Chronique “Gaza Urgence Déplacé.e.s” | Compte rendu des ateliers de soutien psychologique pour les femmes
1 juillet 2026Chaque semaine l’équipe UJFP Gaza continue à mettre en place des ateliers de soutien psychologique pour les femmes: armature d’une société qui ne lâche pas
De la soif à la cohésion communautaire
Dans le camp Al-Asdiqa afin de faire face aux défis de l’été et à la pénurie d’eau
Dans le contexte humanitaire complexe que connaissent les camps de déplacés dans la bande de Gaza, les souffrances de la population ne se limitent plus à la perte des habitations ou au manque de ressources. Elles se manifestent chaque jour dans de petits détails qui sont devenus de véritables combats pour la survie, menés par les familles déplacées à chaque lever du soleil. Parmi ces défis, la crise de l’eau s’impose comme l’un des problèmes les plus urgents et les plus déterminants pour la vie quotidienne, notamment avec l’arrivée de l’été et la hausse des températures qui accentuent les difficultés des familles vivant sous des tentes. Ce sont les femmes qui se lèvent tôt pour chercher de l’eau, organisent avec soin la consommation des faibles quantités disponibles et s’efforcent de protéger leurs enfants contre la déshydratation et les maladies liées aux fortes chaleurs. Les conditions de déplacement ont imposé une nouvelle réalité aux femmes vivant dans les camps, où la tente est devenue un espace saturé de défis quotidiens. L’eau, qui faisait autrefois naturellement partie de la vie, est aujourd’hui une ressource rare dont l’accès exige des efforts constants, une organisation rigoureuse et une coopération entre les familles. Avec la chaleur estivale, cette crise est devenue une source permanente d’anxiété et de stress psychologique, en particulier pour les mères qui portent chaque jour la responsabilité de protéger leurs enfants contre la soif et les maladies liées aux températures élevées.
Les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier La chaleur de l’été et la soif : vers l’adaptation et la résilience face à la pénurie d’eau, au camp Al-Asdiqa, à l’ouest de Deir al-Balah, dans la région centrale de Gaza. Vingt femmes déplacées vivant dans le camp ont participé à cette rencontre.
La séance a débuté avec une activité de présentation intitulée Qu’est-ce qui me donne de la force ? a permis à chacune d’évoquer la principale source d’énergie qui l’aide à continuer malgré les difficultés du quotidien: les enfants, la famille, la foi en l’avenir, l’esprit de solidarité entre voisines, ou encore la capacité d’adaptation aux conditions difficiles, considérée par plusieurs femmes comme une véritable source de fierté et de force personnelle. La rencontre s’est ensuite concentrée sur son principal thème : la crise de l’eau et son impact sur la vie quotidienne dans le camp. L’une des participantes a ouvert la discussion en décrivant avec émotion les longues heures d’attente nécessaires pour obtenir une quantité limitée d’eau. Elle a expliqué que le défi ne résidait pas seulement dans l’accès à l’eau, mais également dans la manière de l’utiliser avec sagesse afin de répondre aux besoins de toute la famille. Une autre participante a évoqué les difficultés liées au stockage de l’eau sous les tentes en raison des températures élevées, précisant que la crainte de la contamination de l’eau était devenue une préoccupation quotidienne pour la majorité des femmes du camp. La séance s’est transformée en un espace riche d’échanges de savoir-faire et de solutions pratiques. Certaines femmes ont présenté des méthodes ingénieuses pour conserver l’eau en toute sécurité, tandis que d’autres ont insisté sur l’importance de la coopération entre les familles afin d’organiser les horaires de remplissage des réservoirs et de partager équitablement les quantités disponibles. Les discussions ont également porté sur les conséquences psychologiques de la pénurie d’eau pour les femmes et les enfants. De nombreuses participantes ont expliqué que l’inquiétude permanente liée à l’approvisionnement en eau engendrait un état de tension et de stress chronique.
Les animatrices ont proposé une activité intitulée Le cercle des émotions. Les participantes se sont assises en cercle et chacune a partagé le sentiment qui l’accompagnait le plus souvent durant l’été au camp. Les émotions exprimées allaient de l’anxiété, de la peur et de l’épuisement à l’espoir et à la détermination.
L’atelier comprenait également une activité Une lettre à demain, au cours de laquelle chaque participante a rédigé un court message décrivant la vie qu’elle espère offrir un jour à elle-même et à ses enfants. Ces lettres exprimaient de profondes aspirations à la sécurité, à la stabilité et à l’accès aux services essentiels, tout en reflétant la volonté des participantes de préserver l’espoir malgré les difficultés.
La rencontre a abordé les moyens de protéger les enfants contre la déshydratation et les coups de chaleur. Les femmes ont échangé des conseils concernant les horaires d’exposition au soleil, les moyens d’atténuer les effets des températures élevées sous les tentes, l’importance d’utiliser les espaces ombragés et la nécessité de surveiller attentivement les enfants pendant les heures les plus chaudes de la journée. L’atelier a également donné lieu à une réflexion approfondie sur la gestion communautaire des ressources limitées. Les participantes ont souligné que la coopération entre voisins était devenue une nécessité vitale plutôt qu’un simple choix social. Plusieurs d’entre elles ont présenté des initiatives de solidarité mises en œuvre dans le camp afin d’aider les familles les plus vulnérables, illustrant ainsi un fort esprit de cohésion communautaire et d’entraide.
Une activité récréative a ensuite été organisée afin de réduire le stress psychologique. Les femmes, réparties en petits groupes, ont été invitées à imaginer et à dessiner une tente idéale offrant davantage de sécurité et de confort aux enfants pendant l’été. Les dessins et les propositions ont révélé l’importance accordée par les participantes à la création d’un environnement sûr pour leurs enfants, mettant en avant des éléments tels que la propreté, la ventilation, la conservation des aliments, l’aménagement d’espaces de jeux et le développement de relations positives entre les habitants du camp. L’atelier comprenait également un exercice de relaxation et de respiration profonde destiné à apprendre aux participantes à mieux gérer le stress quotidien et à réduire les tensions psychologiques. Au cours des échanges, les participantes ont formulé plusieurs propositions concrètes susceptibles d’être mises en œuvre dans le camp, notamment le renforcement des campagnes de sensibilisation à l’économie de l’eau, la mise en place de mécanismes communautaires pour une distribution plus équitable de cette ressource, ainsi que le soutien aux initiatives bénévoles destinées à venir en aide aux familles les plus vulnérables.
À la fin de l’atelier, les participantes ont pris part à une activité symbolique intitulée L’arbre de la résilience. Chacune a inscrit sur une feuille colorée le mot représentant la principale source de force qui lui permet de continuer à avancer, avant de fixer ces feuilles sur une grande fresque représentant un arbre. Celui-ci s’est rapidement couvert de mots tels que espoir, solidarité, détermination, patience et entraide, offrant une image forte de l’esprit des participantes et de leur conviction qu’elles sont capables de surmonter les épreuves.
L’importance de ces ateliers dépasse largement la gestion des difficultés immédiates. Ils constituent un élément essentiel du processus de relèvement communautaire dans la période d’après-guerre. Ces rencontres jouent un rôle majeur dans le renforcement de la participation communautaire et dans le développement des capacités d’adaptation et de résistance psychologique des femmes. L’expérience de l’atelier La chaleur de l’été et la soif au camp Al-Asdiqa démontre que l’investissement dans l’être humain constitue le fondement de tout véritable processus de relèvement. Donner aux femmes les moyens d’agir et leur offrir un soutien psychologique et social représente une étape essentielle vers la construction d’une société plus forte. Lorsqu’une femme dispose des connaissances, du soutien et d’un sentiment d’appartenance, elle est davantage en mesure de protéger sa famille, sa communauté et de transformer la tente, d’un simple abri rempli de défis, en un espace animé par l’espoir, la volonté et la vie.
Lien vers les photos et vidéos
https://drive.google.com/drive/folders/1lYRdxtjCHLyfwag4nBly6AETFO6Dzowx
Les femmes créent l’équilibre au cœur de la tempête
Deuxième atelier de soutien organisé par les équipes de l’UJFP au camp Al-Israa
Dans les camps répartis à travers la ville de Gaza, où les tentes se serrent les unes contre les autres, où les histoires se ressemblent mais où chaque famille possède ses propres épreuves, des scènes profondément humaines témoignent chaque jour de l’ampleur des défis auxquels les femmes sont confrontées. Entre la recherche des besoins essentiels, l’organisation de la vie familiale, le réconfort apporté aux enfants inquiets et l’adaptation permanente aux conditions changeantes imposées par la vie dans les camps, les femmes vivent dans un état continu de pression psychologique et d’épuisement émotionnel.
Les équipes de l’UJFP ont organisé un atelier spécialisé de soutien psychosocial destiné aux femmes déplacées du camp Al-Israa, situé à l’ouest de la ville de Gaza. Vingt-cinq femmes ont participé à cette rencontre i Gérer les défis du quotidien : mécanismes d’adaptation et gestion des pressions permanentes. Cet atelier constituait un espace humain sécurisé, dont l’objectif était pas d’offrir un soutien psychologique, mais également de développer une prise de conscience collective des stratégies d’adaptation positives: renforcer les liens sociaux entre les participantes, contribuant ainsi au renforcement des réseaux de solidarité au sein du camp.
L’atelier a débuté par une activité interactive au cours de laquelle les animatrices ont invité chaque participante à raconter la situation la plus difficile qu’elle avait rencontrée depuis son déplacement, ainsi que la manière dont elle avait réussi à la surmonter. L’une d’elles a parlé des difficultés à concilier l’éducation de ses enfants avec la gestion de la vie sous la tente, tandis qu’une autre a décrit l’anxiété permanente qui l’accompagne du réveil jusqu’au coucher, en raison du sentiment de responsabilité envers chaque membre de sa famille.
Une discussion approfondie s’est engagée autour des pressions quotidiennes devenues partie intégrante de la réalité vécue par les femmes dans les camps. Les femmes ont parlé des difficultés liées à la gestion de ressources extrêmement limitées, de la fatigue causée par les décisions constantes concernant les besoins essentiels de la famille, ainsi que des pressions psychologiques ressenties lorsqu’elles se sentent obligées d’être fortes et solides en permanence, même dans les moments les plus difficiles. Plusieurs participantes ont souligné ce qui épuise le plus une femme n’est pas nécessairement une grande catastrophe, mais plutôt l’accumulation de dizaines de petits problèmes quotidiens qui consument progressivement son énergie psychologique. Au cours de cette discussion, la question du soin de soi est apparue comme l’un des sujets les plus marquants. De nombreuses femmes ont reconnu qu’elles avaient pris l’habitude de placer systématiquement les besoins des autres avant les leurs, au point d’oublier totalement de prendre soin d’elles-mêmes. Cette prise de conscience a ouvert la voie à un échange approfondi sur le concept de l’autosoins et son importance dans le renforcement de la reconstruction. Les résultats de cet exercice ont révélé un large éventail de préoccupations communes : l’inquiétude constante face à l’avenir, l’exiguïté des espaces de vie, l’accumulation des responsabilités familiales, la fatigue provoquée par l’absence d’intimité, ainsi que le sentiment permanent d’être obligées de trouver une solution à chaque nouveau problème. Elles ont partagé des expériences concrètes concernant l’organisation du temps, le partage des responsabilités et la mobilisation des réseaux de solidarité présents dans le camp.
Parce que le soutien psychologique figurait une activité collective intitulée Les couleurs de la force, durant laquelle chaque participante a exprimé, par un dessin ou un texte, ce qui lui donne la force de continuer. Les feuilles se sont rapidement remplies de dessins, de symboles et de mots évoquant la famille, les enfants, la solidarité, l’espoir et l’avenir, transformant ainsi la salle en un espace vibrant d’émotions positives, illustrant la capacité des femmes à s’accrocher à la vie malgré toutes les difficultés qui les entourent. L’atelier comprenait également une séance de relaxation et de respiration profonde destinée à initier les participantes à des techniques simples permettant de réduire le stress et de retrouver un sentiment de calme intérieur.
À l’approche de la fin de la séance, la discussion s’est tournée vers l’avenir et vers le rôle que les femmes pourront jouer dans le processus de relèvement communautaire au cours des prochaines étapes. Toutes les participantes ont convenu que la reconstruction ne signifie pas seulement supporter les difficultés, mais aussi posséder la volonté de poursuivre le chemin et de travailler ensemble pour construire une réalité meilleure. 
Pour conclure l’atelier, une activité symbolique intitulée Messages pour demain , au cours de laquelle chacune a rédigé un court message contenant un souhait, un objectif ou une pensée positive qu’elle souhaite conserver pour l’avenir. Ces messages étaient empreints d’espoir et de détermination, témoignant du désir des femmes de transformer leurs expériences difficiles en leçons de vie et en sources de force sur lesquelles construire l’avenir. Lorsque les femmes disposent d’un espace sûr pour s’exprimer, d’outils adaptés pour gérer les pressions, et d’occasions d’échanger avec d’autres femmes partageant les mêmes expériences, elles retrouvent une part essentielle de leur capacité d’adaptation, d’initiative et de leadership communautaire. C’est pourquoi la poursuite de ces initiatives pendant la période d’après-guerre revêt une importance fondamentale, puisqu’elles représentent un investissement direct dans l’être humain et dans la capacité de la société à se relever, à retrouver son équilibre et à construire un avenir plus stable et plus humain.
https://drive.google.com/drive/folders/1i5_N_omKdMm0cDabQRm7HSZ3WBvuLtTK
Nos articles sont gratuits car nous pensons que la presse indépendante doit être accessible à toutes et tous. Pourtant, produire une information engagée et de qualité nécessite du temps et de l’argent, surtout quand on refuse d’être aux ordres de Bolloré et de ses amis… Pourvu que ça dure ! Ça tombe bien, ça ne tient qu’à vous :
ARTICLE AGORA SUIVANT :
