Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Compte rendu 25 Août des ateliers de soutien psychosocial pour les femmes
25 août 2026Mécanismes de protection des enfants contre le harcèlement dans les contextes de déplacement au camp d’Al-Durra – à l’ouest de Deir al-Balah
Dans les contextes de déplacement, les besoins des enfants ne se limitent pas à la nourriture, à l’hébergement et aux soins de santé, mais s’étendent également à leur besoin de protection, de se sentir en sécurité et d’avoir la capacité d’exprimer leurs préoccupations sans peur ni hésitation. Avec la surpopulation que connaissent les camps de déplacés, la protection des enfants devient une responsabilité collective qui exige une sensibilisation continue et des compétences pratiques de la part des parents et de la communauté qui les entoure.
L’UJFP a organisé une séance intitulée Sensibilisation des femmes aux mécanismes de protection des enfants contre le harcèlement dans les contextes de déplacement, avec la participation de 20 femmes déplacées résidant dans le camp.
Dès le début de la rencontre, pour parler de la protection des enfants contre le harcèlement il s’agit d’une question liée à la peur, à l’intimité, à la confiance, à la manière de communiquer avec l’enfant et à la capacité de la famille à observer des changements que l’enfant peut ne pas être en mesure d’exprimer avec des mots.
De l’inquiétude quotidienne à la conscience préventive
Les familles déplacées vivent dans des conditions qui leur imposent des défis multiples et imbriqués. Dans ce contexte, la séance a mis l’accent sur le concept de prévention avant que le préjudice ne survienne, ainsi que sur l’importance de commencer la protection au sein même de la famille, en construisant avec l’enfant une relation fondée sur la confiance et le dialogue, en lui enseignant de manière simple que son corps lui appartient, qu’il a le droit de refuser tout comportement qui lui inspire de la peur ou de l’inconfort, et qu’il peut toujours se tourner vers un adulte en qui il a confiance. Au cours de la discussion, les participantes ont abordé l’importance de choisir les mots appropriés lorsqu’on parle aux enfants, afin que l’éducation ne devienne pas une nouvelle source de peur pour eux. Aider l’enfant à comprendre les limites personnelles, à reconnaître les comportements dangereux, à savoir quelle démarche entreprendre s’il se sent menacé.
Un espace de dialogue loin de la gêne et du silence
L’un des principaux axes de l’atelier a été d’aborder la gêne qui entoure parfois les discussions sur le harcèlement et les abus, en particulier lorsqu’ils concernent les enfants. La séance a permis aux participantes de parler ouvertement des difficultés qu’elles rencontrent lorsqu’elles abordent ces sujets au sein de la famille, ainsi que des craintes liées à la manière d’en parler avec l’enfant et à la peur que l’ouverture de cette discussion puisse l’effrayer ou le désorienter. Le silence n’offre pas toujours une protection, et l’enfant qui ne trouve pas un espace sûr pour parler peut garder ses peurs ou son expérience en lui, ce qui peut accroître son sentiment d’isolement. Ainsi, construire une relation de confiance avec l’enfant constitue l’un des outils de prévention les plus importants. Les participantes ont également discuté de l’importance d’écouter l’enfant lorsqu’il tente d’exprimer une situation qui le dérange, de ne pas minimiser ses craintes, de ne pas le blâmer ni lui faire porter la responsabilité de ce qui s’est produit. La première réaction de la famille peut avoir une grande influence sur le sentiment de sécurité de l’enfant, sur sa capacité à demander de l’aide.
Comment la mère peut-elle repérer les premiers signes ?
Une partie importante de l’atelier a été consacrée aux changements qui peuvent apparaître chez l’enfant lorsqu’il vit une expérience pénible ou dangereuse. Les participantes ont appris l’importance d’être attentives aux transformations inhabituelles du comportement, telles que l’isolement, une peur soudaine, des troubles du sommeil, des changements évidents d’humeur ou une réticence à s’approcher d’une personne ou d’un lieu particulier. La séance a souligné que ces signes ne signifient pas nécessairement que l’enfant a été victime de harcèlement ou de maltraitance, mais qu’ils peuvent constituer des indicateurs nécessitant de se rapprocher de lui avec calme, d’ouvrir avec lui un espace de dialogue, de surveiller ses besoins et de demander un soutien spécialisé lorsque cela est nécessaire.
Cette partie de la discussion a aidé les mères à reconsidérer certains comportements qui peuvent parfois passer inaperçus, notamment en raison des fortes pressions que subit la famille déplacée.
La protection ne signifie pas seulement la surveillance
L’une des propositions lors de la séance était que la protection de l’enfant ne repose pas uniquement sur le fait de le surveiller et de lui interdire de s’approcher des autres, mais qu’elle comprend également le développement de sa capacité à se protéger lui-même et à demander de l’aide. Les participantes ont discuté des moyens d’enseigner aux enfants, de manière adaptée à leur âge, un ensemble de compétences simples, notamment la connaissance de leurs limites personnelles, la distinction entre un comportement confortable et un comportement inconfortable, la capacité à dire « non », à s’éloigner d’une situation dangereuse et à se tourner vers un adulte de confiance lorsqu’ils ressentent de la peur ou une menace. L’importance que l’enfant dispose de plus d’un adulte vers lequel il puisse se tourner, dans les environnements de déplacement qui peuvent connaître des changements constants dans les lieux de résidence ou dans l’environnement social.
Que doit faire la mère lorsque son enfant lui parle ?
À cet égard, l’accent a été mis sur l’importance de rester calme, d’écouter l’enfant sans l’interrompre, d’éviter les questions qui impliquent un reproche ou un doute, et de ne pas faire pression sur lui pour qu’il répète les détails à plusieurs reprises. Prendre la révélation au sérieux et de se tourner vers les autorités compétentes afin d’obtenir le soutien et la protection appropriés.
La séance a abordé l’importance des mécanismes d’orientation et de signalement, ainsi que la nécessité de faire connaître aux femmes l’importance de recourir aux services de protection et de soutien psychosocial disponibles auprès des autorités et institutions spécialisées, afin que la famille ne reste pas seule face à une situation pouvant nécessiter une intervention spécialisée.
Expériences des femmes : la connaissance renforce le sentiment de capacité d’agir
La présence des femmes et leur interaction avec le sujet de la séance ont apporté une dimension humaine particulièrement forte. L’une des participantes a déclaré :« Nous étions gênées de parler de ces sujets et pensions que protéger nos enfants se limitait à leur fournir de la nourriture et une sécurité matérielle, mais nous avons compris aujourd’hui que les sensibiliser et nous sensibiliser nous-mêmes constitue leur véritable sécurité dans ces circonstances. »
Alors que les familles travaillent chaque jour à assurer les besoins fondamentaux de leurs enfants, la connaissance des moyens de prévenir les risques et d’y répondre demeure une composante
nécessaire. Une autre participante a déclaré :« J’ai appris à remarquer tout changement dans le comportement de mon enfant et à construire avec lui un espace de confiance qui lui permette de me parler sans peur, car le silence est le plus grand danger. »
Une séance qui ouvre la voie à la poursuite de la sensibilisation
Au camp d’Al-Durra, la participation de 20 femmes déplacées à cette séance a constitué une étape importante vers le renforcement des connaissances communautaires sur les questions de protection de l’enfant, ainsi que vers la création d’un espace permettant aux femmes d’apprendre, d’échanger et d’exprimer les préoccupations qui peuvent être difficiles à soulever dans la vie quotidienne.

À travers ce type d’activités, l’UJFP réaffirme l’importance d’atteindre les communautés touchées par le déplacement et d’investir dans les capacités des familles, notamment celles des femmes, en tant que composante essentielle du système de protection communautaire. Chaque mère qui sait écouter son enfant, chaque famille qui reconnaît les signes de danger et chaque enfant qui sait qu’il peut demander de l’aide représentent un maillon supplémentaire dans un réseau de protection plus large qui préserve la sécurité et la dignité des enfants. Dans des circonstances où le sentiment de sécurité devient un défi quotidien, la sensibilisation acquiert une signification qui dépasse les limites de l’atelier ; la connaissance se transforme en pratique, le dialogue devient un moyen de protection, et la confiance entre l’enfant et sa famille devient un espace où l’enfant peut trouver la sécurité dont il a besoin, même dans les conditions les plus difficiles.
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Les femmes déplacées face à la chaleur
Un atelier d’adaptation et protection de la famille au camp d’Al-Israa – à l’ouest de Gaza
Face à la hausse des températures et à l’aggravation des difficultés de la vie dans les lieux de déplacement, les tentes se transforment durant les heures de la journée en espaces extrêmement chauds, dépourvus de ventilation et de refroidissement, où les aspects les plus simples de la vie quotidienne deviennent plus éprouvants. Un atelier organisé par l’équipe de l’U.J.F.P a réuni 20 femmes déplacées Les femmes déplacées face à la chaleur : compétences d’adaptation et protection de la famille
Les femmes ont parlé des tentes qui retiennent la chaleur et deviennent étouffantes, des enfants qui ont du mal à dormir ou à rester à l’intérieur, et des personnes âgées qui ont besoin de davantage de soins et de suivi pendant les journées chaudes. Au cours de la discussion, l’une des participantes a décrit l’état de la tente pendant les heures de pointe comme étant un four en feu, y rester devient extrêmement difficile et le besoin de ventilation se transforme en un nouveau défi. Elle a expliqué que le fait d’ouvrir la porte de la tente ou de relever une partie de ses côtés permet à l’air d’entrer, mais rend en même temps l’espace intérieur exposé aux passants et aux personnes présentes aux alentours du camp, plaçant ainsi les femmes face à une difficile équation entre l’accès à l’air et la préservation de leur intimité. Une des participantes a déclaré : « Lorsque la chaleur devient intense, la tente devient comme un four en feu, et nous ne pouvons pas y rester sans ventilation. Nous sommes donc obligées d’ouvrir la porte pour laisser entrer l’air, mais dès que nous l’ouvrons, nous avons le sentiment que notre intimité est exposée à tout le monde. » Les femmes ont également évoqué un autre aspect de cette souffrance, à savoir leur obligation de porter des vêtements couvrant entièrement le corps à l’intérieur de la tente, même pendant les heures les plus chaudes, par crainte que quelqu’un ne passe devant la tente ou qu’une personne soit obligée d’y entrer soudainement, ce qui augmente encore la sensation d’étouffement et de fatigue. Une autre participante a déclaré :
« Nous avons besoin d’air, mais en même temps nous avons besoin d’intimité. Nous sommes donc obligées de porter des vêtements couvrant tout le corps en permanence, et cela accroît nos souffrances en tant que femmes dans les camps. »
La souffrance des femmes n’est pas uniquement liée aux températures, elle s’étend à des besoins fondamentaux tels que l’intimité, le confort et le sentiment de sécurité. La femme se retrouve face à deux choix difficiles : soit fermer la tente et supporter la chaleur, soit l’ouvrir pour laisser entrer l’air, tout en ayant constamment le sentiment que sa vie privée est exposée aux autres. Les participantes ont commencé à échanger leurs expériences sur les moyens d’améliorer la circulation de l’air à l’intérieur de la tente, de profiter de l’ombre et d’organiser les espaces de repos et de sommeil de manière à contribuer à réduire la sensation de chaleur ; organiser les moments où les enfants restent à l’extérieur en évitant de les exposer au soleil pendant les heures de pointe.
Les femmes ont également discuté de l’importance de fournir de l’eau aux enfants et aux personnes âgées, de surveiller les signes de déshydratation et d’épuisement, et d’être attentives à tout changement de santé pouvant résulter d’une exposition prolongée à la chaleur. Chaque participante a apporté une idée ou une petite expérience qu’elle avait essayée dans sa tente, permettant ainsi à ces expériences de se rassembler pour constituer une connaissance commune dont les autres familles pourraient bénéficier. Une réorganisation de l’espace disponible, une utilisation plus efficace des ressources existantes et la recherche de moyens permettant de créer autant que possible de ventilation, d’ombre et de confort.
La discussion s’est également concentrée sur les enfants, les participantes ont ainsi pris connaissance de l’importance de surveiller le niveau d’activité de l’enfant, de l’encourager à boire de l’eau, de réduire son exposition au soleil, de prêter attention aux signes de fatigue et de déshydratation et de ne pas attendre que les symptômes s’aggravent avant de demander de l’aide.
Dans le même temps, les femmes ont souligné que protéger la famille ne signifie pas négliger les besoins de la mère elle-même. Une des participantes a déclaré : « La chaleur de la tente rend le fait d’y rester insupportable, mais la séance nous a fourni des idées simples et pratiques pour utiliser ce dont nous disposons afin d’atténuer la chaleur et de protéger nos enfants contre la maladie. »
Une autre participante : « Résister à la chaleur ne signifie pas seulement supporter, c’est aussi une question de connaissance et d’innovation. Je suis sortie de la séance avec le sentiment de disposer de véritables outils qui me donnent la capacité de protéger ma famille et de continuer à vivre. »
Les femmes ne font pas face à la chaleur comme à une circonstance climatique temporaire, mais comme à une partie de la réalité du déplacement qui leur impose une adaptation continue face au manque de ressources, à l’exiguïté des espaces et à la multiplicité des responsabilités.
À travers cette séance, l’UJFP a réaffirmé l’importance d’atteindre les femmes dans les lieux de déplacement, d’écouter leurs besoins réels et de renforcer leur capacité à faire face aux conditions climatiques difficiles au moyen de solutions réalistes qui tiennent compte de la santé de la famille, ainsi que de l’intimité et de la dignité des femmes.
Au camp d’Al-Israa, entre la chaleur, la promiscuité et le manque de ressources, ces femmes continuent de chercher des solutions, d’échanger leurs expériences, de protéger leurs enfants et de se soutenir mutuellement : une pratique quotidienne qui se manifeste dans les détails les plus simples, de l’ouverture de la porte de la tente à la recherche d’une brise d’air, à l’invention d’un nouveau moyen de protéger la famille, tout en préservant, dans le même temps, ce qu’il reste d’intimité et de dignité.
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