Politique
Analyse 14 novembre 2018

La députée FI Muriel Ressiguier va présider une commission d’enquête sur l’ultra droite

par Le Poing

La députée Muriel Ressiguier, élue de la seconde circonscription de l’Hérault sur une liste France Insoumise, a depuis le début de son mandat fait de la lutte contre l’extrême-droite son cheval de bataille. Elle a envoyé une lettre à l’ancien ministre de l’intérieur Gérard Collomb en juillet 2017 et une autre à Emmanuel Macron en mars 2018 pour leur demander de dissoudre la Ligue du Midi – groupuscule identitaire cévenol violent, raciste, sexiste et homophobe. Elle a chanté « Siamo tutti antifascisti » (« Nous sommes tous antifascistes ») lors d’une manifestation organisée le 30 mars dernier par le comité de mobilisation de la faculté de droit de Montpellier en réaction à l’attaque d’un commando armé et cagoulé contre des étudiants en lutte – les militants de la Ligue du Midi Martial Roudier et Jordi Vives ayant été interpellés et perquisitionnés dans le cadre d’une enquête sur cette affaire. Enfin, elle a déposé en mai dernier à l’assemblée nationale une proposition de résolution « contre les groupuscules d’extrême-droite en France » mettant en cause la Ligue du Midi, le GUD, le Bastion social, Génération identitaire ou bien encore l’Action française : « tous ces groupes ont en commun la violence, l’incitation à la haine raciale, homophobe et sexiste ».

« Il faut mettre un terme aux groupuscules d’ultra droite »

Sa volonté de lutter contre l’extrême-droite l’a conduite à être récemment désignée par la France insoumise pour présider une commission d’enquête de l’assemblée nationale – un « droit de tirage » annuel permettant l’inscription à l’ordre du jour d’une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête étant reconnu à chaque groupe parlementaire minoritaire. « La résolution est examinée par une commission pour vérifier sa légalité, mais si on a pu la déposer, ça veut dire qu’elle est dans les clous » juge Muriel Ressiguier. « L’objectif, c’est de faire un état des lieux des actions de l’ultra droite contre les institutions et contre les citoyens pour mettre en place des outils, comme la dissolution, pour mettre un terme aux groupuscules d’ultra droite. La commission se constituera entre mi-décembre et début janvier et sera active pendant trois à six mois. Je présiderais la commission mais le rapporteur sera probablement membre de La République en marche (parti politique fondé par Emmanuel Macron, ndlr), et la composition de la commission reflétera celle de l’assemblée nationale, donc il y aura une majorité de députés En Marche. Si le rapport de la commission me convient, je le soutiendrais, sinon j’établirais mon propre rapport et je le rendrais public. Concrètement, je vais pouvoir établir une liste de gens que je vais auditionner, mais il n’est pas permis de poser des questions sur des affaires en cours ».

Quelles marges de manœuvre ?

La prédominance de députés favorables au gouvernement réduit considérablement les chances de cette commission d’aboutir à des mesures concrètes pour neutraliser les groupuscules d’extrême-droite. Le parquet, directement rattaché à la ministre de la justice, n’a pas empêché les militants identitaires de patrouiller en avril dernier dans les Alpes à la recherche de migrants et s’est tu sur le placement en détention provisoire de militants venus spontanément pour dénoncer l’action raciste de ces identitaires, et ce matin, six personnes accusées d’avoir muré le local lyonnais du groupe fasciste Bastion social ont été interpellés et placés en garde à vue. Emmanuel Macron n’est pas antifasciste, et les députés qui le soutiennent ne vont donc probablement pas s’investir réellement dans cette commission. Par ailleurs, on peut douter de l’utilité de se servir d’institutions étatiques pour lutter contre le fascisme : si un arrêté municipal a récemment été pris pour faire fermer le local lyonnais du Bastion social, ce même type d’arrêté a été utilisé pour justifier la fermeture, début novembre, de l’Engrenage, lieu alternatif, associatif et militant de Grenoble. Pour le Groupe antifasciste Lyon et environs, la « lutte antifasciste doit rester autonome » : « nous ne nous réjouissons pas des méthodes liberticides que la bourgeoisie utilise car elles se retournent bien souvent contre notre camp. »


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