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Analyse 27 février 2019

Montpellier. Les gilets jaunes vont-ils se joindre au Carnaval des Gueux ?

par Le Poing
Tous les mardis gras, des centaines voire des milliers de montpelliérains se donnent rendez-vous à 19h au parc du Peyrou pour le Carnaval des Gueux. Une vieille coutume populaire parfaitement inorganisée, forcément illégale, à la gloire des sales mômes, des vieux réfractaires, des fous sensés, des joyeux enragés i tutti quanti. Déjà, en 1985, le Midi Libre en parle comme d’un « véritable pugilat » et dénonce les « quelques casseurs [qui] s’étaient glissé dans la sarabande pour accomplir leurs basses œuvres, casser des vitrines notamment ». Le refrain des autorités n’a jamais changé. En 2017, le préfet Pierre Pouëssel dénonçait « des anarchistes [qui ont] provoqué et agressé les forces de l’ordre » et la porte-parole des commerçants Odette Daudé assurait que « jamais on a vu les gueux faire autant de dégâts ». En 2018, les policiers – déployés en nombre et assistés par un canon à eau – avaient réussi à empêcher les carnavaliers d’accéder au centre-ville et la fête avait débordé dans le quartier Figuerolles. L’édition 2019, qui rassemble déjà plusieurs centaines de personnes sur facebook, aura lieu le 5 mars. Le maire Philippe Saurel a une nouvelle fois signé un arrêté d’interdiction, et il a écrit au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner pour obtenir des moyens pour réprimer les carnavaliers.

Illégalité et festivité

De tout temps et en tous lieux, le Carnaval est un moyen de répondre au besoin ancestral de retourner les valeurs de la société, dans la joie et la bonne humeur. Les policiers jouant inlassablement leur rôle de rabat-joie, tout l’enjeu pour les carnavaliers sera de déambuler dans l’illégalité tout en préservant le caractère festif de l’événement. Traditionnels déguisements, chants déjantés, mises en scène provocantes, travestissements audacieux de l’espace public : le mardi, tout est permis. La chorale du Cri du Cœur répète d’ores et déjà des chants carnavalesques… L’année dernière, des sculptures à l’effigie du maire Philippe Saurel et du « journaliste » d’e-metropolitain Jean-Marc Aubert ont été malmenées pendant le carnaval…

Un Carnaval jaune ?

Comme presque tous les événements politiques et sociaux, le Carnaval des Gueux est évidemment marqué cette année par le contexte des gilets jaunes. Leur capacité à défier les autorités n’est plus à prouver, et les racines profondément contestataires du Carnaval pourraient bien en inciter plus d’un à rejoindre la fête. Le compte-rendu de la dixième assemblée générale des gilets jaunes de Montpellier mentionne que « le carnaval des gueux a été évoqué » et lors de l’acte XIV, un gilet a tagué dans le quartier des Beaux-arts : « Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux. Karnaval 5 mars. » Les gilets jaunes carnavalesques vont-ils (symboliquement) brûler Saurel, Castaner et Pouëssel ? Réponse le 5 mars.



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