire son nom et partager quelque chose de petit qui lui manquait. L’une a dit “Le son de la porte de ma maison qui se ferme me manque. » Une autre : « Je regrette de pouvoir dormir sans penser au lendemain. » une femme a murmuré : « Mon ancien moi me manque ». Rien n’empêchait les larmes.
Après ce moment, le rythme de la séance a changé. De petits papiers ont été distribués, chaque participante devait compléter la phrase « Malgré tout, je suis encore… ». « Malgré tout, je continue à prendre soin de mes enfants », « Malgré tout, je ris encore parfois », « Malgré tout, je crois encore que l’avenir sera meilleur ».
La séance s’est ensuite transformée en un espace de parole ouvert. Une femme a parlé d’une nuit sans sommeil, inquiète pour son enfant ; une autre du sentiment d’impuissance ; une troisième d’une fatigue sans fin. Mais au milieu de ces récits, des moments plus légers sont apparus, comme pour rappeler que la vie persistait. L’une des participantes a dit en souriant : « Hier, le thé a brûlé, et ma voisine et moi avons beaucoup ri. »
Au milieu de la séance, une activité récréative simple a été proposée, ensuite, chaque participante a été invitée à dire quelque chose de beau à la femme assise à côté d’elle. « Tu es forte », « J’aime ton calme », « Ton sourire est beau ». L’une des femmes s’est mise à pleurer en entendant ces mots et a dit : « Cela fait longtemps que je n’ai pas entendu quelque chose de beau. »
Puis est venue l’idée de la boîte des petits moments , où chaque femme imaginait y déposer un moment positif vécu dans la journée « Mon enfant a dormi paisiblement », « J’ai ri avec mon amie », « J’ai trouvé quelque chose à cuisiner ». Dans un coin du cercle, une femme était restée silencieuse depuis le début. À la fin de la séance, elle a dit doucement : « Je n’ai pas parlé, mais je me sens plus légère maintenant. »
Avant de conclure, les femmes se sont mises d’accord pour se retrouver tous les deux jours, non seulement pour parler, mais simplement pour être ensemble : boire du thé, rester en silence, ou partager n’importe quel moment simple. Au dernier instant, l’une des femmes a commencé à chanter doucement, puis d’autres voix l’ont rejointe. Ces quelques heures avaient suffi à ouvrir une petite fenêtre dans un mur lourd, une fenêtre par laquelle un peu de lumière pouvait entrer.
Lien vers les photos et vidéos
https://drive.google.com/drive/folders/1T5odQrRhN87OYCK7uQZt0GKRYfUp_BNl
Nos articles sont gratuits car nous pensons que la presse indépendante doit être accessible à toutes et tous. Pourtant, produire une information engagée et de qualité nécessite du temps et de l’argent, surtout quand on refuse d’être aux ordres de Bolloré et de ses amis… Pourvu que ça dure ! Ça tombe bien, ça ne tient qu’à vous :
ARTICLE AGORA SUIVANT :
