Grève chez Ubisoft : à Montpellier, incertitudes chez les salariés après l’annonce d’un plan d’économies

Elian Barascud Publié le 10 février 2026 à 17:40 (mis à jour le 10 février 2026 à 17:51)
Du 10 au 12 février, les salariés de l'entreprise de jeux vidéos Ubisoft, qui possède un studio à Montpellier, sont en grève. ("Le Poing")

Du 10 au 12 février, les salariés de l’entreprise de jeux vidéos Ubisoft, qui possède un studio à Montpellier, sont en grève. Ils dénoncent des “décisions autoritaires et opaques” de la direction après l’annonce en janvier d’un large plan d’économies et d’une quasi-disparition du télétravail

Devant les locaux montpelliérains de l’entreprise de jeu vidéo Ubisoft, ce mardi 10 février, il y a cette pancarte. On y voit trois cœurs dont deux remplis de rouge, dessinés à la manière d’une barre de vie dans un jeu vidéo, accompagnés de la mention “On n’a pas HP [points de vie, ndlr] infini”. Derrière la référence geek pleine d’humour, on sent une inquiétude palpable chez les salariés.

“On se demande quand le tour de Montpellier va venir…”

Car après le mouvement de protestation qui avait agité le groupe en octobre 2024 autour d’une réduction du télétravail et des conditions salariales, celui-ci a annoncé le 21 janvier l’annulation de plusieurs jeux et un plan d’économies de 200 millions d’euros sur deux ans. Une décision qui entraine la fermeture de deux studios (l’un au Canada, l’autre en Suède), l’annonce d’un plan de départs volontaires touchant 200 postes dans le siège français de l’entreprise, ainsi que son lot d’incertitudes pour l’antenne montpelliéraine. “On a appris l’annulation du remake du jeu Prince Of Persia que l’entreprise avait lancé dans la presse”, se désole Clément Montigny, délégué syndical STJV (Syndicat des travailleurs du jeu vidéo) Ubisoft Montpellier.”C’est toujours comme ça, les décisions sont verticales et autoritaires, et il n’y a pas de concertation. On se demande quand le tour de Montpellier va venir…”, s’interroge-t-il.

“On ne laissera pas faire un nouveau France Telecom”

Autre annonce de la direction qui inquiète les salariés : la quasi-disparition du télé-travail, alors que celui-ci avait été un enjeu de lutte lors du dernier mouvement social qu’a connu l’entreprise. “On touche directement au quotidien des gens”, s’alarme Clément Montigny, qui ajoute : “On dirait que la direction dégrade nos conditions de travail pour faire partir des salariés”. Direction, qui, de son côté, dit être “conscient[e] que ces évolutions, notamment en matière d’organisation du travail, suscitent des réactions fortes. Depuis l’annonce, des temps d’échange et des réunions d’information ont été organisés à différents niveaux pour permettre aux équipes de mieux comprendre la nouvelle organisation et d’exprimer leurs questions et préoccupations”

Antoine, élu au conseil économique et social d’Ubisoft Montpellier, affirme quant à lui observer “de plus en plus de burn-out, de dépressions et d’accidents du travail”. “On ne laissera pas faire un nouveau France Telecom”, abonde Clément Montigny, en référence à l’affaire qui a secoué l’opérateur public à la fin des années 2000, lorsqu’une série de suicides de salariés — plus de trente recensés entre 2008 et 2009 — avait mis en lumière des méthodes de management brutal, faites de réorganisations permanentes, de pressions hiérarchiques et de mobilités forcées, finalement reconnues par la justice comme du harcèlement moral institutionnel.

La peur d’une “vente d’Ubisoft à la découpe”

A partir d’avril, cinq structures, appelées “maisons de création”, réuniront par spécialité une moitié des studios d’Ubisoft, tandis que l’autre moitié servira de soutien aux différents projets. Selon la direction, ces “creative houses” doivent “permettre de développer des jeux répondant aux standards les plus exigeants du secteur, tout en contribuant à la pérennité du Groupe dans un environnement économique et industriel exigeant”. Les licences les plus rentables de l’entreprises ( « Assassin’s Creed », « Far Cry » et « Rainbow Six »), seront par exemple regroupées au sein de la même “maison de création”. Pour Antoine, cette nouvelle organisation suscite la crainte de “l’abandon de ce qui faisait la force d’Ubisoft, à savoir le financement de projets longs”. Il redoute également que cette nouvelle organisation facilite une “vente à la découpe d’Ubisoft” à son partenaire chinois Tencent, qui détient déjà des parts des franchises de jeux les plus vendables de l’entreprise française.

La grève devrait continuer jusqu’à jeudi 12 février, jour de publication des résultats trimestriel d’Ubisoft, qui s’est séparé de plus de 3 000 employés ces dernières années.

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