Violences d’extrême droite à Montpellier : la police, grande absente du procès du 18 septembre

Le Poing Publié le 11 février 2026 à 17:03 (mis à jour le 11 février 2026 à 17:28)
Le 18 septembre 2025 à Montpellier, un groupe d'identitaires, exfiltré par la police, a agressé des manifestants

Cinq mois après les violences d’extrême droite survenues lors de la manifestation intersyndicale du 18 septembre à Montpellier, six hommes comparaîtront le 19 février pour « violences en réunion ». Fait notable : l’une des personnes agressées sera également jugée pour violences. Le collectif Montpellier contre l’extrême droite dénonce un procédé renvoyant dos à dos agresseurs et agressés, alors que la police reste la grande absente du procès

Le 18 septembre 2025, en début d’après-midi, alors que la manifestation touche à sa fin dans le centre-ville de Montpellier, une cinquantaine hommes masqués se retrouvent sur le parking du Lycée Joffre. Une dizaine d’entre eux se fait contrôler par la police. Malgré les visages dissimulés (ce qui constitue une infraction), aucune interpellation n’est effectuée.

Bon nombre d’entre eux se connaissent des tribunes du stade de la Mosson. Selon une source proche du dossier, ils affirmeraient être venus ce jour-là pour défendre le drapeau français, après qu’une manifestante se soit fait arracher l’emblème tricolore lors de la mobilisation précédente, le 10 septembre.

Ils se rendent donc sur la place de la Comédie avec le dit-drapeau. Parmi eux figurent des militants identitaires, dont Tristan V., qui avait participé au service d’ordre de Génération identitaire avant sa dissolution. En face, plusieurs centaines de personnes scandent des chants antifascistes. La situation se tend, et le groupe se fait évacuer par la police.

Une police passive

Tout au long de la journée, le groupe multiplie les méfaits au vu et au su de la police : des jeunes du lycée Joffre qui bloquaient l’établissement se font menacer et insulter. Puis, un petit groupe agresse une observatrice de la Ligue des droits de l’Homme, Sur cette vidéo tournée sur l’Esplanade Charles-de-Gaulle, on voit l’un des hommes masqués faire chuter un manifestant au sol, avant de repousser ce dernier. Le tout, sous les yeux de la police, qui ne réagit toujours pas.

Cette passivité interroge. À Montpellier, des gilets jaunes ont déjà été condamnés pour violences sur policier malgré l’absence de contact physique. Vidéos à l’appui, l’Observatoire des libertés de Montpellier évoquait pourtant des échanges entre membres du groupe identitaire et policiers ce jour-là. Même Le Métropolitain, média qui se fait souvent le relai des versions policières, décrivait des « forces de l’ordre étrangement passives ».

Vers 16 heures, la situation dégénère place des Beaux-Arts. Une altercation éclate entre le groupe d’ultras et des manifestants : des chaises sont lancées, plusieurs personnes sont frappées au sol. Deux manifestants sont hospitalisés, dont l’un grièvement blessé au visage.

Une personne agressée aussi à la barre

Le 18 décembre, sept personnes, présentées par le préfet de l’Hérault comme « issues des milieux d’extrême droite », sont placées en garde à vue. Six seront finalement renvoyées devant le tribunal pour violences en réunion le 19 février prochain à 8 h 30. Selon nos informations, cinq reconnaissent des faits de violence. (N’ayant pas été jugés, ils sont considérés comme innocents.) L’un évoque également un contact avec la police qui l’aurait invité à quitter les lieux après la bagarre, sans interpellation immédiate.

Autre point de tension : S., l’une des personnes agressées, qui a déposé plainte, sera elle aussi jugée pour violences, la procédure retenant qu’elle aurait porté le premier coup. Du moins, le premier coup qui sera étudié dans ce procès. Car une autre victime, déjà à terre et en sang quand S. tente de se défendre, n’obtiendra pas justice : les agresseurs n’ont pas été identifiés et son cas est donc « évacué du procès » « Voilà la stratégie de la police : renvoyer dos à dos agresseurs et agressés, extrême droite et sympathisants d’un mouvement social progressiste », dénonce le collectif Montpellier contre l’extrême droite dans un communiqué. Le collectif dénonce plus largement « la passivité voire la complaisance » des forces de l’ordre et entend rendre à cette affaire son caractère politique afin qu’elle ne soit pas réduite à une simple bagarre de rue.

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