Politique
Analyse 16 décembre 2019

En laissant le champ libre à l’extrême droite à Hénin-Beaumont, les macronistes franchissent un nouveau cap

par Le Poing
Photo publiée sur twitter par le journaliste Abel Mestre
À Hénin-Beaumont, ville dirigée par le Rassemblement national depuis 2014, La République En Marche renonce à présenter une liste aux municipales de 2020. Tout un symbole.

Rappelons-nous l’élection présidentielle. C’était il y a plus de deux ans et demi déjà. Emmanuel Macron, jeune technocrate émancipé du gouvernement Hollande, laissait libre cours à son ambition personnelle, bien aidé dans sa course au pouvoir par de puissants relais dans la classe dominante et dans ses médias. Il se présentait alors comme le candidat de l’unité, de la raison, du progrès, face au danger populiste incarné au second tour par la candidate d’extrême droite. Il fallait alors « faire barrage » à tout prix. Et la vieille tactique électorale fonctionna. Le candidat de la start-up nation triompha. Le pire était évité. Vraiment ?

Virage à droite toute pour LREM

Et puis, il y eut la suite, que vous connaissez. Nos petits castors, légitimement opposés à l’extrême droite, virent se succéder des mesures qui lui étaient pourtant empruntées. Éloge de Philippe Pétain lors des célébrations de la première guerre mondiale, hommage au théoricien d’extrême droite Charles Maurras, répression brutale des mouvements sociaux, expulsions massives des migrants et criminalisation de leurs soutiens, appel à la construction d’une « société de vigilance » lors d’une énième charge médiatique anti-musulmans, etc.

Jusqu’à l’invitation récente du royaliste sulfureux Élie Hatem à l’Élysée, selfies avec le couple présidentiel inclus. Une bourde qui serait anecdotique si elle ne s’inscrivait pas dans une tendance de fond. Car les faits, encore une fois, sont têtus. « Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son évolution par temps de crise » comme le disait le dramaturge Bertolt Brecht. Et la belle crise économique, sociale et politique que traverse le pays n’épargne pas la République. La colère des opprimés gronde. Les classes dominantes sont inquiètes. Alors Macron et son gouvernement les rassurent : ils incarneront le parti de l’ordre. Quitte à verser encore plus de sang.

Et maintenant ?

C’est dans ce contexte tendu que La République En Marche renonce à présenter un candidat aux municipales à Hénin-Beaumont face au maire sortant, le frontiste Steeve Briois. Tout un symbole. Où seront nos petits castors adeptes du barrage, lorsque le parti présidentiel s’accommodera d’une gestion locale confiée à l’extrême droite – qui a déjà les faveurs électorales des sacro-saintes forces de police ? A Montpellier, c’est le candidat Macron-compatible aux élections municipales Mohed Altrad qui a été félicité par les identitaires pour son programme sécuritaire.

Cette évolution, si inquiétante qu’elle soit, est cohérente. Les thèmes de campagne de Jean-Marie Le Pen – identité, lutte contre l’immigration, développement de l’arsenal répressif… – ont été repris par de nombreux politiciens, de droite comme de gauche. Car l’extrême droite est tout sauf antisystème. Derrière son discours radical et subversif, elle se présente à chaque crise comme un recours crédible aux classes dominantes pour mater les opprimés révoltés. Mais les périodes de mouvements sociaux comme celle que nous traversons aujourd’hui sont de formidables opportunités de démasquer les faux amis du peuple. Profitons-en pour retrouver le sens de la solidarité.


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