Chronique ” Gaza Urgence Déplacé.e.s” | L’éducation en temps d’effondrement

6 mai 2026
A l'école des premiers pas crédit photo UJFP Gaza

Compte rendu du programme éducatif mené par l’UJFP : comment les Palestiniens s’accrochent au fil de l’avenir au milieu des décombres 5 Mai

Dans une réalité où les crises s’entremêlent, où les défis s’accumulent, l’éducation chez les Palestiniens s’impose comme un choix irrévocable, une conviction profondément ancrée qui dépasse la dureté des conditions de vie quotidiennes. Elle est devenue, dans le contexte palestinien, un outil de survie, un moyen de résistance, un pont vers l’avenir que la population s’obstine à construire malgré tous les obstacles. Malgré les guerres répétées, la détérioration des conditions économiques et la hausse importante des coûts de l’enseignement universitaire, les Palestiniens continuent de considérer l’éducation comme le pilier fondamental de tout redressement possible, une base indispensable, quelles que soient la gravité des crises. Cela apparaît clairement dans la bande de Gaza, où ni les écoles ni les infrastructures n’ont été épargnées par la destruction, et où les institutions éducatives ont subi de plein fouet les conséquences de la guerre. Pourtant, l’éducation n’a pas perdu sa place dans les priorités de la population ; elle reste une nécessité urgente et une responsabilité collective que les familles s’efforcent de préserver avec les moyens dont elles disposent.

Durant une guerre qui a duré près de deux ans et demi, les parents n’ont jamais cessé d’envoyer leurs enfants vers des centres éducatifs établis à l’intérieur ou à proximité des camps de déplacés, dans une tentative de maintenir la continuité de l’apprentissage et d’éviter toute rupture du parcours scolaire. Ces centres se sont transformés en véritables espaces de reconstruction du quotidien des enfants. L’enseignement y continue malgré le bruit, la surpopulation et l’absence de nombreuses ressources essentielles. Ils ouvrent leurs portes chaque jour pour offrir une certaine stabilité au milieu du chaos environnant, créant un environnement qui tente d’isoler les enfants des scènes de désordre extérieures et de leur permettre de se concentrer sur l’apprentissage, même dans ses formes les plus limitées.

Parmi les premières initiatives l’ujfp s’est distinguée en répondant à ce besoin en créant le premier centre éducatif dans le camp Al-Fajr, situé dans la zone d’Al-Mawasi à Khan Younès. Ce site a accueilli des milliers de familles déplacées provenant des zones orientales de la ville, notamment des agriculteurs contraints d’abandonner leurs terres et leurs maisons. Ce centre a alors accueilli plus de 300 élèves, leur offrant un espace éducatif structuré au cœur du déplacement.

Les efforts se sont étendus avec la création d’un deuxième centre au sud de Deir al-Balah, d’un troisième dans sa partie centrale, d’un quatrième à l’ouest, puis jusqu’à la région ouest de Nuseirat. Ces centres ont formé un réseau éducatif de terrain qui a permis d’assurer la continuité de l’enseignement pendant la guerre. Ils ont poursuivi leur mission de diffusion du savoir, de création d’un environnement adapté pour les enfants et de maintien du lien avec l’éducation. Malgré les défis considérables, ils ont su rester actifs grâce à une organisation interne flexible et une capacité d’adaptation à une réalité en constante évolution.

Avec le retour de milliers de déplacés vers la ville de Gaza, plusieurs de ces centres ont fermé en raison des changements dans la répartition de la population. Il ne reste aujourd’hui que le centre Al-Fajr à Al-Mawasi de Khan Younès et l’école « Premiers Pas » à l’ouest de Nuseirat. Cette dernière s’est imposée comme l’une des structures éducatives les plus importantes du territoire, grâce à sa capacité d’accueil et à ses ressources. Elle accueille plus de 700 élèves, du niveau préscolaire jusqu’au secondaire, et fonctionne dans un cadre éducatif organisé, encadré par une équipe de 25 enseignants ainsi que quatre spécialistes en soutien psychologique. Ces derniers suivent de près l’état psychologique des enfants et maintiennent un contact continu avec les parents afin de traiter les effets profonds laissés par la guerre. Le rôle de cette école ne se limite pas à l’enseignement. Il s’étend à une dimension communautaire plus large. Les camps environnants ont contribué à créer un environnement propice à l’intervention des organisations locales et internationales, notamment dans les domaines de la sensibilisation et de l’éducation sanitaire. Ces institutions s’appuient sur la coordination avec l’administration de l’école pour atteindre les populations ciblées, en tirant parti d’une base de données organisée contenant des informations sur les habitants et leurs coordonnées. Cela facilite la mise en œuvre des programmes, réduit le temps et les efforts nécessaires, et améliore l’efficacité de l’acheminement des services et de l’aide vers les bénéficiaires.

Il est essentiel de reconnaître que la continuité de ces centres éducatifs n’aurait pas été possible sans des facteurs de soutien opérant discrètement en arrière-plan. La disponibilité des ressources, la pérennité des activités et l’expansion des services témoignent de l’existence d’un système d’appui permettant à ces initiatives de perdurer et de remplir leur rôle vital, à un moment où le système éducatif officiel connaît un recul significatif en raison des conditions générales. Face à la limitation du rôle des institutions officielles, ces centres se sont imposés comme une ligne de défense essentielle pour préserver le minimum de continuité éducative et empêcher l’effondrement total du système. Ils ne sont plus de simples alternatives temporaires, mais des composantes fondamentales du paysage éducatif actuel. Ils reflètent la capacité de la société à s’adapter et sa détermination à protéger le droit des enfants à l’éducation, quelles que soient les circonstances.

Au cœur de toutes ces réalités, demeure une image forte : celle d’un peuple qui s’accroche à l’éducation comme à un choix non négociable, comme à une valeur qui transcende la dureté du présent, et comme à un investissement à long terme dans un avenir auquel il continue de croire, malgré tout.

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