Froid dans les classes : à Lodève, les profs du collège Paul-Dardé menacent d’exercer leur droit de retrait

Le Poing Publié le 8 janvier 2026 à 13:50
Au collège Paul-Dardé de Lodève, certaines salles de classes affichent une température de 10 degrés. (Capture d'écran Google Streetview)

Après la fermeture temporaire du lycée Jean-Monnet à Montpellier pour cause de chauffage défaillant, c’est au collège Paul-Dardé de Lodève que la colère monte. Salles de classe à 10 °C, réfectoire à 8 °C : face à des conditions jugées indignes, les personnels annoncent qu’ils exerceront leur droit de retrait dès ce vendredi si le Département ne réagit pas.

Pulls, manteaux et parfois bonnets ne suffisent plus. Depuis la rentrée de janvier, enseignants et personnels du collège Paul-Dardé de Lodève travaillent dans des locaux où les températures oscillent entre 10 et 14 degrés, et tombent jusqu’à 8 °C dans le réfectoire. Des conditions largement en-deçà des recommandations sanitaires, que la communauté éducative juge désormais incompatibles avec l’accueil des élèves.

Dans la nouvelle halle des sports Didier-Dinart, censée être plus récente, le constat est à peine meilleur : les 14 °C préconisés pour les espaces de pratique sportive sont difficilement atteints, faisant peser un risque sur l’intégrité physique des élèves. Une situation d’autant plus incompréhensible pour les personnels que Lodève a déjà connu, les années précédentes, des épisodes de froid sans que l’établissement ne se retrouve dans un tel état.

Pour tenter de limiter la casse, des convecteurs électriques ont été installés. Une solution de fortune qui ne convainc pas le personnel : efficacité limitée, disjonctions à répétition, surcoût énergétique et danger potentiel. « On atteint péniblement 16 °C », résument les enseignants, qui dénoncent une réponse à la fois inefficace et écologiquement absurde.

Des rustines plutôt qu’une rénovation

Le problème ne date pas d’hier. Selon les enseignants, le collège subit depuis plusieurs années des pannes de chauffage liées notamment à la vétusté des réseaux. Près de 20 000 euros auraient été dépensés en trois ans pour des réparations ponctuelles. La chaudière a bien été remplacée il y a cinq ans, mais les dysfonctionnements persistent.

En 2023, le Département avait pourtant annoncé un plan pluriannuel d’investissement pour une rénovation globale du collège. Un cabinet d’architecte a été mandaté, des constats dressés, une prestation facturée… avant que le budget ne soit gelé. Résultat : seules des interventions ciblées sur les toilettes et le réfectoire sont aujourd’hui prévues, très loin des attentes des personnels, qui réclament une rénovation énergétique ambitieuse et la végétalisation de la cour.

Droit de retrait en vue

Face à l’absence de réponses jugées à la hauteur, les personnels ont multiplié les démarches : saisie du registre santé et sécurité au travail, courrier aux parents d’élèves, interpellation du Département. Réunis en assemblée générale ce jeudi 8 janvier, ils ont décidé d’exercer leur droit de retrait à partir de ce vendredi 9 janvier 2026 si aucune réponse « claire, concrète et appropriée » n’est apportée d’ici là.

Un rassemblement est prévu devant l’établissement à 8 h 15, en présence des parents, des élus et des personnels. L’objectif : rendre visible une situation que les enseignants estiment devenue intenable.

Après Jean-Monnet, un problème plus large

À quelques dizaines de kilomètres de là, la situation a déjà conduit à une décision radicale. Lundi 5 janvier, le lycée Jean-Monnet de Montpellier a dû fermer ses portes : 9 °C dans les salles de classe, une panne générale de chauffage et près de 1 400 élèves renvoyés chez eux. La Région Occitanie, gestionnaire des lycées, a évoqué un incident technique en pleine vague de froid, rapidement réparé, permettant une reprise des cours dès le lendemain.

À Lodève, les personnels du collège Paul-Dardé redoutent que l’on se contente, là aussi, d’une gestion au jour le jour. Ils y voient au contraire le symptôme d’un problème plus large : celui de bâtiments scolaires vieillissants, mal isolés, et de politiques publiques qui peinent à concilier discours sur la transition écologique et réalité du bâti.

Pour les enseignants, l’enjeu dépasse largement le confort : il s’agit de la santé des élèves et des personnels, de la qualité des apprentissages, et de la crédibilité même des engagements environnementaux affichés.

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