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Reportage 27 novembre 2022

Environnement : nuisances olfactives dans l’Hérault.

Le Bousquet d'Orb, dans l'Hérault. Image d'illustration.

L’ASHVO, association de sauvegarde de la haute vallée de l’Orb, a invité la population à une réunion publique, ce vendredi 25 novembre, à l’occasion de son assemblée générale, à la salle des fêtes du Bousquet-d’Orb (Hérault). Les affiches avaient annoncé la couleur : « Nous subissons au quotidien les fortes nuisances olfactives émanant du site de l’entreprise Compost Environnement ; cela doit cesser ! ».

« Ça pue ! » lancent comme un cri d’alarme les habitants, excédés par les fortes odeurs provenant de l’entreprise Lopez qui exploite Compost Environnement ; ils ont décidé de se regrouper pour se faire entendre. Les riverains ferment leurs fenêtres et restent calfeutrés chez eux. C’est la direction des vents qui commande aujourd’hui les loisirs, le jardinage, ou les apéritifs en famille ! Des odeurs aux mouches en passant par la pollution, ils disent aujourd’hui « Assez ! ».

Dans l’attente de ce « moment de vérité », je m’étais mis en quête d’informations. Mal m’en a pris : rien dans les journaux, rien sur notre cher Google… Sur Facebook, je lançai une bouteille à la mer (ou plutôt à la montagne, dans ces hauts cantons du département), et j’eus quelques retours. Bien évidemment, comme dans chaque dossier, on retrouvait là les pro et les anti, dans des diatribes inutiles et des polémiques stériles. On en prend l’habitude, quand depuis trente ans, on suit de près tous ces sujets environnementaux. Dans cette région sinistrée économiquement, on avait déjà soulevé le problème des résidus radioactifs laissées par l’ex-COGEMA à Lodève, la pollution à l’arsenic (Lodève encore), les nuisances olfactives de l’ancienne distillerie de Saint-André-de-Sangonis, la pollution engendrée par une entreprise de compostage à Pignan, les projets de décharges à Saint-Pons et Castanet (liste non exhaustive). Des « lièvres », il y en a partout, encore faut-il s’y intéresser, les soulever en les portant à la connaissance de tous en jouant les lanceurs d’alerte. Et puis, les réseaux alternatifs ne sont-ils pas une arme où, comme l’écrit Edwy Plenel, « on dévoile pour désarmer, où l’on révèle pour empêcher, où l’on informe pour alerter » ? (1). Rendre public en somme, ce qui est d’intérêt public…

« On se soucie ici d’un industriel loin de tout voisin » me répond R. T. sur Facebook, mais « rien pour la pollution olfactive des feux illégaux de déchets verts de jardiniers », à quoi M. L. renchérit : « “Loin de tout voisin” ? Mais vous délirez ! A Caunas, c’est insupportable, et ce tous les étés. Si nous sommes si nombreux à nous en plaindre, posez-vous les bonnes questions. Le monde ne s’arrête pas à la frontière de votre jardin. » Ambiance… Voilà que R. reprend son clavier en remettant sur le tapis son problème de voisinage… et notre M. qui, lui, ne l’a pas lâché (son clavier) : « Vous mettez au même plan un problème ponctuel, le vôtre, que je ne minimise pas, mais qui est un problème de voisinage. Votre voisin est un crétin, certes, et je vous souhaite de trouver une solution, mais ça n’a aucun rapport avec le problème Lopez. Ici on parle d’une nuisance olfactive, mais aussi de mouches en surnombre, d’une pollution des sols et des nappes phréatiques avec des métaux lourds, des médicaments, du plastique, etc. L’Orb en est pollué, nos sources en sont polluées, et la situation est invivable pour les habitants du coin, qui ne peuvent même pas aérer leur maison le soir en période de canicule, ni même manger dehors en été. Régler votre problème personnel ne réglera en rien ce problème collectif, et de santé publique ». Et toc.

Compost Environnement, c’est quoi ? Une entreprise qui collecte les salades invendues ? M. L. a t-il raison de s’alarmer ? Quelques recherches sur Internet et le tour est joué : oui, Compost Environnement est prestataire dans les déchetteries, Compost Environnement collecte de tout, et même des déchets hospitaliers. Et même de l’amiante. Créée en 2003, l’entreprise Lopez a son siège social à La Tour sur Orb. Son activité : « Traitement et élimination des déchets non dangereux ». C’est une petite entreprise de quelques salariés, dont le chiffre d’affaires et en constante évolution. Question traitement des déchets, les petites entreprises ne connaissent pas la crise, c’est bien connu. Compost Environnement fait alors des petits : à la Tour sur Orb, Tourbes, Lodève, Gignac, Lunas… Ah, cette fois l’activité s’est quand même transformée en « collecte des déchets dangereux »… Début octobre 2022, l’entreprise déclare une modification de l’activité, où l’on trouve désormais :
– Toutes activités de traitement des déchets et notamment le recyclage des végétaux, des boues, de papiers et matériaux divers ;
– Toutes activités para agricoles relatives à la fabrication d’humus, d’amendements organiques et autres,
– Toutes activités d’aménagement de sites et activités corrélatives ;
– Terrassements, transports de matériaux pour le compte de l’entreprise, la location de bennes ;
– L’exploitation de stations d’épurations et de décharges ;
– Transport public routier de marchandises, de déménagement et loueurs de véhicules industriels avec ou sans conducteur, au moyen de véhicules de tous tonnages.

Gignac, Gignac, ça me dit quelque chose… Je fonce dans mes archives… Bingo ! « A Gignac, les habitants se plaignent des odeurs nauséabondes depuis des années ». Compost Environnement ne nie pas, et fera le nécessaire. « Nous connaissons en ce moment des périodes de canicules exceptionnelles qui perturbent l’évacuation et le renouvellement de l’air ambiant » (2). En conclusion, je cite : « Nous faisons tout ce que nous pouvons ».Quant au préfet Moutouh, qui faisait alors le déplacement sur les lieux, il déclarait : « prendre la question des nuisances olfactives à Gignac très au sérieux » (3). Ouf. Bref, le problème des nuisances n’était donc pas nouveau. Dans un échange de mail, je recevais ceci : « L’ASHVO était patronnée à l’époque par le docteur C. qui résiderait encore à Lunas. Pour l’avoir vécu, en des temps très anciens, une réunion comprenant beaucoup de Bousquetains avait eu lieu ou était présent Bruno Lopez, le propriétaire du ” bassin ” cause des nuisances olfactives » (4). Y aurait-il aujourd’hui toutes les parties en présence, bref, de quoi se forger une opinion, de se faire une idée (objective) du problème qui se pose ?

Une centaine de personnes étaient là. Aurélien Manenc, le maire de Lunas, prenait la parole pour résumer en quelques mots l’historique bienvenu pour toutes les personnes qui n’étaient pas nécessairement du coin. Où l’on apprenait que les premiers soucis avec l’entreprise dataient de 2003-2004, avec une médiation avec l’exploitant en 2014-2016, des visites sur les lieux du sous-préfet de Béziers puis de celui de Lodève, etc. Il avoue : « La situation s’est aggravée. Monsieur Lopez est toujours agréable, compréhensif, c’est pour cela qu’on a du mal à se disputer avec lui (…) Le problème, c’est que nous n’avons pas les documents afférents au fonctionnement de l’entreprise, ça passe par le Préfet ». Et il conclue : « J’ai averti de la montée en puissance du mécontentement ; vous pouvez compter sur l’engagement total de la mairie de Lunas ».

A sa suite, le bureau de l’ASHVO donnait quelques informations sur le fonctionnement de l’association, créée en 1992 suite à un premier problème environnemental. L’association s’était ensuite mise en sommeil jusqu’en 2006, où une première réunion publique s’était tenue, « à cause de problèmes de santé publique soulevés avec l’exploitation de Compost Environnement ». On y note : « Le gérant avait bien compris, mais il n’a pas respecté ses engagements ». A ce jour, 250 personnes sont touchées par les nuisances. Une question fuse dans le public, au sujet de l’épandage de boues de quelques agriculteurs. Une autre parvient du fond de la salle : «C’est vrai qu’à Gignac, ils ont fini par partir ? » « Oui, ils sont partis… mais ils sont allés à Paulhan ! » (5). Là, un ancien responsable de l’association présente une rétrospective de ses actions passées. Une heure s’est écoulée, on passe à l’assemblée générale…

On aurait aimé en savoir un peu plus sur les accusations de pollutions (si danger de pollution il y a, l’association pourrait étendre sa communication à d’autres villages alentour et faire grossir ses rangs); on aurait souhaité des réponses de l’entreprise mise en cause (qui a brillé par son absence, à part la présence d’un salarié)… On sort de la réunion avec l’impression que l’association est encore un peu « dans le flou » : va t-elle s’entourer de gens compétents ? A t-elle déjà contacté d’autres associations confrontées aux mêmes problèmes ? A t-elle demandé à la préfecture qu’elle lui communique toutes les autorisations d’exploitation du site, chose qu’elle est dans l’obligation de produire, etc. ? Si les dégâts dans l’environnement sont la conséquence des activités indispensables à la science et à la technologie (« on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs »), il n’en reste pas moins que toutes ces pollutions engendrées sont régulièrement mises sous le tapis pour préserver, vaille que vaille, les profits. Sans compter qu’elles sont tues au détriment de la santé de millions de gens. « Nous commençons à comprendre que l’ère technico-industrielle nous a conduits à la dévastation de la terre » écrivait Edgar Morin dans Le Monde il y a déjà… trente ans.

(1) PLENEL Edwy, Le droit de savoir (Don Quichotte, 2013).

(2) in Lettre de SAS Compost Environnement au maire de Gignac.

(3) Le Midi Libre, 17 mars 2022.

(4) Correspondance personnelle, 11 novembre 2022.

(5) NIMBY ! (not in my back-yard – pas dans mon jardin)…


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