Rassemblement pour la libération des prisonniers politiques catalans, le 18 octobre 2019 à Montpellier.
Trois rassemblements se sont succédé dans la semaine. Mais la question indépendantiste, souvent caricaturée, inspire beaucoup de méfiance.
Jean Jaurès (sa statue) s’est retrouvé drapé dans une bannière indépendantiste catalane vendredi soir. Cela à l’initiative de soixante-dix manifestants (environ) réunis en soutien aux neuf leaders catalans condamnés à de lourdes peines de prison (de neuf à treize années) par le tribunal suprême espagnol. Ces manifestants se souvenaient ainsi que le 13 février 1941, à ce même endroit, la statue du vieux leader socialiste était déboulonnée par des étudiants montpélliains d’extrême-droite, galvanisés par la rencontre entre le général Franco et le maréchal Pétain.
Dès le mardi précédent, peu après l’annonce du jugement, une quarantaine de manifestants pénétraient dans la cour du Consulat d’Espagne, cours Gambetta. Cette action assez déterminée rebondissait par un nouveau rassemblement le soir même. Reste que durant toute cette semaine, le nombre de manifestants mobilisés a paru bien limité. Au regard des droits de l’homme, les prisonniers catalans n’ont rien fait de pire qu’organiser pacifiquement un référendum, en stricte application du programme sur lequel ils avaient été élus. On pourrait donc imaginer qu’ils bénéficient d’un soutien plus chaleureux face à la répression (*).
Mais on sent bien que c’est la question de l’indépendantisme qui fait problème dans le mental hexagonal. Et cela aussi bien – sinon plus – à gauche qu’à droite. Les Français adorent les minorités opprimées quand elles vivent au Kurdistan, au Tibet ou en Amazonie. Mais ils sont terriblement embarassés quand des questions d’identités communautaires viennent contrarier, près d’eux, le roman républicain universaliste abstrait (et les populations post-coloniales en connaissent elles aussi tout un rayon).
Ainsi, le mouvement catalan est-il souvent réduit à une révolte fiscale de nantis refusant de partager. Et, par principe, forcément tribal, ethniciste, communautariste, cultivant le repli. La question n’est pas ici de trancher pour ou contre l’indépendantisme catalan, mais d’en complexifier quelque peu la compréhension. Multiple et profond, actif dans toute l’époque moderne et contemporaine, le catalanisme est une problématique incontournable au sud de la frontière.
A l’instar de l’Ecosse ou du Québec, la boussole de ce nationalisme tire plutôt vers la gauche. Tout du moins il incarne l’aspiration de la société catalane à se défaire de l’emprise d’un Etat espagnol perçu comme pétri de l’héritage des oligarchies, aristocraties, archaïques, impériales, militaristes, catholiques et post-franquistes. La société civile catalane se pense très urbaine (Barcelone est une quasi ville état), ouverte aux mouvements sociaux, à l’innovation, aux courants internationaux.
Barcelone a connu la seule grande manifestation en Europe (600 000 participants) en faveur de l’accueil des migrants. Et, quelque valeur qu’on accorde à ce registre, les urnes en font la région d’Europe électoralement la plus à gauche. L’indépendantisme y fut très minoritaire jusque voici peu. C’est en 2010 qu’il s’éveille subitement, quand un nouveau statut d’autonomie adopté par trois quarts des électeurs est refusé par la Cour suprême espagnole, où domine le seul Partido popular, de droite dure et totalement corrompu. La confiance était trahie.
A ce jour, l’indépendantisme n’est majoritaire que d’un fil en Catalogne. Une très large partie de la population, est issue des autres régions d’Espagne, du temps des migrations économiques internes. Elle est indifférente. Sinon unioniste. En revanche, un fait est sûr : quatre habitants de la Catalogne sur cinq est favorable à la tenue d’un référendum, qui permettrait de trancher la question. C’est à cela que l’État espagnol ne répond, obstinément, que par la répression.
G.M. & W.O.
(*) Sous réserve de l’évolution de la situation sur le terrain, un nouveau rassemblement devrait avoir lieu vendredi 25 octobre à 12h30, devant le Consulat espagnol.
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