Politique
Analyse 9 février 2021

Delafosse met ses caméras au service du commandement policier anti-manifs

La majorité municipale de Montpellier adhère pleinement au “continuum de sécurité” cher à Darmanin. Sans quasiment rencontrer d’opposition.

Dorénavant, le manifestant montpelliérain sait que les images “municipales” de vidéo-surveillance peuvent atterrir en temps réel au commissariat de police nationale. Ces images ne seront pas utilisées qu’après coup, comme éléments de preuve en cas de poursuites judiciaires (au demeurant, leur durée de conservation est repoussée à un mois). Ces images pourront être mises instantanément au service des opérations de maintien de l’ordre. Magnifique innovation, à verser aux acquis du nouveau socialisme montpelliérain (sans doute celui qui plait tant à l’hebdomadaire d’extrême-droite Valeurs actuelles).

Sur ce coup, on ne pourra pas accuser Michaël Delafosse d’avancer masqué. En matière sécuritaire, le maire “socialiste” de Montpellier est aligné sur la politique de droite dure menée par Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur. Cela dans un contexte général majoritairement acquis aux thèses de l’extrême-droite, ainsi validées. Au cours du conseil municipal (en visio-conférence) de ce lundi 8 février, le maire et son adjoint à la sécurité, Sébastien Cote, ont martelé leur adhésion enthousiaste au concept de « continuum de sécurité » promu place Beauvau.

Le continuum en question consiste à réduire le plus possible l’étanchéité entre les diverses forces policières (jusqu’aux agences privées de sécurité !). Il n’est fait aucun mystère du fait que ce concept nourrit directement la loi de Sécurité globale et imprègne celle sur le séparatisme, contre lesquelles lutte activement le mouvement social. A Montpellier, cette option vient de passer par l’adoption par les élus, de la “Convention de coordination entre ville de Montpellier et forces de sécurité de l’État”.

Tout aussi martelée : la thèse qu’il faut « faire bloc contre ceux qui menacent la tranquillité des citoyens ». Sauf. Sauf que les liens mis en place entre polices municipale et nationale ont de quoi déciller celles et ceux qui misent encore sur une différence tranchée entre bonne police de gardien de la paix et inquiétante police de forces de l’ordre. En tout cas, les élus montpelliérains sont les premiers à s’affranchir allègrement de distinguos aussi subtils.

Pour preuve, la nouvelle implication du Centre de supervision urbaine (soit principalement le système de vidéo-surveillance) « lors des manifestations sur la voie publique, présentant pour notre collectivité un certain nombre de dangers » expose l’adjoint à la Sécurité.Dans ces circonstances, « désormais, nous installons un opérateur du Centre de supervision à demeure à l’hôtel de police, puisque les caméras sont maniées par un opérateur de la ville de Montpellier ».

Le journaliste du Poing est avant tout un citoyen comme les autres. A ce stade, il se demande comment la loi pose le cadre d’utilisation de la vidéo-surveillance, quelles limites cette loi fixe, et donc selon quelles modalités un conseil municipal est à même de modifier ce cadre, à ce point sensible en termes de libertés, qu’on aurait pu l’imaginer un tant soit peu verrouillé. La prochaine fois qu’il la croisera en manifestation contre la Loi de sécurité globale, il pourra toujours poser ces questions à Fanny Dombre-Coste, qui a pu s’y montrer, toute première adjointe soit-elle du maire qui met en place ces dispositions liberticides.

Très significatif de la période : seuls trois conseillers municipaux auront jugé utile de prendre la parole sur le dossier sécuritaire, pourtant très lourd socialement et politiquement. Parmi lesquels, pas un seul n’a même relevé la question du détournement de la vidéo-surveillance. La convention de coopération entre les deux polices a été adoptée à l’unanimité, moins deux abstentions. Le Parti communiste figure du côté de l’unanimité. Cela valant à Henri Martin des remerciements appuyés de Sébastien Cote. Le malheureux leader communiste ne s’était-il pas ingénié à malaxer une langue de chewing-gum, toute en vœux pieux, priant qu’on ne confonde pas la notion de « droit fondamental à la sécurité pour tous », avec « les lois ultrasécuritaires » aujourd’hui en cause (y compris les dispositions qu’il approuve à Montpellier ?).

Les abstentionnistes furent Alenka Doulain et Clotilde Ollier. Mais comme rarement, face à un PS rangé du côté du noyau répressif de LaRem, on aura entendu la chef de file de “Nous sommes” coulée dans la posture de la social-démocrate alternative, candidate gestionnaire à une “meilleure police est possible”. « Je pourrais vous donner des conseils » a-t-elle expliqué à la majorité en place, pour une plus grande implication citoyenne dans la définition des besoins de police dans les quartiers.

Et elle ne pointe de problème que dans l’insuffisance de moyens pour permettre l’embauche de policiers municipaux, ou bien sa préférence pour des commissariats fixes en lieu et place des fameux camions que promène Sébastien Cote ici et là, suivi par les photographes de la presse de préfecture. Clotilde Ollier (écolo dissidente) s’est exprimée de manière très proche, en s’alarmant toutefois d’un point d’actualité : la traque actuellement menée contre les sans-abris.

Cette question, humainement et symboliquement cruciale, a d’ailleurs été noyée par Sébastien Cote et Michaël Delafosse, trop contents de s’appuyer sur un seul cas mis en exergue sur les réseaux par Rémi Gaillard ; d’où son impact. Ce cas présente la faiblesse argumentaire que le jeune homme que soutient l’humoriste en était à six contrôles successifs pour défaut de port du masque. Ainsi est-il commode de ne pas se pencher sur les faits de harcèlement, révélés par les humanitaires les plus sérieux (du moins ceux qui ont autre chose à communiquer que leurs selfies bras dessus bras dessous avec les élus).


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