Le préfet de l’Hérault est prêt à tout pour faire taire les soutiens à la Palestine

Le Poing Publié le 27 octobre 2023 à 12:09 (mis à jour le 28 octobre 2023 à 10:32)
Le rassemblement du 21 octobre à Montpellier a rassemblé jusqu'à 2 500 personnes ("Le Poing")

Le préfet de l’Hérault François-Xavier Lauch interdit le rassemblement de soutien à la Palestine prévue ce 28 octobre sur la place de la Comédie, à Montpellier. Il avait déjà pris un arrêté similaire la semaine dernière, mais il avait été cassé par le tribunal administratif. Même chose cette semaine. Les arguments avancés pour justifier l’interdiction sont très douteux.

Le 24 octobre, lors d’une session parlementaire, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin fanfaronnait : « Nous avons été les seuls en Europe à le faire, nous avons interdit toutes les manifestations pro-Hamas ». Dans les faits, ce ne sont pas les manifestations pro-Hamas qui sont interdites, mais tous les rassemblements de soutien au peuple palestinien, pourtant menacé par un « nettoyage ethnique massif » pour reprendre les termes d’une experte indépendante des droits de l’homme de l’ONU. La volonté du gouvernement d’interdire automatiquement ces manifestations a été retoquée par le Conseil d’Etat, qui laisse cependant la possibilité aux préfets de prononcer des interdictions au cas par cas.

La semaine dernière, le préfet de l’Hérault avait déjà pris un arrêté d’interdiction d’une manifestation pro-Palestine, finalement cassé par le tribunal administratif, et 2 500 personnes avaient bel et bien exprimer leur colère à Montpellier. Il a récidivé en interdisant le rassemblement prévu le 28 octobre 2023 à partir de 15 heures sur la place de la Comédie, à Montpellier, notamment organisée par BDS 34 (Boycott-Désinvestissements-Sanctions).

Pour se justifier, le préfet de l’Hérault évoque pêle-mêle le « placement en garde à vue d’une personne pour menace de mort sur personnel enseignant », sans date ni contexte. Il fait part de craintes de « confrontations » entre « individus de la mouvance pro-palestinienne et membres de la communauté juive », sans ne pouvoir citer ne serait-ce qu’un exemple d’une telle confrontation à Montpellier. Il dénonce le fait que le slogan « Israël assassin – Macron complice » ait été scandé lors de la dernière manifestation, est-ce interdit ?

Plus inquiétant, il est évoqué une enquête préliminaire confiée par le procureur à la sûreté départementale de l’Hérault, le préfet considérant que « la foule » aurait été incité, lors de la manifestation du 21 octobre, à « chercher sur le moteur de recherche Google » la présidence locale du Conseil représentatif des institutions juives de France. On a vu des menaces plus étayées.

Le préfet justifie aussi l’arrêté par la tenue, le 28 octobre au soir, d’une conférence organisée à la salle Pagézy par la communauté juive : « il ne serait pas à exclure que les éléments les plus radicaux de la manifestation du 28 octobre après midi profitent de la venue du Grand Rabbin de France pour dénoncer leurs revendications vis-à-vis de la religion juive et surtout vis-à-vis d’Israël. » Par cette accusation gratuite et insultante, pure spéculation, le préfet de l’Hérault traduit sa vraie pensée : pour lui, les soutiens au peuple palestinien sont gangrénés par des antisémites qui seraient prêts à aller se battre contre des Juifs. L’arrêté interdit d’ailleurs un rassemblement propalestinien le soir devant la salle Pagézy… alors qu’il n’en a jamais été question !

Le préfet de l’Hérault mentionne aussi l’exaspération des commerçants. Les Palestiniens sous les bombes sont donc priés d’avoir une pensée pour les vendeurs de gaufres de Montpellier…

Finalement, et comme la semaine dernière, le tribunal administratif, saisi en référé, a annulé l’arrêté préfectoral interdisant le rassemblement. Il aura donc lieu.

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