“En cas de pandémie d’hantavirus, on ne pourra pas gérer” : cri d’alarme au CHU de Montpellier

Elian Barascud Publié le 12 mai 2026 à 14:19
Une cinquantaine d'agents du CHU de Montpellier s'est rassemblée ce mardi 12 mai devant le bâtiment administratif, à l'appel de la CGT. ("Le Poing")

Une cinquantaine d’agents du CHU de Montpellier s’est rassemblée ce mardi 12 mai devant le bâtiment administratif, à l’appel de la CGT. Épuisement professionnel, manque de personnel, développement de l’intelligence artificielle : les motifs de colère s’accumulent

“Tombé du ciel” de Jacques Higelin résonne sur la sono de la CGT, ce mardi 12 mai, devant le siège du CHU de Montpellier. Mais pour les agents rassemblés, le risque de tomber est bien réel — de fatigue. “Il y a un vrai problème d’épuisement au travail”, avertit Pierre Renard, délégué syndical CGT. Le syndicat a fait circuler un questionnaire auprès des cadres de santé de l’établissement : entre 30 et 40 % d’entre eux déclarent souffrir de burn-out.“Les gens s’arrêtent moins à cause des jours de carences. Et quand ils le font, c’est qu’ils sont vraiment épuisés”, continue le syndicaliste. Conséquence directe, selon lui : des fermetures de lits. “On espère qu’on n’aura pas une pandémie d’hantavirus, sinon on ne pourra pas gérer.” Une alerte on ne peut plus d’actualité : une vingtaine de cas contacts liés au navire de croisière MV Hondius, touché par un foyer d’hantavirus, ont été identifiés en France ce lundi. La souche en cause, le virus des Andes, présente un taux de létalité de 30 à 60 % et est la seule pour laquelle une transmission interhumaine a été documentée.

Travailler à deux pour une

Sylvia est infirmière de nuit au pool de remplacement. Elle décrit des gardes à la limite du supportable. “Si dans un service de nuit, l’une des deux infirmières prévues n’est pas là, l’autre fait le travail de deux personnes.” La direction qualifie officiellement cette situation de “procédure dégradée”. Pour Sylvia, c’est devenu la norme. “L’effectif des remplaçants a baissé. J’ai vu des jeunes diplômées rentrer chez elles en pleurant tellement la charge était intense.”

Maxime, infirmier en hématologie, fait face à une pénurie différente : le manque de médecins. “Normalement, on a trois internes. On devait en accueillir deux venus d’Algérie pour se former en France, mais ils n’ont pas eu les visas.” Sans prescription médicale, les infirmiers ne peuvent pas intervenir auprès des patients. “Des gens peuvent être mis en danger”, affirme-t-il.

En psychiatrie, le tableau n’est pas plus rassurant. Maya, interne, décrit des urgences débordées. “On est trois, on fait des consultations à la chaîne. On est obligé de trier les patients qu’on garde ou pas, faute de moyens.” Elle a déjà été sollicitée pour décaler ses repos et revenir travailler.

L’IA, nouveau front

Parmi les revendications de la CGT figure aussi l’inquiétude autour du développement de l’intelligence artificielle à l’hôpital, alors que l’État a investi 15 millions d’euros pour faire du CHU de Montpellier un laboratoire de l’IA en milieu hospitalier. “On ne dit pas que l’IA est une mauvaise chose en soi, on dit qu’elle ne doit pas remplacer des gens”, insiste Pierre Renard. En décembre dernier, la direction avait évoqué 12 % de postes non renouvelés sur cinq ans — CDD et départs à la retraite non remplacés — avant de se raviser sur ce chiffre. Sylvia, elle, redoute que les algorithmes prennent en charge la gestion des plannings. “Ça sera moins humain”, dit-elle simplement.

Et au vu du contexte international et à la hausse des prix des carburants, la CGT demande également à la direction d’étendre le télétravail à trois jours par semaine pour les postes administratifs. “Pour des agents de catégorie C qui gagnent entre 1 300 et 1 400 euros par mois, c’est très compliqué”, pointe Pierre Renard. Lequel espère que les forces militantes seront au rendez-vous pour continuer d’organiser “un rassemblement par semaine” devant l’hôpital pour continuer d’exprimer ces revendications. “On invite toutes les personnes attachées au service public à nous rejoindre”, ajoute le syndicaliste.

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