Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Ateliers de soutien pour les femmes du camp d’Al-Israa et Al- Durra 14/09
15 septembre 2026Un rire venu du cœur : lorsque les femmes du camp d’Al-Isra retrouvent, pour quelques instants, leur droit à la joie
Dans les camps de personnes déplacées, une femme n’a pas besoin de beaucoup de temps pour se rappeler pourquoi elle ne rit plus comme avant. Il suffit qu’elle se réveille au son de l’inquiétude, qu’elle regarde ses enfants en se demandant si la journée se déroulera sans incident, qu’elle se souvienne d’une maison qu’elle a laissée derrière elle, d’une nouvelle effrayante entendue la veille, ou d’une nouvelle attaque qui a ravivé dans sa mémoire des scènes de peur et de panique, pour qu’elle sente que le sourire est devenu quelque chose d’éloigné des détails de sa vie.
Là, dans l’espace exigu où les familles tentent de construire une vie provisoire, les femmes portent bien plus que les simples fardeaux du déplacement. Elles portent la peur pour leurs enfants, l’inquiétude face à l’inconnu, de lourds souvenirs et des responsabilités qui ne s’arrêtent jamais. Au milieu de tout cela, des journées entières peuvent passer sans que la femme trouve l’occasion de dire : Je suis fatiguée. Et des journées encore plus longues peuvent s’écouler sans qu’elle trouve quelqu’un qui s’assoie à ses côtés pour lui demander simplement : Comment vas-tu, toi ?
Mais dans le camp d’Al-Isra, à l’ouest de Gaza, une rencontre différente avait lieu. Cette fois, elles avaient rendez-vous avec quelque chose d’autre : le rire.
Sous le titre Un rire venu du cœur, l’ UJFP, dans le camp d’Al-Isra, a ouvert un espace auquel ont participé 25 femmes déplacées, dans une tentative de leur offrir des moments de légèreté au milieu d’une réalité lourde,un espace où elles pourraient laisser leurs soucis à l’extérieur quelque temps.
Les femmes arrivent sur place, chacune portant son propre monde. L’une vient en pensant à ses enfants. Une autre n’a pas bien dormi la nuit précédente. Une troisième porte en elle une peur qu’elle ne trouve pas les mots appropriés pour décrire. Une autre encore a pris l’habitude, depuis longtemps, de cacher sa tristesse derrière une courte phrase : « Dieu merci. » Elles s’assoient ensemble. Personne ne leur demande d’oublier ce qui se passe autour d’elles.
On leur offre simplement la possibilité de respirer loin du poids du moment.
La facilitatrice commence là où se trouvent les femmes, et non là où elles sont censées être. Elle leur laisse l’espace pour parler sur les choses qui pèsent le plus lourd sur leur cœur et sur la dernière fois où elles ont ri de bon cœur. C’est alors que les histoires commencent.
« Parlons d’abord » L’une d’elles dit ce qu’elle n’a pas pu dire à la maison. Une autre parle de sa peur. Une troisième partage une expérience qu’elle a vécue, et trouve à ses côtés une femme qui lui dit : « Moi aussi, je ressens cela. » Et soudain, quelque chose d’important change. La femme ne se sent plus seule dans ce qu’elle ressent. Les femmes s’écoutent les unes les autres et cet espace d’écoute était peut-être l’un des moments qui ont le plus touché les femmes. Parfois, elle a simplement besoin de parler. De dire ce qu’elle a à l’intérieur. De pleurer si elle le souhaite. De rire si elle en est capable. Et de savoir que la personne en face d’elle ne lui dira pas : « N’exagère pas », ou « Sois forte », ou « D’autres souffrent davantage que toi. »
Du silence au premier rire
Les femmes se débarrassent peu à peu du poids du silence, et les activités interactives et ludiques commencent à ouvrir un nouvel espace entre elles. L’une participe à une activité et se met à rire. Une autre lui répond. Un rire collectif s’élève. Puis un autre rire, plus fort encore.
Et d’un instant à l’autre, les femmes oublient pendant quelques instants qu’elles se trouvent dans un lieu encerclé par des conditions difficiles.Et cette pause n’est pas quelque chose de secondaire.
Le rire, l’interaction, le mouvement, les jeux collectifs et le fait de retrouver des moments de gaieté peuvent offrir à une personne un espace pour évacuer les tensions accumulées et l’aider à retrouver une part de vitalité et le sentiment d’être en lien avec les autres.
« Fermez les yeux… et respirez »
La facilitatrice demande aux femmes de s’arrêter un moment, de s’asseoir confortablement, puis de commencer à respirer lentement. Une inspiration… Puis une expiration…
Ces moments sont seulement un espace qui permet à la femme d’arrêter, pendant un court moment, de penser sans cesse. Chacune d’elles prend quelques minutes pour elle-même.
Quand le rire devient un langage commun
Au cours de la séance, les femmes comprennent qu’elles n’ont pas besoin d’une grande occasion pour créer un moment de joie. Un mot spontané. Un jeu collectif. Une expression amusante.
Le cercle de la participation s’élargit. Les femmes commencent à s’encourager mutuellement. L’une rit, et les autres rient avec elle. Ici, le rire se transforme en une forme de communication ; un message qui dit :« Nous sommes toujours capables de ressentir de la joie, malgré tout ce qui s’est passé. »« Cela faisait longtemps que nous n’avions pas ri comme ça »
« Cela faisait longtemps que nous n’avions pas ri de tout notre cœur comme nous avons ri aujourd’hui ; j’ai senti que des montagnes de soucis avaient été retirées de ma poitrine, et je me suis souvenue qu’il restait encore une part d’espoir et de vie. »
Le rire n’était pas simplement un moment passager. C’était une pause dans les pensées. Dans la peur. Dans les questions qui ne trouvent pas de réponses. Dans la tentative d’être toujours prête au pire des scénarios. « La séance a complètement changé notre énergie, et j’ai compris que le rire et le sourire face aux difficultés du déplacement sont une forme de résilience et de dépassement des chagrins. »
Le rire ne signifie pas que les femmes ont oublié leurs peurs. Il signifie que l’être humain, même dans les circonstances les plus difficiles, a besoin de préserver un petit espace pour la vie.
« Je veux simplement qu’elles se souviennent qu’elles ne sont pas seules » parole de la facilitatrice.
L’écoute constituait une partie essentielle de cet espace ; une femme déplacée peut porter des dizaines d’histoires, sans trouver quelqu’un qui ait le temps de s’asseoir écouter jusqu’au bout.
Un seul espace d’espoir, donner à la femme un petit droit à la joie. Elles ont parlé. Elles se sont écoutées. Elles ont ri. Elles ont bougé. Et elles ont pris des moments pour se détendre et respirer.
Puis elles sont retournées à leur réalité.
Un rire venu du cœur était une tentative de retrouver un équilibre.
C’était un espace de libération psychologique, de communication, d’écoute, de détente et de retour à une part d’espoir. Et lorsque 25 femmes s’assoient au même endroit et que chacune d’elles trouve la possibilité de dire ce qu’elle a dans le cœur sans craindre d’être jugée, puis de rire avec les autres, de respirer calmement et de participer à une activité qui l’aide à alléger son fardeau, ce qui se passe dépasse les limites de l’atelier. C’est la récupération temporaire de quelque chose que les conditions du déplacement leur ont retiré de leur vie : le sentiment qu’elles ont le droit de vivre un moment de légèreté, d’être heureuses, de rire et de parler d’elles-mêmes sans se sentir coupables.
Et peut-être qu’au milieu de tous ces décombres, il suffit parfois que les femmes se réunissent…pour qu’elles rient de tout leur cœur.
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Quand prendre soin de soi devient un espace de survie
Les femmes du camp d’Al-Durra se réunissent autour de l’auto-soin et du soutien psychologique face à la dureté du déplacement
Dans les camps de personnes déplacées, les histoires des femmes ne commencent ni ne s’achèvent aux limites de la tente. Derrière chaque morceau de tissu qui protège une famille du soleil et du froid, il y a une longue journée de responsabilités, une mémoire alourdie par la peur et une inquiétude qui ne trouve pas toujours un espace pour s’exprimer. De longues heures peuvent s’écouler sans qu’elle se demande : comment est-ce que je me sens ? Suis-je fatiguée ? Ai-je besoin de me reposer ? Y a-t-il quelqu’un à qui je peux parler ?
Mais dans un coin du camp d’Al-Durra, à l’ouest de Deir al-Balah, un rendez-vous différent avait lieu. Cette rencontre n’était pas consacrée aux besoins de la famille, aux enfants ou à la manière de gérer les affaires du quotidien, mais à la femme elle-même ; à son corps épuisé par la fatigue, à son esprit accablé par les pressions et à ses émotions qu’elle a souvent été contrainte de dissimuler afin de pouvoir continuer sa journée.
L’UJFP a organisé une séance de sensibilisation et de dialogue autour de l’autosoin et de la santé psychologique et physique, avec la participation de 20 femmes déplacées du camp.
La séance n’était pas simplement un espace destiné à transmettre des informations, mais une tentative de créer un moment où les femmes pourraient s’arrêter un instant dans leur course derrière les détails de la vie, et où chacune pourrait se tourner vers elle-même.
Dans le camp… les femmes portent plus que ce qui se voit
La femme se réveille pour commencer une nouvelle journée, sans savoir nécessairement où cette journée prendra fin. Avec la répétition des mêmes conditions, une fatigue temporaire peut se transformer en épuisement permanent, et l’anxiété peut devenir une partie du quotidien. La femme peut alors se retrouver obligée d’être forte en permanence, même dans les moments où elle-même a besoin de quelqu’un pour la soutenir. L’importance de parler de l’auto-soin comme d’un besoin essentiel qui aide la femme à préserver sa capacité à continuer.
Lorsqu’une femme s’assoit face à d’autres femmes et comprend que personne ne l’interrompra pour la juger, ne minimisera son problème et ne lui dira qu’elle doit être plus forte, les mots deviennent plus faciles à exprimer. Les petites histoires commencent alors à émerger : la fatigue, la peur, les pressions familiales, les difficultés à dormir, l’épuisement, le sentiment de responsabilité et le besoin d’un moment de calme, loin de tout ce qui l’entoure.
L’un des principaux axes de la séance consistait à redéfinir la notion d’autosoin. Prendre soin de soi peut parfois commencer par quelques minutes pendant lesquelles la femme permet à son corps de se reposer, s’arrête pour reprendre son souffle, parle à une personne en qui elle a confiance ou prête attention aux signes de fatigue avant qu’ils ne se transforment en épuisement.
Les participantes ont appris que l’attention portée à la santé psychologique et physique peut trouver sa place même dans les environnements les plus difficiles, grâce à des pratiques simples et applicables qui contribuent à réduire le stress et à retrouver une certaine sérénité et énergie.
La séance ne s’est pas limitée à des échanges théoriques, mais comprenait également des activités pratiques de soutien psychologique et de relaxation, permettant aux participantes d’expérimenter certaines méthodes simples pouvant être utilisées dans la vie quotidienne.
Un espace a été consacré au calme et à la respiration, ainsi qu’à une tentative consciente de ralentir le rythme du corps après de longues journées de tension. Les activités de dialogue et les exercices interactifs ont également permis aux participantes d’exprimer leurs expériences et de découvrir des moyens plus sains de faire face au stress psychologique, plutôt que de continuer à réprimer leurs émotions ou à ignorer les signes d’épuisement.
Au cours du dialogue, l’une des participantes a exprimé le changement qu’elle avait ressenti en déclarant :« Nous nous oubliions complètement au milieu des responsabilités quotidiennes liées au déplacement et pensions que prendre soin de notre santé était un luxe. »
L’auto-soin n’est pas un retrait des responsabilités, mais un moyen de préserver la capacité à continuer.
Une autre participante :« J’ai appris des exercices simples pour libérer les tensions psychologiques et respirer, ainsi que la manière de prendre un peu de temps dans ma journée pour me reposer physiquement et psychologiquement, malgré l’exiguïté de la tente et la difficulté de la vie. »

Car, dans les situations de crise, les femmes n’ont pas toujours besoin de davantage de conseils. Parfois, elles ont simplement besoin de quelqu’un qui les écoute. Elles ont besoin d’un espace où elles peuvent parler sans craindre d’être blâmées pour leurs émotions, comparées aux autres ou entendre qu’il existe des personnes qui vivent des situations plus difficiles qu’elles. Elles ont besoin de savoir que la fatigue n’est pas une faiblesse, que pleurer n’est pas un échec et que demander du soutien n’est pas un signe d’impuissance.
L’autosoin n’est pas un luxe
Dans les conditions du déplacement, accorder à une femme quelques minutes pour elle-même peut devenir un véritable défi. La séance a insisté sur la nécessité de faire de l’auto-soin une notion pratique et accessible, et non une idée idéale éloignée de la réalité.-L’autosoin peut commencer par le fait d’être attentive aux besoins du corps en eau, en nourriture et en repos, de veiller à l’hygiène et à la santé générale, d’essayer de dormir autant que possible, de réduire le stress, de parler avec des personnes de confiance et de ne pas ignorer les émotions difficiles lorsqu’elles s’accumulent.
Un moment de calme au milieu d’une vie qui ne s’arrête jamais
La séance organisée par l’UJFP dans le camp d’Al-Durra, à l’ouest de Deir al-Balah, est devenue un espace humain qui place la femme au centre de l’attention et lui offre quelque chose qui peut sembler simple, mais qui est d’une grande importance : être entendue, être comprise et obtenir, ne serait-ce que pendant quelques instants, le droit de se reposer. Prendre soin de soi ne signifie pas que la femme s’éloigne de sa famille ; cela signifie qu’elle se donne la force de poursuivre son chemin.
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