Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Compte rendu des ateliers de soutien psychologique pour les femmes 2 et 3 Juin

3 juin 2026
Atelier de soutien psychologique pour les femmes crédit photo UJFP Gaza

Chaleur pour les femmes à l’occasion de l’Aïd al-Adha : 25 participantes – Camp Al-Israa – Ouest de la ville de Gaza

Dans les camps qui s’étendent aux abords de la ville de Gaza, les tentes ne sont plus de simples lieux temporaires de déplacement ; elles se sont transformées en univers saturés de tristesse, d’attente et d’angoisse quotidienne.

Dans le camp « Al-Israa », à l’ouest de Gaza, les détails de la vie quotidienne se ressemblent entre les familles déplacées : files d’attente pour l’eau, pénurie alimentaire, exiguïté des tentes, absence d’intimité, et souvenirs des maisons réduites en ruines. À l’approche de l’Aïd al-Adha, les sentiments de nostalgie et de douleur se multiplient dans les camps. Cette fête, autrefois symbole de joie familiale, de visites, de chants de takbîr mêlés aux odeurs des pâtisseries et du café, est devenue pour beaucoup de femmes un moment douloureux où ressurgissent les souvenirs pesants de la perte des maisons, des proches et du sentiment de sécurité.

Dans ce contexte, les équipes de l’UJFP ont organisé une séance de soutien psychologique et d’autonomisation communautaire intitulée Chaleur pour les femmes à l’occasion de l’Aïd al-Adha – Séance d’autonomisation, de soutien psychologique et de solidarité de voisinage. Dès le début de la séance les femmes se sont assises en cercle dans une modeste tente, et les échanges touchaient au cœur même des souffrances quotidiennes vécues par les femmes palestiniennes dans les camps de déplacement.

L’atelier a débuté par une activité La mémoire de la maison , durant laquelle chaque participante a été invitée à parler du détail de sa maison qui lui manquait le plus pendant l’Aïd. Certaines femmes ont évoqué l’odeur des plats préparés le matin de la fête ; d’autres ont parlé des rassemblements familiaux, tandis que certaines participantes se sont contentées de pleurer silencieusement, incapables de décrire l’ampleur du vide qu’elles ressentaient. L’une des participantes a déclaré que ce qui lui faisait le plus mal était de voir ses enfants lui demander où se trouvait leur ancienne maison et pourquoi ils n’y étaient toujours pas retournés. Elle a ajouté que la guerre n’avait pas seulement détruit les pierres, mais avait également volé aux enfants leur sentiment de sécurité et de stabilité. Une autre participante a parlé de sa mère, qui avait l’habitude de lui rendre visite chaque matin de l’Aïd, mais qui vit aujourd’hui déplacée dans une autre zone et ne peut plus la rejoindre en raison des difficultés de déplacement et de l’absence de moyens de transport. Elle a affirmé que la guerre avait même déchiré les relations familiales et affaibli les liens sociaux qui donnaient autrefois aux gens leur force. Au cours des échanges, les femmes ont évoqué la « tristesse silencieuse » vécue par de nombreuses mères à l’intérieur des tentes, où la femme tente de cacher sa détresse à ses enfants afin de ne pas leur transmettre un sentiment d’impuissance et de peur.

Les femmes ont également discuté des effets psychologiques de l’Aïd dans les camps, expliquant que la fête, dans les conditions du déplacement, devient parfois une occasion qui ravive davantage les pertes qu’elle ne ravive la joie, car les gens comparent leur présent douloureux à leurs souvenirs d’autrefois, remplis de vie et de chaleur humaine. Les participantes ont souligné que ce qui épuise le plus les femmes c’est le sentiment d’impuissance à offrir une atmosphère festive aux enfants, particulièrement dans un contexte de pauvreté extrême, de flambée des prix et de manque des conditions les plus élémentaires de vie. Dans une tentative de transformer la tristesse en dynamique collective de soutien et de guérison, l’atelier s’est concentré sur le concept de famille alternative à l’intérieur du camp. Les femmes ont discuté de l’importance de construire des relations de solidarité entre voisins et déplacés afin de faire face aux effets de l’isolement psychologique. Elles ont parlé de la nécessité de faire des tentes voisines un espace d’entraide humaine, afin qu’aucune femme, aucune mère de martyr ni épouse de blessé ne reste seule pendant les jours de fête.

L’un des moments les plus marquants de la séance fut lorsqu’une participante proposa la création de délégations féminines de vœux qui passeraient le matin de l’Aïd dans les tentes pour présenter leurs condoléances, leur soutien moral et leurs félicitations aux familles ayant perdu des proches ou vivant des situations psychologiques difficiles.La proposition a suscité un large enthousiasme parmi les femmes.

L’activité Messages d’espoir , au cours de laquelle les femmes ont écrit de courtes phrases adressées à elles-mêmes, à leurs enfants ou à leurs voisines dans le camp, portant des messages d’encouragement et d’espoir en l’avenir.

Les équipes ont également organisé une activité La tente de la chaleur humaine, durant laquelle les participantes ont décoré l’espace de la séance à l’aide d’objets simples et disponibles à l’intérieur du camp affirmant que la capacité à créer la vie demeure présente malgré toutes les conditions imposées par la guerre.

Puis une séquence de soutien psychologique collectif fondée sur des techniques de respiration profonde et de libération émotionnelle, les participantes ont indiqué que le simple fait d’être assises avec des femmes vivant les mêmes conditions leur procurait un sentiment de réconfort psychologique, de partage et de compréhension.

L’atelier comportait également la reprise de chants populaires liés aux fêtes religieuses et l’organisation de jeux collectifs simples qui ont redonné aux femmes une partie du sentiment d’une vie normale. Les participantes ont affirmé que préserver les relations humaines dans les camps est devenu une forme de résistance communautaire, car l’occupation cherche à transformer les personnes en individus isolés et psychologiquement épuisés. Les femmes ont également parlé de la souffrance psychologique des enfants dans les camps, en particulier ceux qui ont perdu l’un de leurs parents ou qui ont été exposés aux scènes de bombardements et de destruction. Elles ont indiqué que beaucoup d’enfants souffrent désormais de peurs nocturnes, d’irritabilité et de repli sur eux-mêmes. Les conseillères ont insisté durant la séance sur le fait que les enfants n’ont pas toujours besoin de choses coûteuses pour ressentir le bonheur ; ils ont avant tout besoin de se sentir en sécurité, aimés et entourés d’attention.

Les participantes ont également abordé l’idée selon laquelle la joie, à Gaza, est devenue en elle-même un acte de lutte, car préserver l’esprit humain au milieu de la guerre représente une forme de résistance face aux tentatives de briser psychologiquement et moralement la société palestinienne.

Les femmes ont affirmé que, malgré l’ampleur de la destruction, la société palestinienne conserve une remarquable capacité à recréer la vie à partir de la douleur, et que l’esprit de solidarité apparu dans les camps reflète la profondeur de la cohésion humaine et sociale à Gaza. À la fin de la séance, les participantes ont exprimé leur besoin urgent de voir se poursuivre ces ateliers psychologiques et sociaux.

Les équipes de l’UJFP ont souligné que la période d’après-guerre nécessitera de longs efforts pour reconstruire psychologiquement et socialement la personne palestinienne, car les effets des traumatismes collectifs ne prennent pas fin avec l’arrêt des bombardements. Ces activités contribuent également à protéger les enfants contre l’isolement psychologique, à renforcer la culture de la solidarité communautaire et à empêcher l’effritement des liens humains qui constituent la base de la force de la société palestinienne.

Malgré la dureté des conditions de vie dans le camp Al-Israa, les voix des femmes durant cette séance ont porté un message clair : Gaza demeure capable de créer de la chaleur humaine au cœur même de la souffrance, et les femmes qui affrontent la guerre par la tente, la parole et l’étreinte collective contribuent chaque jour à protéger la société contre l’effondrement psychologique et social. Ainsi, la petite tente du camp Al-Israa s’est transformée d’un espace étroit de déplacement forcé en un vaste espace d’espoir, de solidarité et de redécouverte du sens humain de l’Aïd.

https://drive.google.com/drive/folders/1qCKRHvThCV_pst30-9LlHO-ZfHr9aPS9

Atelier de soutien psychosocial et d’autonomisation communautaire pour les femmes dans le camp Al-Durra 20 participantes-Ouest de Deir al-Balah-

La joie sous les décombres

Dans le camp d’Al-Durra, à l’ouest de Deir al-Balah, où les tentes s’alignent sur le sable rude et où les voix des enfants se mêlent au bruit des souffrances quotidiennes, la vie ressemble à une lutte permanente pour préserver le strict minimum de dignité humaine. Les femmes de ces camps ne font pas seulement face au spectre de la pauvreté ou à la perte de leur foyer ; elles portent également un immense fardeau psychologique en tentant de protéger leurs familles de l’effondrement moral. À l’approche de l’Aïd al-Adha, ces sentiments douloureux s’intensifient. Les femmes qui accueillaient autrefois cette fête dans des maisons animées par les visites, les odeurs chaleureuses des préparatifs et les nouveaux vêtements des enfants se retrouvent aujourd’hui confrontées à une fête totalement différente : une fête sans maison, sans sacrifice rituel et sans nombre de traditions qui lui donnaient sa signification sociale et spirituelle.

Les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier intitulé La joie sous les décombres : l’Aïd al-Adha à Gaza entre les tentes. Cet atelier avait pour objectif de réfléchir collectivement à des moyens innovants pour préserver l’esprit de la fête malgré les difficultés de la guerre et du déplacement. Dès les premiers instants de la séance, les participantes ont parlé des maisons détruites, des époux et des enfants perdus, ainsi que de la douleur ressentie lorsqu’elles voient leurs enfants demander des vêtements de fête ou parler du sacrifice de l’Aïd, alors qu’elles sont incapables de leur apporter des réponses susceptibles d’adoucir la dureté de la réalité.

La séance a débuté par une activité intitulée Les souvenirs de l’Aïd, au cours de laquelle les participantes ont été invitées à évoquer leurs plus beaux souvenirs des fêtes avant la guerre. Certaines femmes ont parlé de l’odeur des pâtisseries traditionnelles dans les maisons, tandis que d’autres se sont remémoré les rassemblements familiaux et les matinées de l’Aïd qui commençaient par les prières et les visites aux proches. Cependant, l’atelier ne s’est pas limité à la nostalgie et à la tristesse. Il a cherché à transformer ces émotions pesantes en une énergie collective capable de faire naître l’espoir. Les femmes ont discuté du fait que l’occupation ne vise pas uniquement les pierres et les infrastructures, mais cherche également à briser l’esprit social des Palestiniens et à démanteler les liens humains qui constituent la force et la continuité de leur société.

L’une des participantes a raconté avec émotion que son enfant avait commencé à craindre le son des takbirs de l’Aïd, car ils lui rappelaient le bruit des avions et des explosions. Une autre a indiqué que les enfants du camp perdaient progressivement leur perception de la fête, car ils ne l’associaient plus à la joie comme auparavant. Au cours des échanges, les femmes ont insisté sur le fait que l’un des plus grands dangers de la guerre est l’abandon psychologique et le sentiment total d’impuissance. C’est pourquoi l’atelier a réaffirmé que le maintien des traditions sociales et religieuses, même les plus simples, constitue une forme de résistance psychologique et culturelle.

L’activité Messages de joie, durant laquelle les participantes ont rédigé de courts messages destinés à leurs enfants, porteurs d’espoir et d’amour. Certains de ces messages ont ensuite été lus à voix haute dans une atmosphère émouvante. Les équipes ont également organisé une activité collective de décoration de l’espace de rencontre à l’aide de matériaux disponibles dans le camp: transmettre le message que la joie dépend d’une volonté collective et d’un esprit solidaire. Au cours de l’atelier, les femmes ont évoqué l’importance de la solidarité sociale au sein des camps, nombre d’entre elles ont expliqué que les familles dépendent de plus en plus du partage collectif de nourriture, de pain, de friandises et même de vêtements. L’une des participantes a raconté que les femmes de son secteur du camp avaient décidé de réunir le peu de farine, de sucre et de dattes dont elles disposaient afin de préparer ensemble des pâtisseries de l’Aïd et de les distribuer aux enfants pour qu’aucun ne se sente totalement privé.

Les femmes ont également discuté des effets psychologiques à long terme de la guerre sur les enfants. Elles ont constaté que les enfants sont devenus plus vulnérables à la peur, au repli sur soi, à l’irritabilité et à la perte du sentiment de sécurité. Les équipes ont fourni aux mères des conseils pratiques sur la manière d’accompagner les enfants en détresse émotionnelle, de les soutenir affectivement et de créer des moments de jeu et de bonheur même dans des conditions extrêmement difficiles.

Les femmes ont participé au chant d’anciennes mélodies populaires qui ont redonné au lieu une part de la chaleur humaine perdue. L’atelier a aussi proposé une formation pratique sur la création de décorations à faible coût pour les tentes ainsi que de petits cadeaux symboliques pour les enfants à partir de matériaux disponibles dans le camp.

Les participantes ont affirmé que ces séances sont tout aussi importantes que l’aide humanitaire, car l’être humain n’a pas seulement besoin de nourriture et d’un abri, mais aussi d’une écoute attentive, de ne pas être seul face à cette tragédie. Les participantes ont également évoqué la nature de la souffrance humaine vécue par les habitants de Gaza dans les camps. Selon elles, le fait de cibler la vie civile et de transformer les familles en déplacés vivant sous des tentes dépourvues du minimum vital constitue une tentative de briser la volonté collective de la société palestinienne. Les participantes ont affirmé que l’occupation peut détruire les maisons, mais qu’elle ne peut pas arracher les liens humains ni l’identité sociale qui constituent les fondements de la force de la société palestinienne.

Les équipes de l’UJFP ont souligné que la période d’après-guerre ne se limitera pas à la reconstruction des maisons et des infrastructures. Elle nécessitera également la reconstruction psychologique et sociale du peuple palestinien, car les profondes blessures laissées par la guerre ne disparaissent pas avec la fin des bombardements. L’importance de ces ateliers réside dans leur contribution à la préservation du tissu social, au renforcement de la capacité des femmes à faire face aux pressions psychologiques et à l’offre d’espaces d’expression, de soulagement émotionnel et de reconnexion avec la vie pour les enfants et les familles. Dans la période d’après-guerre, de telles initiatives constitueront l’une des pierres angulaires du relèvement communautaire, car elles cultivent l’espoir, renforcent la capacité des individus à persévérer et restaurent la confiance dans les relations humaines que la guerre a tenté de détruire.

Malgré la dureté de la situation dans le camp d’Al-Durra, les voix des femmes au cours de cette rencontre ont porté un message clair : “Gaza, qui sait créer de la joie au cœur de la souffrance, ne peut être brisée facilement. Et les femmes qui protègent leurs enfants de l’effondrement psychologique au milieu des tentes participent concrètement à la défense de la vie, de la dignité et de l’identité palestinienne.”

https://drive.google.com/drive/folders/1xzhJBjEbcCJ8flyhwFzcB5Pi7OzjN4SQ

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