L’Observatoire des libertés de Montpellier dénonce les pratiques policières lors du mouvement lycéen

Elian Barascud Publié le 5 octobre 2026 à 10:20
La police a fait usage de gaz lacrymogène sur l'Esplanade Charles de Gaulle, à proximité du lycée Joffre, vendredi 2 octobre. ("Le Poing")

Gaz lacrymogène, charges sans sommation, agents sans matricule visible : l’Observatoire des libertés de Montpellier recense les pratiques policières des 1er et 2 octobre face aux lycéen·nes, dont une jeune fille de 17 ans grièvement blessée à l’œil. Ce lundi 5 octobre, alors que des établissements sont encore bloqués, un rassemblement est appelé à 18 heures devant la préfecture pour dénoncer la répression du mouvement lycéen

Ce lundi 5 octobre, plusieurs lycées montpelliérains sont encore bloqués. Parti de Créteil et d’Île-de-France fin septembre, le mouvement a gagné Montpellier le mardi 29 septembre, à Joffre, Jean-Monnet et Jules-Guesde. Les élèves réclament des moyens : des classes moins chargées, plus de profs, de surveillant·es, d’infirmier·es scolaires et de psychologues, des bâtiments où l’on peut travailler sans suffoquer en septembre. La réponse est surtout venue sous forme de casques et de gaz.

L’Observatoire des libertés de Montpellier (OLM), groupe d’observateur·ices lié à la Ligue des droits de l’Homme, a publié un communiqué qui recense les « faits préoccupants » relevés pendant les journées du 1er et du 2 octobre.

Des matricules aux abonnés absents

Premier constat de l’OLM : « sur de nombreux sites », des policiers et des gendarmes, en uniforme comme en civil, ne portaient pas leur RIO de manière visible. Ce numéro d’identification individuel, qui permet d’identifier un agent, est pourtant obligatoire.

L’observatoire rapporte aussi des tirs de gaz lacrymogène sur des lycéen·nes, notamment devant le lycée Pierre-Mendès-France, par la Compagnie départementale d’intervention (CDI). Au lycée Jean-Mermoz, où un départ de feu avait été signalé le 1er octobre, des policiers de la brigade anticriminalité (BAC) seraient entrés dans l’établissement et auraient tiré du gaz depuis l’intérieur.

Dans le quartier Antigone, l’OLM dit avoir constaté plusieurs charges sans sommations préalables. Devant le Polygone, trois médics, ces secouristes bénévoles qui suivent les manifestations, ont été pris à partie par des policiers selon l’observatoire : sacs fouillés, visages photographiés, notamment en vue d’une inscription au fichier des antécédents judiciaires.

Les gendarmes n’ont pas été en reste. Des unités du PSIG (pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) ont été déployées devant le lycée Georges-Pompidou pour y mener des contrôles d’identité. Près du lycée Joffre, des véhicules de police seraient arrivés à vive allure pour une interpellation, en zigzaguant entre les manifestant·es.

La police municipale, toujours là pour « faire la circulation »

Devant Mermoz, la police municipale a elle aussi été déployée, munie notamment de boucliers. Selon l’OLM, elle a chargé des manifestant·es positionné·es aux abords du lycée, alors qu’elle ne dispose « d’aucune compétence » en matière de maintien de l’ordre.

Ce n’est pas la première fois que l’observatoire relève sa présence. Le 10 septembre 2025, la LDH de Montpellier avait déjà signalé des policiers municipaux casqués, équipés de boucliers et disposés en ligne dans le dispositif policier de la place de la Comédie. La mairie avait alors démenti, expliquant qu’ils étaient là pour réguler la circulation. Treize mois plus tard, la circulation semble s’être déplacée devant les lycées.

Une lycéenne de 17 ans blessée à l’œil

Le fait le plus grave relevé par l’OLM date du vendredi 2 octobre. Ce jour-là, la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, avait ordonné la fermeture de plusieurs établissements après les départs de feu de la veille, et lycéen·nes et étudiant·es de Paul-Valéry s’étaient retrouvé·es devant le lycée Clemenceau. La matinée a tourné au face-à-face : des jeunes habillés de noir ont tiré des mortiers et lancé des projectiles, la police a répliqué au gaz lacrymogène.

D’après l’observatoire, une lycéenne de 17 ans, qui se tenait immobile devant l’établissement avec d’autres manifestant·es, a été grièvement blessée à l’œil lors d’une charge de la CDI menée sans sommation. Elle souffre de deux fractures au visage.

Le même jour, le journaliste Valentin Levetti, fondateur de Stupmedia, a été percuté à la jambe par un policier à moto alors qu’il filmait le mouvement. Il portait un brassard « presse ». Le RIO du policier, lui, n’était pas visible, selon l’OLM. Le journaliste a annoncé son intention de porter plainte.

Neuf jeunes devant le tribunal

L’OLM a compté une quinzaine d’interpellations le 1er octobre et une dizaine le 2. Samedi 3 octobre, neuf jeunes ont été déférés au tribunal de Montpellier, poursuivis pour dégradations et jets de projectiles. Ils seront jugés le 8 décembre.

Parmi eux, un adolescent de 15 ans à qui il est reproché d’avoir lancé un feu d’artifice et une motte de terre sur des policiers devant Clemenceau. Sa mère décrit une interpellation violente et compte porter plainte. Placé sous contrôle judiciaire, il n’a plus le droit de s’approcher d’une manifestation. Ce qui pose une question pratique à sa mère : comment aller en cours si son lycée est de nouveau bloqué ?

Rassemblement ce soir devant la préfecture

Pour dénoncer la répression du mouvement lycéen et demander l’arrêt des poursuites, les syndicats Force ouvrière de l’éducation et de l’enseignement supérieur appellent à un rassemblement ce lundi 5 octobre à 18h devant la préfecture de l’Hérault. Le lendemain, mardi 6 octobre, l’Union syndicale lycéenne et l’Union étudiante appellent à une journée nationale de mobilisation, pour un financement massif des lycées et des universités.

Un lycéen de Clemenceau résumait la semaine dès le 1er octobre : « On demande des moyens, ils nous envoient la police. »

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