Hommage rendu à Momo, à quand le prochain décès dans la rue à Montpellier ?

Le Poing Publié le 25 décembre 2019 à 13:09 (mis à jour le 25 décembre 2019 à 17:52)
Marche en hommage à Mohamed Boutahri (photo transmise par La Mule du Pape)
Une soixantaine d’ami·e·s, et de professionnel·le·s solidaires ou d’anonymes ont marché en souvenir de Mohamed Boutahri. Deux autres SDF sont morts dans la rue le même mois. Droit au logement dénonce le scandale des sans logis.

Mohamed Boutahri
Mohamed Boutahri, trente ans, est décédé le douze décembre dernier en début de soirée, square Planchon, à cent mètres de la Comédie, 25 mètres de la gare Saint-Roch. Reda (dont nous ignorons le patronyme), vingt ans, jeune migrant, est décédé le dix décembre à une heure du matin à proximité de la station de tram Odysseum. Cyrille Ouvrard, 34 ans, bien connu des services de secours pour ses crises d’épilepsie récurrentes, a été retrouvé mort sous un dégagement où il campait de longue date en bordure du Boulevard Victor Hugo, à 50 mètres de l’Opéra-Comédie, le matin du samedi 16 novembre.

Tout récemment dans Le Poing, on se gaussait d’un reportage diffusé le 12 décembre (jour du décès de Momo, en tête de la liste qui précède), qui voulait faire croire en Montpellier comme « Nouvelle Californie française ». En effet. On y est. C’est l’Amérique. Versant Bronx ; relégation sociale assurée, dans la société ultra compétitive du chacun pour soi seul contre tous, à deux minutes de l’espace public le plus prestigieux de la ville.

Là, ce mardi 24 décembre, un cortège se frayait un passage entre terrasses, manège grotesque en sapin à capsules, et blocs de béton bleus estampillés « M ». Il se dirigeait vers le lieu du décès de Mohamed Boutahri. Là, une longue salve d’applaudissements, spontanée et sans discours préalable, marquait le point final d’une marche en son hommage. S’applaudir d’être quand même là, en puissance humaine rassemblée. Contre l’inhumanité. Et bonjour Noël.

Pas d’autres manifestations sonores, si ce n’est quelques cris amicaux invoquant la mémoire de Mohamed Boutahri. Sur la soixantaine de personnes présentes, la plupart le connaissaient personnellement ; compagnes et compagnons d’infortune majoritairement, professionnels du social et de la santé impliqués, une poignée d’anonymes, une pincée de militants.

Momo était populaire. Les SDF sont aussi des figures en ville. Il n’en a pas manqué dans les cortèges gilets jaunes. La galaxie squatteuse du Royal Occupé se souvient de ses passages. La page Facebook de l’Association humanitaire de Montpellier s’est noircie de dizaines et dizaines de mentions émues lorsque son décès fut connu. C’est à la lisière de l’une de ses maraudes, dont il pouvait bénéficier tout en prêtant la main volontiers, qu’il s’est éteint. Par là s’est montée une cagnotte pour permettre ses obsèques de l’autre côté de la Méditerranée.

Les panonceaux brandis ce mardi brodaient sur cette personnalité, ses bons mots. « Garde la pêche, mais avale pas le noyau », et tout l’humour assurant que « Momo n’était pas un chameau », comme il riait lui-même, à propos de ses capacités d’absorption. Il en est quand-même un où est inscrit : « La rue tue. On ne veut plus dormir dehors ». La marche a débuté dans le quartier des hopitaux-facultés, depuis les locaux du centre d’accueil et d’accompagnement Axess, en prévention et réduction des risques pour les pratiques addictives.

La rue va souvent avec. Et réciproquement. Deux tiers de SDF comptent parmi le millier (un peu moins) que ce centre reçoit de façon régulière dans l’année. Dans la rue, on meurt à 48 ans, contre 80 pour le restant de la population. Le problème est social, sanitaire, moral. Il rejoint celui du mal-logement. Sans chercher midi sous la méthadone. La marche pour Momo n’était pas une manifestation. C’est à peine si on y a entendu, dans une seule bouche, un « allons sortir le maire de son bureau ! ». Car la question est là. Il y a des politiques menées. Il y a des responsables qui les mènent. Il y a les start-upeurs de la Californie française. Il y a les soutiers de la liquidation ultra-libérale.

Tout récemment créé, le comité montpelliérain de Droit au Logement a rappelé bien des données, par communiqué, en marge de la manifestation. Entre 3 000 et 4 000 personnes vivent à la rue à Montpellier. C’est à dire 1% de la population de la Métropole. Est-ce titanesque, effrayant, insoluble, pour cette ville censée connaître l’une des plus hautes concentrations de la planète en cerveaux surdoués créatifs ? 13 000 logements – quatre fois plus que ces besoins – sont vacants à Montpellier. La loi prévoit que le maire a latitude pour faire procéder à des réquisition en cas de nécessité. Le préfet pareillement.

On est passé sous ses fenêtres, on aurait pu songer à le sortir de son bureau. Dans un interview récent au Midi Libre, interrogé sur la question des squats – ce fléau venu de rien ? manipulé par des idéologues ? – il s’est satisfait d’agiter les récentes décisions de justice concluant à des expulsions, qu’il va suffire de mettre à exécution. Pour combien d’errants supplémentaires ? De famille en bidonvilles ? De morts à la rue ? Le problème de fond est très simple à saisir : dans la Californie française, le bâtiment va, frénétique, il explose, en tout-spéculatif, investissement privé locatif défiscalisé, etc.

En regard de quoi, seulement 25 % des nouveaux logements HLM sont dans la catégorie à prix réellement accessibles aux populations défavorisées. « Les collectivités, Etat, Conseil départemental, Mairie, Métropole gérent des dispositifs inefficients (115, SIAO, DALO, SIPLO, PLH, PDALPD, etc, etc » souligne encore le DAL. « On y pratique plus la “gestion de l’attente” (pendant que la santé des sans-logis se dégrade, pendant qu’ils se marginalisent) plutôt que de chercher de véritables solutions de logement. Le plan Le logement d’abordfait un flop, faute de volonté politique. La première des choses qu’on propose aux sans logis c’est d’aller ailleurs ».

En opposition à quoi, le DAL formule toute une série de mesures très techniques, que pourraient mettre en pratique des autorités publiques qui le décideraient, de sorte qu’un toit soit réellement un droit.

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