Bloque ton périph, jour 1 : “Nous sommes la garrigue qui se défend !”

Elian Barascud Publié le 15 octobre 2023 à 10:58 (mis à jour le 1 décembre 2023 à 11:30)
Environ 500 personnes ont défilé en manifestation sur le tracé du futur périphérique reliant l'A 750 à l'A9, vers la commune de Grabels, au nord de Montpellier. ("Le Poing")

Organisé par un ensemble de collectif rassemblés dans la coalition nationale « La déroute des routes », le week-end du 14 et 15 octobre réunit plusieurs centaines de personnes pour s’opposer à la reprise des travaux de l’échangeur autoroutier du L.I.E.N., entre Grabels et le quartier de Bel-Air, à Montpellier, dans une ambiance festive et revendicative

Il faisait frais, ce samedi 14 octobre au matin, lors de la conférence de presse du weekend « Bloque ton périph », dont le camp de base était situé sur des terres agricoles au nord de la commune de Grabels.

« Le projet du L.I.E.N (Liaison Inter-cantonales d’Evitement Nord) est né en 1988, il a 35 ans, et a été construit par tronçon », a d’abord rappelé une membre du collectif « Bloque ton Périph ». Un « projet d’un autre siècle », dont l’allongement a été refusé par 80 % des personnes interrogées lors de la consultation publique de 2022.

« On pourrait dire que le L.I.E.N. existe déjà, mais là, la reprise des travaux se concentrerait sur la création d’un périphérique qui ferait la jonction entre l’A 750 et l’A9, pour du transport de marchandises. Ce sont 70 hectares de garrigues, où vivent 136 espèces protégées, qui sont aujourd’hui menacés par la construction de zones commerciales. Sur les espèces protégées, un recours est en cours. »

René Revol, maire de Grabels, était présent lors de la conférence. Celui dont la commune accueillait le weekend de mobilisation est également opposé au projet depuis le départ. « Rien que sur Grabels, cela va doubler la surface d’artificialisation des sols. C’est contraire aux objectifs du gouvernement de la loi zéro artificialisation nette d’ici 2030. Cela va provoquer des problèmes de rétention d’eau dans les nappes phréatiques, et on risque des inondations », a précisé l’édile insoumis, également vice-président de la Métropole de Montpellier en charge de la régie publique de l’eau.

Les arguments du département, à savoir « le désengorgement des routes entrainant une baisse de la pollution » et « le temps gagné », ont rapidement été battus en brèche par les différents intervenants. Objectif : demander l’abandon du projet et un moratoire national sur la question des routes.

Des membres de plusieurs collectifs en lutte contre des projets routiers partout en France étaient présents pour parler de leur combat.

« Nos luttes font système »

Car ce projet routier au nord de Montpellier n’est pas un cas isolé. On pourrait également citer le C.O.M., (Contournement Ouest de Montpellier), porté par l’État et la Métropole. Mais pour montrer l’aspect systémique du combat, plusieurs représentants de divers collectifs en lutte contre des projets routiers partout en France étaient présents : A133-134 près de Rouen, A69 entre Toulouse et Castres, la « routes des sucs » en Haute-Loire…

« Partout en France, nos luttes font système », a rappelé Enora, membre du collectif de lutte contre l’A133-134 et de la “Déroute des routes”. Anna, du collectif “Bloque Ton Périph”, a rajouté : « Il ne faut pas oublier que la route est avant tout une infrastructure militaire et coloniale, qui permet de coloniser de nouveaux espaces pour y exploiter des travailleurs et des marchandises. Cela sert l’asservissement des territoires à la métropole. Bloquer le chantier d’une route, c’est bloquer tout le processus de l’urbanisation en amont. »

Ils ont également annoncé que ce weed-end n’était le début de la mobilisation, et que des suites étaient à prévoir.

La garrigue se défend

Après une cantine à prix libre le midi, un cortège de 500 personnes s’est amassé pour partir en « manif-action », dont les modalités, restées floues jusqu’au dernier moment, ont suscité beaucoup d’interrogations. « Tout le monde a Sainte-Soline en tête. Je pense que le “désarmement des infrastructures”, comme c’était le cas là-bas, n’est pas à l’ordre du jour. Le chantier est loin du camp, protégé par des barbelés et la police, à mon avis, il n’y aura pas de confrontation aujourd’hui », analysait un observateur local, alors que la manifestation commençait à s’avancer sur la route vers Grabels.

Une manifestation qui a d’ailleurs provoqué beaucoup diverses questions stratégiques dans ses rangs : « Pourquoi faire une manifestation là où personne ne nous voit ? », « Où sont les habitants de Grabels ? Ont-ils déjà accepté le projet par résignation ? », « Où-va-t-on ? ».

Au milieu d’un chemin de garrigue sur le tracé du futur périph’, les organisateurs de la manifestation ont marqué une pause pour prendre la parole : « Nous sommes la garrigue qui se défend. Ici, vivent beaucoup d’espèces, nous allons faire plusieurs groupes pour aider la biodiversité. »

Très vite, plusieurs groupes se sont formés pour diverses actions symboliques : creuser une marre pour les grenouilles, se faire passer des pierres pour construire un mur qui abritera des lézards, planter des fleurs en carton (ramassées à la fin) pour symboliser la présence de glaïeul douteux (espèce protégée menacée par les travaux…)

Plusieurs personnes ont creusé une marre pour que les grenouilles puissent en profiter.

Tandis que certains s’affairaient, certains militants anarchistes et autonomes piétinaient. « Pourquoi avoir fait tant de mystère sur l’action pour finir par faire ça ? », « Est-ce que ça va vraiment interrompre le chantier ? », provoquant un retour au camp anticipé d’une partie du cortège.

Le soir, deux concerts ont eu lieu, et une partie des participants a campé sur place. Le week-end de mobilisation continue ce dimanche 15 octobre. Le Poing livrera un compte-rendu de cette seconde journée.

E. B.


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