Pass sanitaire et guerre de classe – Tribune du collectif “Autodéfense & révolution” de Montpellier

par Le Poing 22 juillet 2021
Manifestation contre le pass sanitaire à Montpellier le 17 juillet 2021

Le Poing relaie cette tribune du tout nouveau collectif montpelliérain « Autodéfense & révolution », dont certains de ses membres sont issus d’un départ collectif de l’Union communiste libertaire :

Trie tes déchets pour sauver la planète, fais attention à ton hygiène de vie pour ne pas avoir de cancer, va bosser et rentre chez toi pour ne pas propager le coronavirus…. À en croire les pouvoirs publics, la responsabilité de tous les maux qui affectent notre société pèse sur chaque individu et ne relève pas d’un système économique qui produit des inégalités et détruit nos écosystèmes. L’obligation déguisée de pass sanitaire qui a été annoncée par Macron la semaine dernière s’inscrit dans cette veine. Le seul responsable de la crise c’est toi, donc si tu veux avoir une sociabilité, accéder à des loisirs et à des activités culturelles, VACCINE-TOI !

Si la vaccination est une arme contre la pandémie (dont l’efficacité est menacée par la multiplication des variants), la méthode employée est pour le moins discutable. Plutôt que de faciliter la vaccination pour les plus pauvres ou les plus précaires (il y a très peu de centres de vaccinations dans les quartiers populaires) ou encore de faciliter la prise de rendez-vous, qui est, rappelons-le, sous-traitée à une entreprise privée (Doctolib), le gouvernement fait le choix de la contrainte, de la stigmatisation et de l’autoritarisme : restaurateurs et patrons de bar se transforment en auxiliaires de police chargés de contrôler pièces d’identité et QR-codes…

Ce recours à un choix liberticide et coercitif n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une longue lignée de règles qui n’ont pour but que de surveiller, contrôler et punir afin d’étouffer toute contestation sociale. La loi de sécurité globale et la loi séparatisme adoptées il y a peu complétaient le puzzle de cet arsenal répressif en autorisant une surveillance massive de la population, un fichage étendu et un contrôle idéologique – par la diffusion et l’injonction à adhérer à des « valeurs de la République » qui ne sont autres que des valeurs nationalistes, individualistes et racistes.

La crise sanitaire que nous connaissons depuis mars 2020 n’a pas connu de gestion autre que liberticide. Le rapport cause/conséquence entre la limitation de l’épidémie et les mesures coercitives adoptées nous échappent franchement : à quoi bon mettre un masque sur une plage quand on s’entasse dans les transports pour aller bosser ? De confinements en couvre-feu, l’Etat n’a jamais procédé à des investissements massifs dans le secteur de la santé qu’il s’était appliqué à détruire ces dernières années. Dans un même mouvement, le gouvernement impose le pass sanitaire et prévoit de rendre payants les tests PCR pour qui n’a pas d’ordonnance : où est la logique sanitaire là-dedans ?

Il n’y avait pas besoin d’avoir de boule de cristal pour savoir que n’importe quelle problématique sanitaire un peu globale ferait exploser ce système fragilisé par un désinvestissement massif de l’Etat. Le système économique capitaliste dont nous connaissions déjà les conséquences désastreuses sur nos vies quotidiennes révèle de nouvelles facettes avec la crise sanitaire. La démocratie libérale qui tentait jusque-là de faire accepter ce système s’effrite peu à peu. Alors que nous trouvons de moins en moins de travail et que nous galérons de plus en plus pour nous loger, manger correctement, nous habiller et offrir à nos enfants des conditions de vie agréables, notre liberté, en dehors des temps de travail, est de plus en plus limitée et la violente répression qui nous frappe lorsqu’on s’en insurge tend à nous décourager. Hormis les soignants et les travailleurs qui accueillent du public, le chantage du pass sanitaire ne s’impose pour le moment que pour les activités hors du boulot. Pour aller bosser, il existe toujours des dérogations, comme lors des confinements successifs. Et si une obligation de vaccin doit naître pour les salariés, ce sera sous le chantage d’un licenciement…

Cette constante doit nous rappeler que l’Etat n’est certainement pas là pour nous protéger mais uniquement pour sauvegarder l’économie capitaliste.

Le pass sanitaire révèle les logiques de rentabilité présentes derrière toute activité dans ce monde capitaliste. Ce ne seront certainement pas les firmes pharmaceutiques qui ont développé le vaccin dans des délais records grâce à de l’argent public qui vont se plaindre d’une obligation vaccinale ! Ce n’est pas non plus l’Etat, dont ses services publics fonctionnent avec la même logique de rentabilité, qui va se plaindre de pouvoir instrumentaliser la panique et les craintes suscitées par l’épidémie pour recruter des bénévoles dans les centres de vaccination.

Ce pass révèle enfin la logique de contrôle de l’économie capitaliste : devenir un QR code et pouvoir être scanné par n’importe qui, telle est la logique du crédit social. Le contrôle social est la clé de la conservation des intérêts des capitalistes qui craignent par-dessus tout de perdre leurs privilèges et misent sur un arsenal sécuritaire pour les protéger de la contestation. Rappelons qu’en Chine le système de crédit social ne concerne pas uniquement l’état de santé, mais aussi les dettes et le paiement des amendes, dessinant les contours d’un contrôle social intégral. La logique répressive du pass sanitaire c’est l’exclusion sociale comme punition. Il pourrait à la longue s’appliquer à d’autres champs non sanitaires (solvabilité de l’individu, casier judiciaire, emploi, etc).

Construisons des espaces de contestation et élaborons ensemble des stratégies pour abattre une économie et des institutions qui nous détruisent. Dans l’immédiat, il faut poser la question de l’ouverture de lieux de loisirs pour toutes et tous, des espaces où toute personne puisse venir sans tenir en compte ni de ses origines, ni ses papiers ni ses choix. Réapproprions-nous les décisions qui nous concernent comme les moyens de production.

Nous ne nous contenterons pas de miettes, nous voulons tout !

Faisons la révolution !

Autodéfense & révolution


ARTICLE AGORA SUIVANT :

Rassemblement en soutien aux ATSEM lundi 26/07 à 9H parvis de la mairie de Montpellier