Une caravane de soutien en route vers le Rojava devrait partir de Marseille

Julien Servent Publié le 22 janvier 2026 à 15:09 (mis à jour le 22 janvier 2026 à 15:57)
Marche blanche des kurdes et de leurs soutiens le lundi 26 décembre 2022 à Paris, en hommage aux victimes des attentats de 2013 et 2022. Crédit photo : Serge d'Ignazio. Image d'illustration

L’expérience révolutionnaire menée depuis 14 ans dans le Nord-Est de la Syrie est gravement menacée par l’agression militaire du gouvernement syrien dirigé par d’anciens djihadistes. Des caravanes de soutien s’apprêtent à sillonner l’Europe avant de rejoindre Kobane. L’une d’entre elles partira de Marseille.

Depuis le 6 janvier, l’armée du gouvernement par intérim de la Syrie, dirigé par d’anciens djihadistes, mène des attaques militaires préoccupantes sur les quartiers kurdes d’Alep, puis sur le Rojava, région du Nord-Est de la Syrie. Depuis 14 ans maintenant, une expérience révolutionnaire est menée dans ces territoires, qui mêle émancipation poussée des femmes, préoccupations écologiques, économie coopérative et démocratie directe via notamment des conseils de quartiers.

Si ce modèle reste fragile et soumis à de nombreuses contradictions (dépendance militaire, embargo économique, pressions régionales, témoignages publiés par Médiapart en juillet 2025 sur de graves violences sur des civil-es dans le cadre de la lutte contre Daesh), il est régulièrement cité comme une expérience politique atypique au Moyen-Orient.

Les récentes attaques signalées contre les territoires du Rojava interviennent alors que le pouvoir central syrien cherche à réaffirmer son autorité sur l’ensemble du territoire national. C’est donc une des plus importantes expériences en terme d’émancipation populaire dans le monde qui est aujourd’hui remise en question.

Depuis plusieurs jours, à Montpellier comme dans le reste de l’Europe, les manifestations de soutien se multiplient.

D’autant plus que l’Union Européenne a confirmé des financements du régime syrien à hauteur de 620 millions d’euros lors de la visite d’Ursula von der Leyen le 9 janvier. Une pétition est d’ailleurs en ligne pour demander l’arrêt de ces financements.

En parallèle, une initiative prévoit que plusieurs caravanes sillonnent l’Europe avant de rejoindre Kobane, ville-symbole de la lutte victorieuse des forces kurdes contre Daesh, aujourd’hui menacée.

« Le président du nouveau régime djihadiste syrien, Jolani, veut que les Kurdes et les peuples du nord et de l’est de la Syrie abandonnent tout et ramènent le Rojava à sa situation d’avant 2011, lorsque les femmes étaient achetées et vendues, lorsque les massacres contre différentes religions et ethnies étaient la norme. […] Toutes les conquêtes de la révolution, toutes les conquêtes du mouvement des femmes, toutes les conquêtes des martyrs et les sacrifices de la société démocratique qui nous ont menés jusqu’ici doivent être protégés. », expliquent les organisateurs-trices.

« Nous, personnes issues de toutes les organisations, de tous les âges et de tous les pays, appelons tout le monde – femmes, jeunes, internationalistes, journalistes, enseignants, médecins, révolutionnaires, associations internationales et humanitaires, toute personne souhaitant créer une vie libre dans toutes les régions du monde – à se joindre à nous dans un convoi vers les frontières du Rojava. Ces frontières mises en place par des régimes autoritaires sont en train d’être démantelées de tous côtés, alors que les gens affluent pour manifester leur solidarité avec tous les peuples du nord et de l’est de la Syrie. Nous nous rendons maintenant à la frontière de Kobané, symbole historique de la résistance contre Daech, libérée en 2014 par des femmes et des hommes courageux, aujourd’hui encerclée et à nouveau menacée d’être envahie par des gangs islamistes fascistes. », poursuivent-ils.

Ces derniers jours, le soutien afflue effectivement de toutes les zones du Kurdistan (le Kurdistan est divisé entre l’Iran, l’Irak, la Turquie et la Syrie). Les guérillas actives au Rojhilat (Kurdistan iranien) ont annoncé envoyer des membres au Rojava. Le PYD (parti de l’union démocratique, parti de la gauche kurde révolutionnaire en Syrie) et le Dem Parti turc (gauche radicale parlementaire pro-kurde) ont appelé les populations habitant le territoire turc à se masser le long de la frontière syrienne. Selon le média Kurdistan au féminin, près de Nusaybin, côté turc, l’armée turque a tiré à balles réelles sur la foule le 20 janvier, alors que des milliers de personnes cherchaient à franchir la frontière avec la Syrie pour apporter leur soutien au Rojava. Plusieurs centaines de manifestant-es ont malgré tout réussi à rejoindre la ville de Qamişlo, côté syrien.

Les caravanes européennes devraient suivre plusieurs routes. L’une d’entre elles devrait partir ce jeudi 22 janvier au soir de la ville allemande de Hanovre, puis passer par Kassel, Berlin, Leipzig, Munich et Vienne. Une seconde partira le 23 au matin de Cologne, toujours en Allemagne, pour rejoindre ensuite Francfort ou Darmstadt, puis Zurich et Vienne. Une troisième route devrait traverser l’Europe de l’est par la Pologne et la Slovaquie, pour rejoindre elle aussi Vienne. La dernière partira de Marseille, pour relier Turin, Milan, Padoue, et converger également à Vienne, sans date encore fixée pour le moment.

« Nous appelons tout le monde à se rassembler à l’entrée de sa ville et à rejoindre nos caravanes en direction du Kurdistan. Chacun prend l’initiative de rassembler des personnes dans sa région pour se joindre à l’effort ou le soutenir. Nous avons besoin du soutien de toutes les communautés, de tous les villages et de toutes les villes d’Europe. Cela implique d’organiser la logistique, la nourriture, le soutien médical, les voitures et les camions. », indiquent les organisateurs-trices. « Il faut également s’engager auprès des communautés de votre région pour faire connaître la situation et passer à l’action. Assurez la couverture médiatique, organisez des manifestations et des conférences de presse dans les lieux que nous traversons pour nous rejoindre aux points de rendez-vous des convois. Nous devons faire connaître notre volonté à tout le monde. Cette initiative appartient à tous – nous devons utiliser tout notre pouvoir créatif et démocratique. »

Une carte devrait être partagé bientôt sur le compte Instagram de la caravane. En attendant, plusieurs options possibles pour rejoindre et/ou contacter la caravane. Sur l’application Signal, écrire à @caravankobane.15 (+49 1521 4782023). Ou par mail, sur l’adresse suivante : kobanecaravan@proton.me

À Montpellier, une nouvelle manifestation de soutien est prévue ce samedi 24 janvier à 17h30 au Peyrou. Le même jour, un rendez-vous est donné à Marseille pour 13h aux Réformés, sur la Canebière.

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