Symboles nazis dans des lycées d’Occitanie : Carole Delga interpellée sur la montée de l’extrême droite à l’école

Elian Barascud Publié le 13 janvier 2026 à 17:05
Parmi les faits signalés figure la présence répétée de tags fascistes au lycée Georges-Pompidou de Castelnau-le-Lez, où des croix celtiques et le slogan « Europe Jeunesse Révolution » ont été retrouvés. 'DR)

Croix celtiques, slogans suprémacistes, intimidations : le syndicat SUD Collectivités territoriales interpelle Carole Delga après la découverte répétée de symboles néo-nazis dans plusieurs lycées d’Occitanie, tandis que syndicats de l’Éducation nationale et parents d’élèves alertent sur une montée de l’extrême droite à l’école

Croix celtiques taguées dans les sanitaires, slogans suprémacistes gravés sur les murs, autocollants de groupuscules identitaires aux abords des établissements : dans plusieurs lycées d’Occitanie, des symboles d’extrême droite ont été découverts ces derniers mois. Une situation jugée suffisamment grave pour que le syndicat SUD collectivités territoriales région Occitanie adresse une lettre ouverte à la présidente de Région, Carole Delga, rendue publique le 8 janvier.

Parmi les faits signalés figure la présence répétée de tags fascistes au lycée Georges-Pompidou de Castelnau-le-Lez, où des croix celtiques et le slogan « Europe Jeunesse Révolution » ont été retrouvés dans les toilettes des élèves. Selon le syndicat, une croix celtique a même été apposée directement sur le logo de la Région avant d’être effacée par les services, sans que la question d’un dépôt de plainte ne soit clairement tranchée. D’autres établissements sont cités, comme le lycée Le Garros à Auch, où des gravures de croix celtiques ont également été relevées.

« Dog whistle »

Dans un communiqué diffusé sur Instagram, des lycéens de Georges-Pompidou parlent d’« attaques répétées » menées depuis le mois octobre par « l’extrême droite néo-nazie ». « Ce n’est pas du vandalisme, c’est une offensive idéologique », écrivent-ils, dénonçant une stratégie d’intimidation et de marquage du territoire. Ils appellent à ne pas banaliser ces actes et à refuser « le silence complice ».

Si certains de ces signes peuvent sembler anodins ou obscurs, leur signification est pourtant bien documentée. Selon le site Indextrême, spécialisé dans les symboles repris par l’extrême droite, la croix celtique — à l’origine un symbole ancien mêlant roue solaire préchrétienne et croix chrétienne — a été progressivement détournée par les mouvances nationalistes et néonazies au XXᵉ siècle. Utilisée dès l’entre-deux-guerres par des courants collaborationnistes et reprise après 1945 par des groupes d’extrême droite radicale comme Jeune Nation ou Occident, elle est aujourd’hui un marqueur central du suprémacisme blanc et du néonazisme. En France comme en Europe, la croix celtique sert de « dog whistle » : un signe de reconnaissance compris des initiés, mais suffisamment ambigu pour passer inaperçu ou être minimisé.

« Climat de banalisation du racisme »

SUD CT alerte aussi sur un climat plus large de banalisation du racisme et des discriminations, évoquant des propos racistes entre personnels, des organisations du travail jugées discriminantes et une tendance persistante au « pas de vague ». Le syndicat rappelle avoir déjà signalé des menaces visant le lycée Joffre de Montpellier, ciblé le 16 décembre dernier par un groupuscule identitaire violent qui promettait de dégager un blocus lycéen en soutien à la Palestine. Si le blocage s’est déroulé sans incidents ce jour-là, le 18 septembre, lors d’une journée de mobilisation dans le cadre du mouvement « Bloquons tout », des élèves du lycées avaient subi des intimidations et insultes sexistes de la part d’un groupe d’extrême droite, qui a commis plusieurs exactions durant cette journée.

Lors d’une rencontre le 15 décembre dernier, Carole Delga avait assuré vouloir agir avec fermeté et aborder la question avec les proviseurs début 2026, selon Sud CT, qui dit désormais attendre des actes concrets : enquêtes administratives, dépôts de plainte systématiques et travail avec les syndicats et la communauté éducative. « Quand les bâtiments scolaires deviennent les supports de propagande raciste, la collectivité doit réagir », insiste le syndicat.

« Des saluts nazis dès le collège »

Ce constat de banalisation du racisme et des idéologies d’extrême droite, Christine Saint-Joannis, représentante héraultaise de la FSU, le dresse aussi : « Depuis quelques années, les collègues font remonter à notre syndicat de plus en plus de problèmes, voire de conseils de disciplines, liés à les élèves qui affichent une idéologie d’extrême droite. On en a vu faire des saluts nazis au collège… »

« Quand j’ai dis à mes élèves que le travail de groupe permettait de progresser, un élève de troisième m’a cité l’exemple de Goebbels comme d’une réussite individuelle car il est devenu cadre du IIIe Reich tout en ayant un handicap physique… », raconte de son côté Jordan Homps délégué syndical et enseignant dans un collège héraultais.

Une question que la section héraultaise de la FCPE, principale fédération d’association de parents d’élèves, dit prendre au sérieux : « C’est un phénomène très nouveau, et d’autant plus étonnant que la plupart du temps, les familles des élèves concernées sont surprises au moment où elles apprennent les agissements de leurs enfants », analyse Marie Nikichine, présidente de la FCPE 34, qui fait un lien avec « les vidéos masculinistes très populaires sur les réseaux sociaux ». L’association de parents d’élèves entend d’ailleurs alerter le rectorat sur cette problématique pour tenter de trouver des solutions.

Un « pôle académique valeurs » en réponse

Rectorat qui, contacté, affirme que « le nombre d’atteintes aux valeurs de la République — qui inclue les propos ou actes racistes et antisémites — demeure stable au sein de l’académie de Montpellier depuis deux ans. Il reflète les évolutions de la société ». Pour faire face à ces problématiques, les responsables de l’Académie de Montpellier évoquent notamment un « pôle académique Valeurs » pour prévenir et traiter ces situations, en coordonnant « référents laïcité, équipes mobiles de sécurité et acteurs éducatifs ». Le rectorat met également en avant un plan de formation lancé en 2021, avec un parcours de neuf heures destiné à l’ensemble des personnels jusqu’en 2029, axé notamment sur « l’esprit critique, l’éducation aux médias et le climat scolaire », avec l’aide d’un réseau de 100 formateurs académiques.

Un dispositif jugé insuffisant pour Christine Saint-Joannis, qui y voit surtout « une énième communication pour dire qu’il y a eu une réaction après la mort de Samuel Paty ». Selon elle, « 100 personnes sur toute l’Académie, c’est trop peu pour traiter ces problèmes. Il nous faut avant tout des moyens pédagogiques pour discuter avec nos élèves.

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