« Je dois me reconstruire seul » : la société Paprec condamnée pour l’accident de travail de l’un de ses anciens salariés

Elian Barascud Publié le 5 novembre 2026 à 18:59 (mis à jour le 5 novembre 2026 à 19:00)
Image d'illustration du tribunal d'instance de Montpellier/ "Le Poing"

Le tribunal correctionnel de Montpellier a rendu ce jeudi 5 novembre son délibéré dans l’affaire de l’accident de Paul Masselin, scalpé et le bras broyé par une machine de tri du site Paprec de Lansargues en avril 2022. Paprec Méditerranée et Paprec Technique ont été reconnues coupables et condamnées à 170 000 euros d’amende au total. Pour la victime, c’est « un soulagement », mais « ce n’est pas fini »

Le délibéré était attendu le 8 juin. Après plusieurs reports, il est finalement tombé ce jeudi 5 novembre. Le tribunal correctionnel de Montpellier a reconnu la SAS Paprec Méditerranée coupable des faits qui lui étaient reprochés. Il l’a condamnée à 100 000 euros d’amende et à l’affichage de la décision pendant deux mois. Sa filiale Paprec Technique, qui a conçu la majorité des équipements du site, a elle aussi été reconnue coupable. Elle écope de 70 000 euros d’amende et d’un affichage de la décision pendant la même durée. Lors de l’audience du 8 avril, la procureure avait requis 100 000 euros d’amende contre chacune des deux sociétés. Leurs avocats avaient plaidé la relaxe.

Les deux sociétés devront verser conjointement 3 000 euros à Paul Masselin. L’indemnisation de ses préjudices n’est pas réglée par ce jugement : elle sera examinée par le pôle social du tribunal judiciaire, compétent en matière d’accidents du travail. Les parties disposent de dix jours pour faire appel.

Quarante non-conformités

Le 8 avril 2022, Paul Masselin, alors intérimaire chargé du nettoyage des machines, entre dans une machine de tri qu’il croit à l’arrêt. L’hélice tourne encore. Elle lui scalpe le crâne et lui coince le bras gauche. Il souffre d’une double fracture au poignet, d’une fracture à l’omoplate et doit recevoir 45 points de suture au crâne. Son incapacité totale de travail atteint six mois et six jours. L’expertise demandée par l’inspection du travail avait relevé une quarantaine de non-conformités sur la machine, dont un système d’arrêt défaillant. Aucun document n’attestait que le salarié avait été formé à son poste.

« Je dois me reconstruire seul »

À la sortie de l’audience, Paul Masselin, 27 ans, mesure la portée de la décision : « C’est une mauvaise publicité pour Paprec, même si l’amende reste dérisoire : c’est à peine quelques heures de fonctionnement des machines. C’est un soulagement de savoir qu’ils ont été condamnés après quatre ans d’attente, mais ce n’est pas fini, il faudra voir les indemnités devant un autre tribunal. »

L’avenir reste incertain. « J’ai toujours énormément de rendez-vous médicaux qui m’empêchent de travailler de nouveau, et je ne pourrai plus jamais exercer ma profession à cause de mes séquelles, explique l’ancien électricien. Aucun dispositif de l’État ne m’aide pour l’instant pour une reconversion professionnelle. J’ai eu un accident dont je ne suis pas responsable et je dois me reconstruire seul. »

Nîmes, l’autre dossier

La machine de Lansargues n’était pas un cas isolé. Selon l’inspection du travail, Paprec en exploitait six du même modèle en France. Quatre ont été retirées, mais deux sont restées en service, à Lansargues et à Nîmes. C’est sur celle de Nîmes que Jules Pertet, 21 ans, a trouvé la mort en juillet 2023. Le 26 mars dernier, le directeur du site nîmois, David Dumaine, a été condamné pour homicide involontaire à trois ans de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende. La société a été condamnée à 225 000 euros d’amende et a fait appel. En 2025, un troisième accident du travail mortel s’est produit sur ce même site de Nîmes.

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