« Plus d’argent pour les paysans » : à Montpellier, la colère agricole sur un chemin de crête

Le Poing Publié le 26 janvier 2024 à 15:03 (mis à jour le 26 janvier 2024 à 15:33)
Mobilisation des "agriculteurs en colère", le 26 janvier 2024 devant la préfecture de Montpellier

Depuis quelques jours, les agriculteurs en colère s’activent partout en France et en Europe. Ils sont mobilisés par centaines ce 26 janvier à Montpellier, dans une ambiance aussi réjouissante qu’inquiétante. Tout se joue maintenant pour que les revendications sociales légitimes prennent le dessus.

Augmentation du prix de l’essence, suppression de subventions, tensions liées à l’eau, modèle agricole en crise, nouvelles normes sur la souffrance animale… Les agriculteurs se soulèvent en Allemagne, Pologne, Hongrie, Roumanie, Italie. Et bien sûr en France. A Carcassonne, le comité d’action viticole a revendiqué l’explosion d’un bâtiment de la Dreal, l’organisme de l’Etat en charge des questions d’environnement. Le mouvement est radical mais ne s’attire pas les foudres de l’Etat. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a même osé cette phrase : « on ne répond pas à la souffrance en envoyant des CRS ». Les gilets jaunes apprécieront. Le Premier ministre Gabriel Attal se dit à l’écoute du mouvement, et des annonces devraient bientôt tomber.

Un palmier en feu à Prés d’Arènes, à Montpellier, le 26 janvier 2024, lors du mouvement des agriculteurs en colère

Une colère radicale et légitime

Preuve que le mouvement serait faussement contestataire ? Loin de là. C’est d’abord le rapport de forces qui impose cette timidité de l’Etat. Que les autres secteurs professionnels en lutte qui souhaiteraient eux aussi tenir en respect la police s’en donne les moyens. Mais reconnaissons que le mouvement est piloté par la FNSEA, un puissant syndicat agricole en place dans toutes les sphères de pouvoirs, et qui est prêt à montrer les crocs pour défendre un modèle agricole productiviste pourtant suicidaire pour les paysans et pour l’Humanité d’une manière générale (pesticides, endettement, exploitation des étrangers, souffrances animales…) De son côté, la Confédération paysanne soutient le mouvement, en se dissociant de la FNSEA : « Nous lutterons sur le terrain contre toute forme de récupération de nos colères pour attiser le chaos, encourager le repli sur soi et in fine poursuivre la fuite en avant d’un système qui nous met en concurrence les uns contre les autres. Nous appelons également à des mobilisations pacifiques respectueuses des personnes, des biens publics et exemptes de racisme, sexisme ou toute autre forme de discrimination. » La CGT a aussi appelé ses militants à rejoindre le mouvement.

Blocage de l’autoroute A9 depuis le péage de Saint-Jean-de-Védas, le 26 janvier 2024 lors du mouvement des agriculteurs en colère

Les fachos en embuscade

A Montpellier, l’ambiance était en demi-teinte ce 26 janvier. Des convois rassemblant des centaines de personnes et des dizaines de tracteurs ont convergé vers le péage de Saint-Jean-de-Védas et les autoroutes A9 et A7 ont fermé. Un palmier a aussi brûlé à Prés d’Arènes. Tout le monde s’est rejoint devant la préfecture de Montpellier, devant laquelle un grand brasier a été allumé. A noter qu’une milice néonazie lancée début janvier, « Le Bloc Montpelliérain », a patrouillé lors du rassemblement, ont expulsé un militant communiste et ont tenté d’intimider plusieurs personnes comme perçues d’extrême-gauche, dont un journaliste indépendant à qui il a été reproché de ne pas être un « vrai français » en raison de son accent… Plusieurs élus étaient présents, dont maire d’extrême-droite de Béziers Robert Ménard (mais aussi des élus PS, PC, LR…) Il a aussi été entendu une prise de parole estampillé FNSEA tenant à se dissocier des Soulèvements de la Terre, pour inviter le préfet à venir descendre discuter, « parce qu’ici on n’est pas anti-flic ». Le préfet de l’Hérault François-Xavier Lauch est effectivement descendu et il ne lui est rien arrivé, ce qui avait le don d’énerver les quelques gilets jaunes présents.

Discussion apaisée entre le préfet de l’Hérault et des agriculteurs en colère de la FNSEA, le 26 janvier 2024 à Montpellier

Tout est possible

Comme toujours, la couleur du mouvement sera celle que les gens voudront bien lui donner. Il y avait d’ailleurs aussi beaucoup de non-syndiqués dans le cortège, des petits paysans précaires aux gros patrons. Sous la pression des services de renseignement, l’Etat va-t-il céder aux revendications de la FNSEA, contraignant le syndicat agricole à demander à sa base de rentrer au bercail, ce qui laisserait alors entrevoir une possible radicalisation du mouvement ? L’extrême-droite va-t-elle s’y développer ou, comme à l’époque des gilets jaunes, rapidement disparaitre ? Affaire à suivre.

Des militants d’extrême-droite ont joué un rôle de milice, en tentant d’intimider des personnes perçues comme n’étant pas des “vrais français”, le 26 janvier 2024 à Montpellier lors du mouvement des agriculteurs en colère

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