Montpellier : grève dans le médico-social pour demander la prime Ségur et des hausses salariales

Elian Barascud Publié le 5 avril 2024 à 14:46
Les travailleurs du secteur médico-social étaient en grève ce jeudi 4 avril à Montpellier. ("Le Poing")

Ce jeudi 4 avril, des travailleurs de l’association UNAPEI 34, qui accompagne les personnes en situation de handicap mental ou psychique, ainsi que leur famille, étaient en grève, ainsi que d’autres agents du secteur du médico-social, dans le cadre d’une journée d’action nationale. Ils demandent des augmentations salariales et l’octroi de la prime Ségur pour tous et toutes

Sur les plus de 800 salariés de l’association UNAPEI 34, qui accompagne les personnes en situation de handicap ainsi que leur famille, 45 % étaient en grève ce jeudi 4 avril selon les syndicats de l’entreprise, tous mobilisés. (CGT, FO, Sud, CFE-CGC). Répartis dans les 32 établissements sur tout le département, les grévistes venant de Frontignan, Saint-Martin de-Londres ou encore de Castelnau étaient présents devant le siège de l’association, situé dans le quartier Malbosc à Montpellier. Plusieurs autres travailleurs d’autres structures du secteur étaient également venus en soutien. “C’est partout pareil, on n’a pas eu la prime Ségur”, commentait l’un d’eux, qui travaille dans une maison d’enfants à caractère social dans l’ouest héraultais.

Précarité et manque de reconnaissance

Une mobilisation qui s’inscrit dans un cadre national pour dénoncer une convention collective “nivelée par le bas” selon les syndicats, et une inégalité concernant l’octroi des primes Ségur, mais qui a une résonance toute particulière pour l’UNAPEI 34, car celle-ci a déjà fait quatre jours de grève depuis le 6 février dernier.

“On a des tous petits salaires, on est parfois en dessous des conditions de vie des gens qu’on accompagne. Les activités et sorties qu’on propose aux personnes en situation de handicap avec qui on travaille, certains ne peuvent même pas les faire avec leurs enfants”, soufflait Sophie Vidal, monitrice-éducatrice, déléguée syndicale CGT et élue à la commission exécutive de l’union départementale CGT action sociale. “On demande à ce que tout le monde touche la prime Ségur, et on se bat sur notre convention collective.”Aujourd’hui, on se dirige vers une tarification à la tâche, comme à l’hôpital.”

Son collègue Stéphane Barreau, délégué syndical à Force ouvrière, élu à la section départementale de l’action sociale FO 34 et membre de la section fédérale des cadres de l’action sociale FO, complétait : “Aujourd’hui, un fait rarissime se produit : les travailleurs en situation de handicap de l’entreprise adaptée de l’UNAPEI sont en grève aussi !” Cécile, qui travaille à l’Etang de l’Or, l’un des établissements de l’UNAPEI, spécialisé dans l’entretien et la création d’espaces verts, mais aussi la maintenance et la réparation mécanique, ou la gestion électronique des documents, soudure sur métaux, en fait partie. “Depuis 22 ans que je travaille dans cette entreprise adaptée, je n’ai eu aucun avancement lié à l’ancienneté, je suis toujours au SMIC, car nous sommes sur la convention collective du paysagisme. Aujourd’hui, on demande une hausse de salaire et des primes d’intéressement. On fait tout le sale boulot mais on a aucune reconnaissance.”

Un fait jugé scandaleux par les syndicats, qui parlent d’une “institution multimillionnaire, grande propriétaire terrienne, en expansion depuis plus de 15 ans, qui crée des projets.” Parmi leurs revendications figure “la redistribution des millions d’euros de réserves financières de l’employeur vers les salaires et l’amélioration de la prise en charge des usagers et des conditions de travail des salariés.”

Rencontre avec la direction

L’énonciation des revendications a continué dans le bureau de Fabien Bonnet, directeur général de l’UNAPEI, qui a reçu une dizaine de salariés, et les a écouté en prenant des notes. Qualité des repas en baisse dans certains établissements de l’association avec parfois des aliments périmés, manque d’attractivité du secteur, management agressif conduisant à des arrêts maladies ou des départs, jours de congés en moins sur certains établissements, demande de primes d’intéressements… Plusieurs agents ont fait remonter divers problèmes au sein de la structure. “Sur les repas, nous avons fat une réunion de crise avec les prestataires, l’hygiène n’est pas une question d’argent, un plan d’action est en cours”, a assuré le directeur général. “Je vais planifier mon emploi du temps pour faire le tour des établissements et prendre le temps de discuter avec les gens”, a-t-il précisé.

Mais c’est surtout la question de l’octroi de la prime Ségur qui a été au centre des discussions. La direction l’a assuré : “Il y a déjà eu des primes Covid qui ont été versées et qui n’étaient pas obligatoires. Aujourd’hui, sur le Ségur, notre syndicat patronal demande à l’État d’agir pour que tout le monde les perçoive. On exige même que le versement de ces primes soit un préalable à la négociation de la convention collective.”

Les négociations continuent

Mardi 2 avril, les syndicats s’étaient déjà réunis avec la direction pour négocier quatre primes différentes : une prime sur la valeur ajoutée, une prime sur l’intéressement des salariés de l’entreprise adaptée, qui sont pour la plupart des travailleurs en situation de handicap, la prime Ségur et une prime de 200 euros à toutes les personnes en situation de handicap, qu’elles soient en Esat ou en entreprise adaptée. A noter que selon les syndicats, “en ESAT, ces hommes et ces femmes travaillent pour un salaire inférieur au SMIC, 35 heures par semaine pour 55% à 70% du SMIC. La valeur du travail d’une travailleuse ou d’un travailleur en situation de handicap vaut de 5% à 20 % du SMIC soit environ 100 € par mois. La productivité de l’ESAT et la compétitivité de ses produits reposent ainsi sur des salaires indécents.”

Les négociations doivent se poursuivre dans le courant du mois. Les syndicats ont déjà obtenu dans ces négociations le versement d’une prime versée en mai pour les salaires les plus bas. Ce que confirme Fabien Bonnet, directeur général de l’association. “Tous les salariés auront une prime, on est en train de faire le nécessaire. Pour le reste, l’accord n’a pas été signé.” De leur côté, les syndicats ont encore une crainte : que ces primes, conditionnées à la présence en entreprise, ne soient pas versées aux agents ayant fait grève pendant la réforme des retraites au printemps dernier. “Cela serait la double peine”, décrivait Laurent Ménardo, délégué syndical CGT. “On va continuer de négocier là-dessus, ainsi que sur la réintégration des jours de congés supprimés dans certains établissements.”

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